Journée internationale des droits des femmes : ce mythe historique à l'origine du 8 mars

Journée internationale des droits des femmes : ce mythe historique à l'origine du 8 mars La Journée internationale des droits des femmes est célébrée, comme chaque année, le 8 mars en 2026. Mais, cette date, qui serait liée, à une grève de femmes ouvrières à New York, relève davantage du mythe.

La Journée internationale des droits des femmes est célébrée, comme chaque année, le 8 mars. Cette date est consacrée à la mobilisation, à la sensibilisation et à l'action en faveur des droits des femmes et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Pour l'édition 2025, l'Organisation des nations unis a retenu le thème : "Pour toutes les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation".

Cette Journée internationale des droits des femmes nous vient de loin. Il faut remonter à New York, en 1857, pour comprendre l'origine de cette date spécifique, le 8 mars 1857 très exactement. À cette époque lointaine, une manifestation de femmes ouvrières dans le monde du textile réclame l'égalité des droits au travail, de meilleures conditions de travail et de vie. La grève aurait alors été sévèrement réprimée par les forces de l'ordre, comme le raconte le journal du CNRS.

Mais voilà, la Journée des droits des femmes pourrait avoir été créée sur une sorte de mythe auquel nous sommes encore attachés en 2026. Toujours selon le CNRS, un groupe de chercheuses françaises à la fin des années 1970 a enquêté sur cette fameuse grève des couturières new-yorkaises. Et en cherchant dans les archives à propos de cette grève, elles découvrent notamment que le 8 mars 1857 tombait un dimanche. Un jour non travaillé lors duquel il y a très peu de chance qu'une quelconque grève ait eu lieu.

Journée internationale des droits des femmes, à l'origine d'un mythe

Cependant, la Journée internationale des droits des femmes a quand même été lancée à partir de 1910 et perdure encore aujourd'hui en 2026.  L'une des chercheuses ayant travaillé sur le sujet des origines de cette journée explique comment elle a compris que la fameuse grève n'était en réalité qu'un mythe : "À l'époque, toute la presse militante, du PCF et de la CGT, comme celle des "groupes femmes" 1 du Mouvement de libération des femmes, relayée par les quotidiens nationaux, écrivait que la Journée des femmes commémorait le 8 mars 1857, jour de manifestation des couturières à New York. Mais, elle ajoute : "Les journaux américains de 1857, par exemple, n'en ont jamais fait mention".

En 1909, des femmes socialistes aux États-Unis lancent le " Woman's Day ", journée de célébration de l'égalité des droits civiques, à chaque dernier dimanche de février. En Europe, c'est la journaliste et militante marxiste allemande Clara Zetkin qui importe l'idée d'une " Journée internationale des femmes " dès 1910 à Copenhague, à l'occasion de la deuxième Conférence internationale des femmes socialistes.

Un événement majeur en Russie fixe la date du 8 mars pour la Journée internationale des droits des femmes 

L'objectif de la "Journée internationale des femmes" : mobiliser les femmes "en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe" et éclairer la revendication du droit de vote "conformément à la conception socialiste d'ensemble de la question des femmes" . "C'est justement pour contrecarrer l'influence des groupes féministes sur les femmes du peuple que Clara Zetkin propose cette journée", précise historienne Françoise Picq. 

Si aucune date pour répondre à cet appel n'est fixée, la première célébration de la "Journée internationale des femmes" est organisée le 19 mars 1911 en Autriche, Allemagne, Danemark et Suisse. C'est en Russie que la Journée des femmes connaît un nouvel essor au début du XXᵉ siècle. En 1913 et 1914, la Journée internationale des ouvrières y est célébrée, avant qu'un événement majeur ne survienne le 8 mars 1917 : à Petrograd - aujourd'hui Saint-Pétersbourg - des ouvrières descendent dans la rue pour manifester. Les Bolcheviks considéreront plus tard cette mobilisation comme le premier jour de la Révolution russe.

À partir de là, une tradition s'installe : le 8 mars devient une date privilégiée pour les partis communistes afin de mobiliser les femmes. Après 1945, la Journée internationale des droits des femmes est officiellement célébrée dans l'ensemble des pays socialistes, où elle prend parfois une dimension proche de celle de la fête des mères.

