Molnupiravir : le médicament anti-Covid arrive, qui peut le prendre ?

Molnupiravir : le médicament anti-Covid arrive, qui peut le prendre ? MOLNUPIRAVIR. Le ministre de la Santé a fait savoir que le médicament de Merck contre le Covid-19, allait "changer la donne". Que sait-on exactement sur le Molnupiravir ?

Après la vaccination, les médicaments ? Pour lutter contre le Covid-19, sur le court et le long terme, les autorités sanitaires disposent désormais d'une nouvelle arme : les antiviraux développés pour contrer les effets de cette souche de coronavirus. Le molnupiravir, ce médicament du laboratoire Merck, en fait partie. Olivier Véran a d'ailleurs pris soin, lors de sa conférence de presse du 25 novembre, de se réjouir de l'arrivée de ce traitement en France. "La donne va changer. A partir du début de mois de décembre, un nouveau médicament, un antiviral en comprimés qui s'appelle le molnupiravir pourra être prescrit par les médecins généralistes et sera disponible dans les pharmacies", a-t-il annoncé, ajoutant : "Nous fondons beaucoup d'espoir dans ce médicament, La France sera le premiers pays européen à en faire bénéficier ses citoyens".

Le ministre de la Santé a également donné quelques éléments d'information pratique sur l'administration du molnupiravir. "Pour les personnes à risque qui présentent des symptômes du Covid, ce médicament s'il est prescrit dans les cinq premiers jours, les études cliniques montrent qu'il peut réduire par deux le risque d'être hospitalisé".

Vendredi 19 novembre, l'Agence européenne des médicaments (EMA) avait indiqué avoir "émis des recommandations" pour l'utilisation, en cas d'urgence, du molnupiravir. L'EMA avait également précisé que les États membres pourraient donc désormais l'utiliser "pour traiter les adultes atteints de Covid-19 qui n'ont pas besoin d'oxygène supplémentaire et qui présentent un risque accru de développer une forme sévère" du coronavirus. En revanche, il est déconseillé aux femmes enceintes ou aux femmes n'utilisant pas de contraception et qui pourraient tomber enceinte, d'utiliser cette pilule de molnupiravir.

Selon des résultats d'essais cliniques publiés le 1er octobre, le traitement permettrait bien de diminuer "la mortalité et le recours à l'hospitalisation (-50%)" chez les patients testés positifs au coronavirus. Mathieu Molimard, professeur en pharmacologie et président du CHU Pellegrin, appelle, lui, à la prudence. "Cette étude a été faite avec 400 patients traités environ, elle a été arrêtée à mi-course car les résultats étaient satisfaisants. Ces 50% [d'hospitalisations et de décès en moins], il faut les ramener en valeur absolue, on évite environ 25 hospitalisations pour 400 patients traités. C'est bien, mais ce n'est pas la révolution non plus", a-t-il expliqué sur Franceinfo, estimant que le molnupiravir seul "ne suffira probablement pas" : "Il faut plusieurs médicaments, souvent en combinaison."

Un médicament de Merck pour empêcher l'hospitalisation des malades du Covid

L'EMA a précisé que les résultats préliminaires d'études de laboratoire et d'études cliniques sur le traitement "suggèrent que le médicament peut réduire la capacité du SARS-CoV-2 […] à se multiplier dans le corps, empêchant ainsi l'hospitalisation ou le décès chez les patients atteints du Covid-19". L'EMA évaluera la conformité du molnupiravir aux normes européennes habituelles en matière d'efficacité, de sécurité et de qualité. Son autorisation est également en cours d'évaluation par l'Agence américaine des médicaments (FDA).

De son côté, l'entreprise prévoit de fabriquer les doses nécessaires pour 10 millions de traitements d'ici à la fin de l'année 2021. Cependant, une grande partie risquant de revenir aux pays riches, comme cela a été le cas pour les vaccins, la Fondation Bill et Melinda Gates a annoncé la semaine dernière un investissement pouvant aller jusqu'à 120 millions de dollars (environ 103 millions d'euros) pour faciliter l'accès des pays pauvres à ce traitement par comprimés. Effectivement, les Etats-Unis ont déjà prévu d'en acheter 1,7 million si le molnupiravir était approuvé par la FDA.

Quelle est l'efficacité de la pillule anti-Covid de Merck ?

