Procès de Marine Le Pen : un changement dans sa défense pour convaincre les juges

Procès de Marine Le Pen : un changement dans sa défense pour convaincre les juges Jugée en appel dans l'affaire des emplois fictifs des assistants parlementaires européens de son parti, Marine Le Pen a opéré un changement de défense ce mardi 13 janvier 2026.

Ce mardi 13 janvier 2026, le procès en appel de Marine Le Pen et du Rassemblement national s'est ouvert en début d'après-midi, sur les coups de 13 heures. La cheffe de file des députés RN, qui joue son avenir politique, a été invitée à s'exprimer à la barre. "Ce que je souhaite dire d’ores et déjà, c’est que si un délit a été commis, nous n’avions aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit, lorsqu'en 2004, puis en 2009 puis en 2014, nous avons embauché des assistants et nous avons mutualisé leur travail", a déclaré Marine Le Pen, qui a insisté : "Nous n’avons jamais rien dissimulé."

D'après la triple candidate du RN à la présidentielle, le Parlement européen serait même en partie responsable dans cette affaire. "Le Parlement européen n'a pas joué son rôle d'alerte tel qu'il aurait dû le jouer", a-t-elle lâché, affirmant que l'institution européenne avait "connaissance des éléments d'ensemble constitutifs de ces contrats" litigieux d'assistants parlementaires. Des propos qui apparaissent acter un changement de stratégie de Marine Le Pen. En première instance, la députée du Pas-de-Calais avait catégoriquement rejeté les accusations dont elle faisait l'objet. Désormais, Marine Le Pen semble mettre de l'eau dans son vin... Tout comme les autres prévenus.

Aux côtés de la cheffe de file des députés RN, 10 autres prévenus ont également décidé de faire appel de leur première condamnation. Parmi eux, Nicolas Bay, Wallerand de Saint-Just, Bruno Gollnisch, Louis Aliot, Guillaume L'Huillier, Fernand Le Rachinel, Catherine Griset, Julien Odoul, Timothée Houssin et Nicolas Crochet. Ce mardi, tous ont insisté sur leur non "intention de frauder".

Marine Le Pen pourra-t-elle se présenter en 2027 ?

Marine Le Pen a été condamnée lundi 31 mars 2025 par le tribunal de Paris dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national au Parlement européen. La cheffe de file du Rassemblement national (RN) a été reconnue coupable en première instance de détournement de fonds publics. L'ancienne présidente du parti d'extrême droite a été condamnée à une peine de quatre ans d'emprisonnement dont deux ans ferme, aménageable avec un bracelet électronique, à 100 000 euros d'amende, et à cinq ans d'inéligibilité, avec exécution provisoire. Elle est jugée en appel depuis ce mardi 13 janvier, et jusqu'au 12 février prochain. Dans l'attente du verdict, sa peine de prison et son amende sont suspendues.

En revanche, elle ne peut toujours pas se présenter à une élection dans un délai de cinq ans, dont l'élection présidentielle de 2027 et les prochaines élections législatives, puisque sa peine d'inéligibilité a été prononcée avec exécution provisoire, soit une application immédiate et non-suspensive en cas d'appel. Si les peines requises sont lourdes, c'est parce que le parquet puis le tribunal a considéré que Marine Le Pen a été au "centre", voire a dirigé un "système organisé" visant à faire du Parlement européen la "vache à lait" du Front national (FN). Dans cette affaire, la députée a été jugée coupable en mars dernier d'avoir, entre 2004 et 2016, utilisé les fonds alloués par le Parlement européen aux eurodéputés de son parti pour financer le fonctionnement du FN. Le préjudice est estimé à près de 7 millions d'euros. Voilà pourquoi, la relaxe de Marine Le Pen lors de ce procès en appel apparaît comme très peu probable. Mais pas impossible. 

Écartée de la présidentielle 2027 même en cas d'acquittement ?

