"Ça a commencé comme une simple blague" : la fusée Baguette One bientôt lancée, une création française pas comme les autres

"Ça a commencé comme une simple blague" : la fusée Baguette One bientôt lancée, une création française pas comme les autres Ce sera la première fois qu'une fusée privée est tirée depuis la France métropolitaine. Baguette One va bientôt décoller et pourrait révolutionner l'industrie spatiale.

Si des fusées ont déjà été tirées depuis Kourou en Guyane, aucun de ses appareils spatiaux n'a été envoyé dans l'espace depuis la France métropolitaine. C'est bientôt chose faite ! HyPrSpace, entreprise astronautique basée à Bordeaux, développe une méthode de propulsion pour faciliter l'accès à l'espace et va la tester d'ici peu grâce à sa fusée Baguette One. "On s'est dit qu'on allait marquer le coup, faire quelque chose de très français. On s'est dit que ce serait drôle d'appeler notre lanceur suborbital Baguette One. Ça a commencé comme une simple blague lors d'un projet de trois ingénieurs qui s'amusent", a raconté Sylvain Bataillard, co-fondateur HyPrSpace, contacté par Linternaute.com.

Cette fusée contient un moteur à propulsion hybride : il s'agit d'un croisement entre des technologies de propulsion liquide (oxygène) et solide (kérosène) pour "tirer le meilleur des deux mondes". La propulsion solide est très "explosive et très dangereuse" alors que la liquide est "excessivement complexe" et coûte donc "très très cher". L'objectif est donc d'avoir "une technologie de propulsion simple, sans pièces excessivement complexes, mais où on peut quand même moduler la poussée, tout en étant non pyrotechnique, non explosive, donc ça abaisse les coûts de logistique et de sûreté". 

Baguette One © HyPrSpace

La fusée Baguette One est suborbitale : elle peut aller dans l'espace, mais va ensuite retomber. Elle ne reste donc pas en orbite, mais peut monter jusqu'à 400 km d'altitude en supportant un poids de plusieurs centaines de kilos. Pour son lancement, HyPrSpace travaille avec la Direction générale de l'Armement (DGA). La date exacte n'a pas encore été définie car si l'entreprise sera prête fin 2026, elle devra "s'intégrer sur le calendrier de tirs" de la DGA. Ce tir sera effectué d'une base située dans le sud de la France : soit celle du Centre d'essais des Landes de Biscarrosse ou sur l'Ile du Levant dans le Var. 

L'objectif est de réussir à faire fonctionner le moteur à propulsion hybride en vol car au sol, les tests se sont avérés payants. "Le moment où ça va décoller, ce sera le moment que j'attends déjà avec impatience. C'est intéressant, dans le spatial, on travaille très longtemps pour un moment très court, très fort. C'est des instants de quelques secondes qui cristallisent toute la tension, tout l'effort d'ingénierie et tout l'aspect humain", nous a confié Sylvain Bataillard.

OB-1 © HyPrSpace

En cas de succès, il compte bien ne pas s'arrêter là. Un autre vol est programmé en 2027 pour tester cette fois-ci le lanceur Orbital Baguette One (pour le jeu de mots OB-1, comme le personnage de la saga Star Wars à la prononciation). Ce dernier pourra, pour sa part, rester en orbite et donc transporter un satellite pesant jusqu'à 250 kg. Ce dernier sera fourni par le Centre national d'études spatiales (CNES) lors du test.

HyPrSpace a aussi des visées bien plus larges que ces essais : l'entreprise veut que cette nouvelle technologie "puisse bénéficier à la France au global pour un accès à l'espace plus simple, moins cher et plus rapide". Pour la défense, les ingénieurs et leurs équipes se penchent sur le lancement réactif, soit le fait de pouvoir envoyer des satellites dans l'espace en urgence. "A l'heure actuelle, en Europe, on n'est pas capable de faire des lancements réactifs, je parle de quelques jours", a précisé Sylvain Bataillard. Une avancée qui aurait donc un impact mondial !