S'il est approuvé, le molnupiravir représenterait une avancée majeure qui permettrait de réduire aisément et largement les formes graves de Covid-19. Effectivement, s'il était approuvé, il deviendrait le premier médicament oral contre le SARS-CoV-2, et serait donc plus facile à utiliser. Effectivement, les traitements anti-Covid aujourd'hui disponibles sont administrés par intraveineuse uniquement. Cette étape, si elle était couronnée de succès, ouvrirait la voie à une éventuelle demande d'autorisation de la pilule de Merck dans l'Union européenne. 

Selon un essai clinique mené par Merck sur 775 malades du Covid-19, le traitement, donné aux patients dans les jours suivant un test positif, réduit par deux les risques d'hospitalisation et de décès. Selon le laboratoire, le taux d'hospitalisation était de 7,3% dans le groupe ayant reçu le traitement, versus 14,1% dans le groupe ne l'ayant pas reçu. Il n'y a également eu aucun décès dans le groupe traité, là où le groupe non traité déplore huit morts. Si les résultats annoncés par Merck sont confirmés, le molnupiravir servirait à fabriquer la première pilule permettant de traiter le Covid-19, qui serait à prendre très rapidement après la découverte de la positivé au coronavirus.

A qui le médicament sera-t-il donné ?

Dans son entretien avec FranceInfo, le professeur Mathieu Molimard précisait les modalités de prise du médicament : "50 000 doses, il faut 10 doses pour faire un traitement, cela fait 5 000 patients". Il a insisté sur le public concerné par le médicament anti-Covid de Merck : "Cela sera utilisable pour les patients qui ne répondent pas aux vaccins, qui sont avec des immunosuppresseurs et qui ont de fortes chances d'aller à l'hôpital. Ce n'est pas pour tout le monde."

Dès l'annonce des résultats par Merck, Anthony Fauci, immunologue et conseiller de la Maison Blanche, a estimé que les données de l'essai clinique étaient "impressionnantes". Nathalie Dean, biostatisticienne spécialisée dans les maladies infectieuses à l'université Emory, expliquait quant à elle à l'AFP après ces résultats : "On peut avoir des traitements qui sont également efficaces, mais si l'un est bien plus facile à utiliser que les autres, alors son impact sur la population sera plus grand."

Pour rappel, s'il était approuvé, ce médicament viendrait en complément des vaccins, et ne se substituerait pas à eux. Ainsi, le professeur à l'université de médecine de Houston (Texas) Peter Hotez rappelait sur twitter le 1er octobre, alors que Merck annonçait ses résultats : "Ce n'est n'est pas un médicament miracle, mais un outil pour accompagner la vaccination."

Qu'est-ce que le molnupiravir ?

Le molnupiravir, également appelé "MK-4482" ou "Lagevrio", est un antiviral expérimental à large spectre. Initialement destiné à soigner la grippe et l'hépatite C3, il est aujourd'hui envisagé comme un moyen de lutter contre divers coronavirus, dont le virus SARS-CoV-2. Le laboratoire Merck souhaite en faire un médicament réduisant le risque de développer une forme grave de la maladie de Covid-19. Effectivement, ayant la capacité de s'incorporer dans le génome du coronavirus, il y entraîne des erreur de réplication de l'ARN du virus, l'empêchant de se propager.

Cependant, s'il était autorisé, le médicament de Merck ne serait pas un remède miracle, comme l'a indiqué le professeur Mathieu Molimard au micro de FranceInfo : " C'est mieux d'avoir une forme orale comme le molnupiravir, mais un antiviral ne suffira probablement pas. On a des traitements efficaces quand on agit à plusieurs niveaux de reproduction du virus. Le virus n'est pas une bactérie, il rentre dans nos cellules, et pour le bloquer, si on agit trop fort, on tue nos cellules, il faut donc le bloquer à plusieurs endroits. Il faut plusieurs médicaments, souvent en combinaison."

Quels effets indésirables ?

Le molnupiravir suscite néanmoins certaines inquiétudes. Du fait de son mécanisme d'action (modifier le génome du virus), il pourrait être mutagène pour l'humain : pouvant s'incorporer dans l'ARN du virus, il peut, en théorie, peut-être pénétrer dans l'ARN humain et créer une mutation, qui pourrait générer des tumeurs cancéreuses. Le laboratoire Merck a cependant affirmé avoir étudié ce potentiel problème et s'est montré très optimiste sur les résultats complémentaires des études qui évalueront ce risque.

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