Mais même dans ce cas de figure, la patronne du RN pourrait être empêchée de se présenter à cause d'un personnage central : Jordan Bardella. Le président du RN fait désormais pas mal d'ombre à la première citée. En effet, les électeurs du Rassemblement national pensent aujourd'hui que Jordan Bardella ferait un meilleur chef de l’État que sa mentore. Selon l'enquête "Baromètre d'image du RN, édition 2026" réalisée par Verian pour Le Monde et la revue L’Hémicycle, une personne interrogée sur deux (49 %) considère que Jordan Bardella "a plus de chances de remporter l’élection présidentielle", contre 18 % pour Marine Le Pen. Chez les électeurs frontistes, la tendance Bardella va plus loin. 56 % d'entre eux pensent qu'il "ferait un meilleur président de la République" que son aînée, 29 % pensent l'inverse. Le sondage sanctionne également l’échec relatif de sa stratégie de dénonciation de la justice, depuis sa condamnation, le 31 mars 2025. Un sondé sur deux juge qu’elle est "traitée comme n’importe quel justiciable".

Marine Le Pen candidate en 2027 ? Les deux petits espoirs

En cas de nouvelle condamnation, Marine Le Pen risque dix ans de prison et ne pourra pas se présenter à l’élection présidentielle de 2027. En novembre dernier, elle assurait qu'il était "sûr et certain" qu'elle briguerait à nouveau l'Élysée "si elle pouvait être candidate" et confiait conserver un "tout petit espoir". Le "pari" de l'appel revêt donc un certain risque pour le parti à la flamme. Marine Le Pen pourrait également être privée d'une participation à l'élection présidentielle de 2032. En revanche, pour espérer pouvoir participer à la prochaine élection présidentielle de 2027, cette dernière ne dispose pas de beaucoup de marge de manœuvre.

Elle devra soit être relaxée, soit être condamnée en seconde instance avec sa peine d'inéligibilité annulée. Attention, si c'est le cas et que Marine Le Pen décide de se pourvoir en cassation pour repousser et suspendre sa condamnation, il faudra absolument que l'ultime décision de la justice survienne après l'élection présidentielle. La Cour de cassation rendra "si possible" son arrêt avant la présidentielle de 2027, a indiqué son premier président Christophe Soulard, vendredi 9 janvier. En cas de recours devant la Cour de cassation à l'automne ou à l'hiver, les délais devraient être suffisants pour permettre à Marine Le Pen de se présenter à la présidentielle.

L'ultime option - même si elle apparaît comme très peu probable - réside en une grâce présidentielle, ou l’acte par lequel le président de la République peut "dispenser une personne condamnée de l’exécution de sa peine" de manière partielle ou totale. Il s’agit d’une prérogative discrétionnaire, dans la mesure où le président de la République n’est pas obligé de justifier son choix d’accorder (ou de refuser) la grâce à une personne condamnée. Une faveur difficile à imaginer de la part d'Emmanuel Macron à destination d'une adversaire politique majeure.

Marine Le Pen et le RN condamnés en mars 2025 : pourquoi ?

Les éléments d'enquête et plusieurs témoignages ont établi que le RN a mis en place un vaste système d'emplois fictifs dans le but de rentabiliser le financement alloué par le Parlement européen. Le RN d'ailleurs été condamné à 2 millions d'euros d'amende, dont 1 million ferme, ainsi qu'à la confiscation de 1 million d'euros saisi pendant l'instruction. 22 autres prévenus ont été condamnés à des peines allant de six mois de prison avec sursis à de la prison ferme, assorties d'amendes et de peines d'inéligibilité. Un prévenu a été relaxé en mars dernier.

L'affaire est dans le collimateur de la justice depuis 10 ans et a d'importantes ramifications. De quoi parle-t-on exactement ? C'est en 2014, après l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti et lorsque le RN passe de 3 à 24 élus au Parlement européen que l'affaire prend de l'ampleur. Chaque député peut alors recevoir une enveloppe de 21 000 euros par mois pour financer le recrutement d'assistants parlementaires. Une manne financière grâce à laquelle le parti, qui connait de grosses difficultés à l'époque, se serait remis à flot à moindre coût.

Selon les juges, lors d'une réunion du 4 juin 2014, ordre aurait été donné à chacun des 24 eurodéputés du RN de recruter un assistant parlementaire chargé de l'épauler et de laisser tous les autres assistants parlementaires pouvant être recrutés à disposition du parti. Ladite consigne est alors rapportée par Nicolas Franchinard, un ancien assistant parlementaire auprès de trois ex-élus du RN qui a témoigné auprès de Médiapart.

