"Les portes de l'enfer" : après le passage de Cauchemar en cuisine, ce restaurant insalubre a vécu un drame
Le Cauchemar en cuisine ne s'arrête pas toujours après le passage de Philippe Etchebest. Il peut même durer encore longtemps et se solder par une catastrophe, comme l'a montré la chute d'un restaurant récemment. Il y a trois ans, les caméras de M6 s'étaient posées à Bertholène, petit village aveyronnais, pour filmer l'intervention du restaurateur-animateur musclé chez "Les Palanges". L'établissement, dirigé par Marie et son fils Emmanuel depuis six ans, traversait alors une période difficile. Les clients avaient déserté ce qui était pourtant le seul restaurant du village, laissant le duo mère-fils au bord du gouffre financier.
L'émission, diffusée pour la première fois en novembre 2023, avait marqué les esprits par l'état déplorable des lieux. Dès son arrivée, le chef étoilé avait été stupéfait. Une souris morte gisait devant l'entrée, les toilettes à la turque rebutaient les clients, et les murs de la salle principale étaient dans un état de délabrement avancé. Mais c'est l'arrière-cuisine qui avait provoqué le plus grand choc. Philippe Etchebest, explorant les lieux avec sa lampe de poche, avait découvert un véritable capharnaüm : ustensiles inutilisés entassés, stocks non vendus, toiles d'araignées et poussière accumulée depuis des années. Face à ce spectacle, Marie elle-même avait qualifié cet endroit de "portes de l'enfer", ce à quoi le chef avait répondu : "Ah ouais, on n'y est pas loin, là".
L'hygiène de la cuisine principale n'était guère plus reluisante. La friteuse, notamment, avait attiré l'attention du chef. Malgré les protestations initiales de Marie, elle avait fini par avouer ne pas la nettoyer quotidiennement. "Ce n'est pas tout de savoir faire une quiche ou un gâteau… Gérer un restaurant, ce n'est pas pareil", avait alors conclu Philippe Etchebest, soulignant les problèmes d'organisation et de gestion qui gangrenaient l'établissement.
Catastrophe culinaire et drame personnel
L'équipe de production avait œuvré pour transformer les lieux. "Ils ont remis toute l'électricité à neuf, refait toutes les hottes car ça risquait de prendre feu. Mais ils n'ont malheureusement pas pu toucher à la chaudière et à la salle", confiait Marie en septembre 2024. Cette impossibilité de rénover certaines parties s'expliquait par un procès en cours avec l'ancien propriétaire, les avocats ayant conseillé de ne pas toucher à ces espaces. Conséquence directe : l'établissement perdait de nouveau tous ses clients en hiver, la salle n'étant pas convenablement chauffée.

D'autres difficultés personnelles se sont ajoutées aux problèmes structurels. Marie a été victime d'un AVC, puis d'un cambriolage. Son fils Emmanuel a fini par quitter l'aventure, la laissant seule aux commandes d'un navire qui prenait l'eau de toutes parts. Malgré son courage et sa détermination, les finances étaient trop incertaines et les négligences encore trop nombreuses. Le restaurant a finalement fermé ses portes début 2025.
Le cas de Bertholène n'est malheureusement pas isolé. D'autres restaurants ayant participé à l'émission ont connu des destins similaires, parfois accompagnés de critiques contre le programme. A Albi, Alexandre Bravi du restaurant "Le Jardin des quatre saisons" a par exemple estimé récemment dans la presse avoir perdu 12 000 euros de chiffre d'affaires pendant les quinze jours de fermeture liés au passage des caméras, disant avoir "voulu prendre le temps de refaire la carte et de tout nettoyer".
15 jours de fermeture pour un restaurant aidé par Cauchemar en cuisine
Un reproche qui va donner lieu à une passe d'armes avec Philippe Etchebest dans la presse locale : "Il a fermé 15 jours, mais on ne lui a jamais demandé de fermer autant. Je ne sais pas pourquoi il a fait ça. Il n'est pas nécessaire de fermer 15 jours, et il y a un amalgame autour de ça". Malgré le remplacement du matériel obsolète et la publicité espérée, l'établissement a fini en liquidation judiciaire quelques semaines après la diffusion.
À Sarlat-la-Canéda, Neeta et Rakesh ont pris une décision différente, mais tout aussi révélatrice. Malgré un doublement de leur fréquentation et l'absence de dettes après le passage de Cauchemar en cuisine, ils ont choisi de vendre. "Ça reste compliqué parce que je trouve qu'on ne passe pas assez de temps avec les enfants, malgré notre jour de repos", expliquait Neeta à Philippe Etchebest, de retour quelques semaines plus tard pour voir si le resto filait droit. "Même si tout se passe bien, on a pris la décision de s'arrêter pour notre bien. On a réfléchi pour nous deux, pour les enfants, et à un moment donné, il faut savoir s'arrêter."
Betty, propriétaire d'un restaurant à Beussent, a elle aussi émis des réserves sur le suivi post-émission. "Après le passage du chef, Romain et moi on s'est un peu plus retrouvés, on a appris à mieux dialoguer", reconnaissait-elle, avant d'ajouter : "Mais il y a un truc auquel on ne s'attendait pas, c'est qu'une fois que le chef est passé, il n'y a pas tellement de suivi, tout le monde s'en va. Financièrement, on est suivis par les experts mais pas sur la cuisine, l'organisation, tout ça. C'est un peu dommage".
Plus d'une cinquantaine de restaurants n'ont pas survécu au cauchemar
Cauchemar en cuisine argumente régulièrement sur son accompagnement en coulisses et en aval de l'émission. "Ce n'est pas qu'une émission de télé, il y a de vrais objectifs", martèle régulièrement la sauveur Etchebest. Mais les résultats sont contrastés. La première saison de Cauchemar en cuisine, en 2011, donnait le ton : les trois restaurants aidés cette année là avaient finalement tous fermé. Sur les cinq établissements de la deuxième saison, seuls deux avaient survécu, puis quatre sur huit après la troisième saison. La quatrième saison représentait une exception avec tous les établissements sauvés...
Selon une enquête de Voici publiée en mai dernier, 32 établissements ont pu être sauvés grâce aux conseils de Philippe Etchebest depuis 2011, mais plus de 50 autres ont disparu. "Les fermetures après le passage de l'émission sont liées à beaucoup de choses. S'il y a des retards de paiement, des dettes monumentales, quand Cauchemar en cuisine arrive, il est déjà trop tard pour certains", révélait un témoin au magazine.