Voici la quantité d'aide humanitaire nécessaire par jour à Gaza, c'est bien plus que 40 tonnes
Les largages d'aide humanitaire sur la bande de Gaza sont autorisés depuis dimanche par Israël. La communauté internationale s'organise alors et plusieurs pays ont largué, ou vont larguer, des palettes d'aide sur l'enclave : le Royaume-Uni, la Belgique, l'Allemagne, les Émirats arabes unis, la Jordanie et la France. Jean-Noël Barrot a annoncé que 40 tonnes d'aide humanitaire doivent être larguées, vendredi 1er août, à Gaza : "Il faut inonder la bande de Gaza d'eau, de nourriture et de médicaments. Il n'y a plus une minute à perdre", a-t-il déclaré sur Franceinfo le matin de ces largages.
Quatre vols vont larguer 10 tonnes d'aide chacun sur plusieurs jours depuis la Jordanie. Les colis contiendront des produits de première nécessité non périssables. Si on se base sur ceux qui ont été largués l'an dernier, ils devraient contenir des conserves, du riz, du maïs ainsi que des jouets pour les enfants et des vêtements.
Selon les chiffres de l'OMS, 5 000 enfants de moins de cinq ans ont été admis pour soins début juillet pour malnutrition aiguë. 63 sont morts. De plus, un organisme international de surveillance de la faim soutenu par l'ONU a affirmé mardi que le "pire scénario de famine est en cours à Gaza" pour ses 2 400 000 habitants.
Combien d'aide est nécessaire ?
L'accès terrestre à la bande de Gaza est plus que limité depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas. "Avant les événements dramatiques d'octobre 2023 et la guerre qui embrase Gaza depuis, entre 500 et 600 camions entraient quotidiennement à Gaza", explique Pierre Micheletti, ancien président d'Action contre la faim à France 24. "Rappelons qu'ils ne contenaient pas uniquement des denrées alimentaires, mais aussi des médicaments et d'autres produits indispensables." Depuis le conflit, les camions rentrent au compte-goutte dans l'enclave, quand ils ne sont pas bloqués à la frontière.
La communauté internationale compte bien acheminer ces aides en passant par la voie aérienne, mais il est important de comprendre que la quantité d'aide larguée par avion est infime comparée à celle par voie terrestre. En effet, un camion d'aide humanitaire contient 20 tonnes de vivres. Le largage français ne correspond donc qu'à deux camions d'aide humanitaire.
"Un petit pas réalisé qui reste dérisoire", estime Aymeric Elluin, responsable de plaidoyer Armes et conflits armés au sein d'Amnesty International France, auprès de Franceinfo. Selon lui, l'ONU a calculé qu'il faudrait 62 000 tonnes d'alimentation par mois livrées à Gaza, soit 2 000 tonnes par jour au moins. On est donc très loin des 40 tonnes livrées par la France, même si d'autres pays vont effectuer des largages.
Une pratique à risque
En plus d'être une aide insuffisante, les largages ne sont pas la méthode la plus efficace et la moins dangereuse. Lors des derniers largages en 2024, cinq personnes sont mortes et dix autres ont été blessées par la chute d'un colis humanitaire dont le parachute ne s'est pas ouvert. Il faut dire que le largage par avion se fait à 600 mètres du sol et ne permet pas une nette précision sur la zone d'atterrissage.
"On ne parle ici que du volume d'aide brut qui parvient sur le territoire. Lutter contre la famine, ce n'est pas juste compter des avions et des camions d'aide alimentaire : c'est veiller à la mise en œuvre effective (…) de la sécurité alimentaire", explique Pierre Micheletti. En effet, le largage des colis humanitaires peut provoquer des mouvements de foule. De plus, c'est à la population de s'organiser pour la distribution mais le marché noir prend une importance phénoménale. "Il risque d'être renforcé par le largage aérien. En effet, si cette nourriture distribuée gratuitement entre dans un circuit de marché noir, est-ce que la population aura les moyens de l'acquérir ?"
De nombreuses personnes sont blessées ou en état de malnutrition sévère, ce qui fait qu'elles ne sont pas en capacité de se déplacer pour récupérer ces aides.
Pierre Micheletti rappelle également que la population doit être en capacité d'utiliser cette aide : "Même si des gens parviennent à rentrer chez eux avec quelques kilos de farine, encore faut-il pouvoir la cuisiner – avoir des gamelles, du combustible, de l'eau potable, et préparer la nourriture dans des conditions qui ne créent pas de diarrhées catastrophiques". Il y a également la question des personnes qui sont dans un état grave de malnutrition et qui nécessitent une aide médicale, par sonde, pour être réalimentées.