Après Le Pen, Bardella condamné pour détournement de fonds ? Le RN a des raisons d'envisager la catastrophe
Jordan Bardella n'a jamais été mis en cause, ni suspecté de détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national. Il assistait pourtant un eurodéputé lepéniste à l'époque des faits, plus précisément en 2015. Désormais président du Rassemblement national (RN), nouveau nom du parti depuis 2018, il a systématiquement défendu la formation politique devant la justice. Mais celui qui siège au Parlement européen depuis 2021 pourrait à son tour être soupçonné de "détournement de fons publics".
Une plainte a été déposée contre Jordan Bardella par l'association AC anti-corruption auprès du parquet national financier (PNF) au début du mois de décembre, laquelle a été transmise au parquet européen à la mi-janvier selon les informations de RTL. L'instance judiciaire du Parlement européen "évalue les informations reçues" et décidera à l'issue "d'ouvrir ou non une enquête pénale" à l'encontre du président du RN.
Qu'est-il reproché à Jordan Bardella ?
D'après les accusations de l'association AC anticorruption, qui s'appuient sur des informations du Canard enchaîné, Jordan Bardella aurait utilisé l'argent lui étant alloué par le Parlement européen pour se payer des cours de média training en vue de la campagne présidentielle de 2022, donc une échéance nationale étrangère à ses missions d'eurodéputé. Les faits remonteraient à l'automne 2021.
Jordan Bardella et les autres élus européens du RN ont signé, en octobre 2020, une convention avec la société Kon Tiki spécialisée dans le média training et ont payé plusieurs séances de coaching pour préparer leur communication sur les sujets traités au Parlement. Un service logiquement financé grâce aux enveloppes accordées aux eurodéputés. Sauf que d'après Le Canard enchaîné, à compter de septembre 2021, les séances de Jordan Bardella ne portaient plus sur l'actualité européenne mais sur la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Au total, entre septembre et novembre, le président du RN aurait bénéficié de 26 séances pour s'entraîner en vue de la campagne. Ces séances, et quelques autres dispensées à des élus lepénistes, auraient coûté près de 26 000 euros au Parlement européen.
La fraude aurait pris fin en novembre 2021 après la signature d'un nouveau contrat entre le RN et la société Kon Tiki, en vue de la campagne présidentielle, financé avec les fonds du parti.
Le RN conteste les accusations
La paiement des séances ayant plus servi le parti que le travail des eurodéputés avec l'argent du Parlement européen constitue un "détournement de fonds publics" selon AC anti-corruption. Le RN, déjà condamné pour ce motif dans l'affaire des assistants parlementaires pour des montants bien supérieurs, "conteste bien évidemment ces accusations" formulées par "une association qui ne cache pas son militantisme". Le parti a également annoncé avoir déposé plainte pour dénonciation calomnieuse contre AC anti-corruption.
L'association espère tout de même "que le Parquet européen prendra toute la mesure de ce dossier, qui pose clairement la question du détournement des fonds européens par Jordan Bardella, qui semble en avoir fait un usage politique personnel", a déclaré Me Jérôme Karsenty, l'avocat qui la représente, auprès de RTL. L'association a également dénoncé un délit de "favoritisme" concernant la signature du contrat en 2020, réalisée sans que l'appel d'offres ait respecté les règles selon elle.