Mort d'Edika : le "prince de la déconnade" qui refusait de finir ses blagues est mort

Mort d'Edika : le "prince de la déconnade" qui refusait de finir ses blagues est mort Edouard Karali, connu sous le nom d'artiste d'Edika, est mort, à l'âge de 85 ans.

Edika est mort. L'annonce de sa disparition a été faite sur les réseaux sociaux par sa maison d'édition. "Fluide Glacial pleure la disparition de l'un de ses auteurs phares et d'une figure majeure du monde de la bande dessinée, mais la rédaction est surtout dévastée par la perte d'un ami, un homme délicat et incroyablement drôle", écrit l'éditeur, qui souligne que "depuis son arrivée dans les pages du magazine, en 1979, il a toujours été l'auteur préféré des lecteurs de Fluide Glacial".

Edika, figure majeure majeure et inclassable de la BD, à l'humour anarchique, grotesque et profondément subversif, laisse derrière lui une œuvre immédiatement reconnaissable, qui aura marqué plusieurs générations de lecteurs.

Né Gilles Weill, Edika s'était imposé dès les années 1970 comme l'un des piliers de Fluide Glacial, revue fondée par Gotlib, dont il partageait le goût pour l'absurde, la transgression et la liberté totale de ton. Edika avait construit un style inédit et fascinant : des planches volontairement interminables, des dialogues qui s'enlisent, des personnages grotesques - le chat Clark Gaybeul, le chauffeur Polo, les figures familiales névrosées - et proposiat un humour qui semblait parfois refuser toute chute, tout sens, comme un pied de nez permanent aux codes narratifs.

Derrière la désinvolture, pourtant, on décèle dans son oeuvre une exigence graphique très marquée, une intelligence aiguë du non-sens. Edika poussait l'absurde jusqu'à l'épuisement, transformant la répétition et la lourdeur volontaire en arme comique. Il dessinait aussi contre la bienséance et la morale, avec plus ou moins de réussite.

Sa disparition marque sans doute la fin d'une époque, celle d'une BD adulte, irrévérencieuse, parfois volontairement gênante - notamment sur le rapport entre les hommes et les femmes, qui refusait toute concession. Edika n'a jamais cherché à être moderne, ni consensuel. Il dessinait pour aller au bout de son idée, quitte à perdre le lecteur en chemin.

"Il était, et il le restera, le Prince de la déconnade et de l'humour absurde, le champion de l'inattendu, le maître de l'acrobatie narrative et de la non-chute, le roi des couvertures emblématiques. Mais aussi le spécialiste des dialogues sans queue ni tête et des montages-photos psychédéliques, l'inventeur des bouglous à sens-giratoires inversés et le talentueux créateur de personnage loufoques. Des punks poétiques, des athlètes à la grâce bodybuildée ou divas à fortes poitrines, le chat Clark Gaybeul et son personnage-dessinateur, Bronsky Proko, qui sont aujourd'hui sans doute aussi tristes que nous de la disparition de leur créateur", regrette dans son communiqué Fluide Glacial.