Christophe Gleizes en prison en Algérie mais bientôt libéré ? Pourquoi sa grâce est sérieusement envisagée
- La condamnation du journaliste français Christophe Gleizes à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme" a été confirmée par la justice algérienne lors du procès en appel le mercredi 3 décembre. L'homme de 36 ans est incarcéré depuis le mois de juin 2025.
- Le verdict est une déception pour le journaliste et ses avocats qui espéraient assister à une "issue favorable" pour Christophe Gleizes, en particulier après la récente grâce accordée par le gouvernement algérien à l'écrivain Boualem Sansal, libéré le 12 novembre.
- La famille du reporter a également exprimé son choc : "C'est ahurissant, je suis abasourdi", a réagi le frère de Christophe Gleizes promettant de "continuer le combat pour qu'il y ait une issue favorable". Le directeur générale de Reporter sans frontière a dénoncé une "décision aberrante".
- Après la confirmation de la condamnation de Christophe Gleizes en appel, il y a "deux solutions" a expliqué son frère sur RMC : "partir en cassation [...] ou prendre en charge la peine et attendre une grâce présidentielle". Une grâce qui ne devrait pas tarder à venir selon l'écrivain Boualem Sansal : "Il va sortir dans une semaine, deux semaines, il va être gracié" a assuré l'écrivain sur RTL disant avoir passé quelques coups de téléphone.
- Christophe Gleizes a été condamné pour "apologie du terrorisme" alors qu'il travaillait à la réalisation d'un reportage sur le club de football de la Jeunesse Sportive Kabylie (JSK), dont le responsable est une figure du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), un mouvement indépendantiste créé en 2001 et classé organisation terroriste par les autorités algériennes en 2021 explique Reportes sans frontières. Le journaliste s'est vu reprocher une proximité avec le mouvement indépendantiste.
Le journaliste sportif Christophe Gleizes a vu sa condamnation à sept ans de prison "apologie du terrorisme" confirmée par la justice algérienne lors de son procès en appel ce 3 décembre 2025. L'homme de 36 ans est incarcéré dans le pays depuis la fin du mois de juin 2025, date de sa condamnation en première instance. Au cours de l'audience, le journaliste indépendant qui travaille notamment pour les titres So Foot et Society a demandé "pardon", reconnaissant avoir fait "beaucoup d’erreurs journalistiques malgré (ses) bonnes intentions, rapporte un journaliste de l’AFP présent dans la salle d’audience : "Je réclame votre clémence pour pouvoir retrouver ma famille".
Les avocats de Christophe Gleizes ont de bons espoirs de voir le journaliste français bénéficier d'un jugement plus clément en appel. Me Daoud a même dit espérer une "issue favorable", sans préciser laquelle, à l'affaire à la faveur d'un "apaisement des relations entre la France et l'Algérie" au micro de France Inter. Un optimisme nourri pas la récente grâce accordée par le gouvernement algérien à l'écrivain Boualem Sansal qui a été libéré le 12 novembre. "Les deux affaires n'ont rien à voir" a rappelé l'avocat, mais la décision concernant l'écrivain apparaît comme un "signal positif".
Une condamnation sur fond de reportage sur une équipe de foot
Christophe Gleizes a été interpellé par les autorités algériennes le 28 mai 2024 à Tizi Ouzou, une ville située à une centaine de kilomètres de la capitale, pour "être entré dans le pays avec un visa touristique", pour "apologie du terrorisme" et "possession de publications dans un but de propagande nuisant à l'intérêt national". Depuis cette date et jusqu'à sa condamnation en juin 2025, il était placé sous contrôle judiciaire et soumis à une interdiction de quitter l'Algérie.
Le journaliste français est dans le viseur de la justice algérienne en raison d'un reportage sur le club de football de la Jeunesse Sportive Kabylie (JSK), le club le plus titré du pays. Quel rapport entre ce reportage et l'accusation pour "apologie du terrorisme" ? Le responsable du club JSK qui est aussi une tête importante du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), un mouvement indépendantiste créé en 2001 et classé organisation terroriste par les autorités algériennes en 2021", explique l'ONG Reportes sans frontières (RSF). Christophe Gleizes, qui s'était déjà entretenu avec le responsable du club de football par le passé, s'est vu reprocher une proximité avec le mouvement indépendantiste.
Les rencontres entre les deux hommes ont cependant "eu lieu bien avant catégorisation [du MAK en organisation terroriste] par les autorités algériennes" et "le seul échange survenu en 2024 visait à la préparation [d'un] reportage sur le club de football, la JSK, ce dont Christophe Gleizes ne s'est jamais caché", a précisé RSF qui s'est engagé dans la défense de Christophe Gleizes. Les accusations, "sans fondement", "sont dues au fait que le journaliste avait eu des contacts, en 2015 et 2017, le responsable du club de football de Tizi Ouzou", explique RSF. L'ONG assure que le journaliste n'est lié d'aucune façon aux projets du MAK et que son seul intérêt était son reportage sur l'histoire de l'équipe de football.
"Un journaliste ne fait pas de politique"
"Il y a eu une méconnaissance totale du métier de journaliste" lors du procès en première instance de Christophe Gleizes a estimé son avocat Me Daoud sur France Inter expliquant les enjeux de ce second procès. "Nous devons expliquer aux magistrats d'appel qu'un journaliste ne fait pas de politique", "n'est pas un idéologue", "pas un activiste", a souligné le conseil. L'avocat a toutefois balayé certaines accusations selon lesquelles le journaliste français serait "un otage" du pouvoir algérien. Il a assuré que l'homme a pu recevoir des visites et a eu accès à son dossier pénal. L'avocat a également exprimé son respect pour la justice algérienne "indépendante et souveraine" avant l'audience.
Les avocats, comme l'ONG RSF et le groupe So Presse, espèrent voir Christophe Gleizes libéré ce mercredi 3 décembre. Il "n'a rien à faire en prison, il n'est coupable que d'avoir exercé son métier de journaliste sportif et d'aimer le football algérien", déclarait fin octobre Thierry Bruttin, directeur général de RSF. L'homme avait déjà dénoncé une condamnation "injuste" en juin dans un communiqué commun avec So Press.