Mercosur : des supermarchés prêts à se rebeller, certains produits ciblés par un boycott potentiel

Mercosur : des supermarchés prêts à se rebeller, certains produits ciblés par un boycott potentiel La France persiste à refuser de signer l'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. De leur côté, des supermarchés font part d'importantes réserves.

La Commission européenne continue de pousser la France à ne pas s'opposer davantage à la signature de l'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur, malgré les contestations françaises. Parmi les voix qui s'élèvent désormais, celles des patrons de Coopérative U et E.Leclerc qui fustigent l'accord tel qu'il est.

Le traité de Mercosur favoriserait les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de spiritueux. En retour il faciliterait l'entrée en Europe de viandes, sucre, riz, miel ou soja sud-américains. Les conditions fixées - trop laxistes selon les détracteurs - alarment les filières et notamment de nombreux agriculteurs qui manifestent depuis l'an dernier contre cet accord. De leur côté, les PDG de U et E.Leclerc s'opposent à la signature de la France pour ce traité. Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique et porte-parole du mouvement E.Leclerc, estime que ce traité ne doit pas être signé "en l'état".

Ce mardi 16 décembre, le président de E.Leclerc a dénoncé le traité au micro de France Inter : "Il fait fi des normes que nous devons respecter dans le cadre de la COP 21, dans le cadre de notre plan sanitaire, de notre plan de développement". Il soutient la décision de la France de ne pas signer cet accord : "Ne pas avoir des clauses de réciprocité, ne pas avoir des possibilités d'empêcher du poulet aux hormones ou des modalités d'élevage, c'est un vrai sujet." "Ne recommençons pas l'histoire, exigeons des produits d'Amérique latine, des produits du Mercosur, le respect réciproque de nos normes", explique-t-il en faisant un parallèle avec Shein qui ne respecte pas non plus les normes françaises.

E.Leclerc s'engage "à faire respecter les normes"

Dans le cas où l'accord avec le Mercosur est signé, Michel-Édouard Leclerc se dit prêt à s'"engager à faire respecter les normes, à ne pas importer". Une promesse afin d'empêcher une submersion des produits d'Amérique latine dans les magasins, particulièrement de la viande qui viendrait concurrencer les productions agricoles françaises. En therme de négociations commerciales entre industriels et grande distribution, le PDG de E.Leclerc a comme objectif de "chercher des baisses" face à des fournisseurs qui pour la plupart présentent des hausses. "On ne va pas négocier la matière agricole, on va mettre la grosse pression sur les multinationales qui nous présentent chaque ligne de leur compte d'exploitation en hausse mais ont des capacités de diluer", affirmant que "là où ils nous proposent des hausses de 5%, on va aller chercher des baisses de 2%".

"Il faut se protéger" et "protéger notre agriculture"

De son côté Dominique Schelcher affirme que les coopératives U "n'achèteront pas les produits" à l'issue de la signature de l'accord du Mercosur. Le PDG a précisé ce mardi 16 décembre sur BFMTV ne pas pas acheter "de produits d'Amérique du Sud à partir du moment où il y a les produits équivalents français". Tout comme Michel-Édouard Leclerc, il qualifie l'accord de "Shein de la concurrence déloyale". "Quand on oblige des agriculteurs à produire avec un certain nombre de normes, de contraintes qui sont lourdes, mais que des produits sont susceptibles d'arriver avec des contraintes moindres, c'est une forme de concurrence déloyale", a-t-il estimé. Le PDG estime qu'"il faut se protéger" et "protéger notre agriculture".

"Qu'il y ait des traités, des échanges internationaux sur un certain nombre de produits, oui. Mais on ne peut pas le faire au risque d'affaiblir nos producteurs et notre économie", déclare le patron des coopératives U qui appelle "à acheter français" notamment pour les courses de Noël en soutient aux agriculteurs. En plus de rejeter l'accord, la France demande un report en 2026 du vote prévu cette semaine au Conseil européen.