Selon un article de revue publié sur le site du Cairn, la Journée internationale des droits des femmes prendrait, en réalité, ses racines à partir de l'année 1955. "C'est en 1955, dans le journal L'Humanité, que la manifestation du 8 mars 1857 est citée pour la première fois", explique l'historienne Françoise Picq. C'est donc bien par une sorte de Fake News que la légende est née. Relayée chaque année dans la presse, la fausse information finit par s'ancrer dans l'imaginaire collectif, en particulier chez les lecteurs de la presse militante du PCF et de la CGT. 

Quand la date de la Journée internationale des droits des femmes était réinventée par la presse communiste

Cette réécriture visait à affirmer l'autonomie de son organisation face à l'Union des femmes françaises (UFF) - "organisation féminine, née de la Résistance", dirigée par des communistes et qui "groupait un grand nombre de femmes, essentiellement des ménagères et quelques intellectuelles" - tout en valorisant la lutte des ouvrières contre la dureté de leurs conditions de travail.

Ce choix permettait également d'éviter de traiter de questions controversées comme la contraception ou l'avortement, largement rejetées par certaines dirigeantes communistes. En somme, la référence à la grève des couturières de New York en 1857 a servi autant à légitimer la Journée internationale des droits des femmes qu'à opposer une lutte ouvrière réelle à une célébration plus traditionnelle, centrée sur la famille et les valeurs maternantes.

Dans les années 1950, la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, a été réinterprétée par la presse communiste et syndicaliste pour lui donner une origine plus ancienne et " spontanée ", détachée de l'histoire soviétique. Selon Madeleine Colin, dirigeante de la CGT à l'époque, son organisation "n'était conviée à la célébration de cette journée que pour soutenir des mots d'ordre déjà établis et pour faire participer des travailleuses aux manifestations décidées".

Le dialogue rétabli entre responsables communistes et chercheuses féministes

La remise en cause de cet événement fondateur a aussi déstabilisé une partie de la presse, qui se retrouve sans récit clair pour expliquer l'origine de la célébration annuelle. En France, le quotidien L'Humanité a notamment eu du mal à abandonner la légende de la Journée internationale des droits des femmes. Dans les années 1990, alors que le Parti communiste français cherche à se rapprocher des mouvements féministes, le journal relaie régulièrement les mobilisations pour les droits des femmes : manifestation du 25 novembre 1995, participation au Collectif des droits des femmes ou encore organisation des Assises nationales des droits des femmes en 1997. Le 8 mars 1996, L'Humanité affirme ainsi qu'" humanisme, communisme et féminisme doivent être indissociables ", signe d'un dialogue naissant entre responsables politiques et chercheuses féministes pour réexaminer l'histoire de cette journée et ses origines.

Plus tard, en 1977, en pleine vague de mobilisations féministes, l'Organisation des Nations unies [ONU] reconnaît la date du 8 mars comme Journée internationale des femmes, conduisant ainsi tous les pays du monde à célébrer cette journée. La France va encore plus loin en créant un ministère des Droits de la femme sous le gouvernement de Pierre Mauroy après 1981. Yvette Roudy en sera la ministre. Aujourd'hui, en 2026, un ministère de plein exercice est consacré à ces thématiques.

La Journée internationale des droits des femmes devient plus neutre

Dans les années 1990, une nouvelle forme de légitimation de la journée apparaît. L'Organisation des Nations unies est de plus en plus présentée comme étant à l'origine de la Journée internationale des droits des femmes. "A chaque 8 mars, date choisie par l'ONU pour célébrer la Journée internationale des femmes, les responsables politiques, les syndicats, les associations de défense des droits de l'homme, les médias redécouvrent la question des femmes", note ainsi Le Monde du 7 mars 1998. 

Cette version, largement reprise dans les médias et sur Internet, donne à la célébration une image plus neutre, consensuelle et véritablement internationale. Elle tend à remplacer l'origine historique liée au mouvement socialiste et à la militante allemande Clara Zetkin, pour conférer aux ouvrières new yorkaises une nouvelle légitimité consensuelle, explique le site du Cairn. En mettant en avant l'ONU plutôt qu'une figure du mouvement communiste, ce nouveau récit permet de détacher le 8 mars de ses racines politiques et idéologiques, pour en faire une journée universelle consacrée aux droits des femmes.