Les soupçons d'emplois fictifs éclatent en 2015 avec la publication d'un nouvel organigramme du RN sur lequel figure une vingtaine de noms d'assistants parlementaires à des postes à responsabilité au sein du parti. Un cumul de fonctions à l'origine des soupçons sur des emplois fictifs qui pousse le président du Parlement européen de l'époque, Martin Schulz, a signalé la situation.

Les preuves contre le RN et Marine Le Pen

Plusieurs éléments permettant de confirmer la consigne donnée par la direction du parti concernant le recrutement d'assistants parlementaires ont été obtenus, notamment des comptes-rendus de réunion ou encore les déclarations de plusieurs anciens eurodéputés. C'est le cas d'Aymeric Chauprade qui a témoigné auprès de Médiapart et Complément d'enquête en 2017 avant de se rétracter et de remettre en cause ses déclarations. Sophie Montel, qui a été députée européenne du RN de 2014 à 2019, a également révélé cette consigne émanant de la direction du parti dans son live paru en 2019, Bal tragique au Front national. Trente ans au cœur du système Le Pen. "Je vous indique que vous aurez le choix de recruter par vous-même un assistant et que le reste de votre enveloppe d'assistance parlementaire sera mis à disposition du parti", écrit-elle citant la direction du RN.

Des documents obtenus lors de différentes perquisitions, dont des échanges de mails, tendent à montrer qu'un "système de détournement" des fonds publics a été mis en place "de manière concertée et délibérée" selon les juges d'instruction. Lors de ces échanges, Vallerand de Saint-Just qui est alors trésorier du FN indique à Marine Le Pen que le parti "[ne s'en sortira] que si nous faisons des économies importantes grâce au Parlement européen et si nous obtenons des reversements supplémentaires".

Des mises en garde émanant de certains eurodéputés contre le caractère illégal de cette organisation comparable à un système d'emplois fictifs ont été adressées au cabinet de Marine Le Pen et au trésorier selon des mails consultés par Médiapart. Lesquels étaient au courant de l'aspect frauduleux du système. Marine Le Pen a toujours nié être impliquée dans la gestion des fonds parlementaires et a simplement indiqué avoir été informée des recrutements effectués par les eurodéputés ainsi que de la gestion centralisée des fonds parlementaires censés, selon la défense du parti, faciliter la tâche aux parlementaires et aux assistants.

Dernières mises à jour

13/01/26 - 21:06 - "Une série de contradictions" dans la défense du RN

L'avocat du Parlement européen dans cette affaire, Me Patrick Maisonneuve, a remis mardi soir en question les dires de Marine Le Pen, selon qui l'institution européenne n'aurait "pas joué son rôle d'alerte tel qu'il aurait dû le jouer". Dénonçant une "série de contradictions" dans la défense du Rassemblement national "à dire en même temps, 'je vous dénie le droit de regarder le contenu de mon activité d'assistant parlementaire' et après venir dire que le Parlement européen n'aurait pas fait de contrôles approfondis", Me Patrick Maisonneuve a assuré au micro de BFMTV qu'il y avait bien eu "des contrôles sur pièces".

13/01/26 - 20:05 - Quel est le programme de la deuxième journée d'audience prévue ce mercredi ?

Au lendemain de l'ouverture du procès de Marine Le Pen et du RN en appel, les questions de procédure plaidées par la défense seront abordées demain, mercredi 14 janvier. Parmi elles, les exceptions de nullité.

13/01/26 - 19:01 - Un changement de stratégie acté pour Marine Le Pen ?

Alors qu'elle avait rejeté catégoriquement les accusations dont elle faisait l'objet en première instance, Marine Le Pen semble avoir quelque peu changé de position, mettant semble-t-il de l'eau dans son vin. À la barre, ce mardi 13 janvier, Marine Le Pen a ainsi édulcoré quelque peu ses propos, parlant plutôt de son "sentiment" de ne pas avoir commis d'infraction.

13/01/26 - 18:04 - Pour Marine Le Pen, le Parlement "n'a pas joué ce rôle d'alerte tel qu'il aurait dû"

D'après Marine Le Pen, le Parlement européen "avait connaissance des éléments d'ensemble constitutifs de ces contrats" litigieux d'assistants parlementaires, payés par des enveloppes versées par le Parlement de Strasbourg, mais soupçonnés de n'avoir travaillé qu'au seul bénéfice du FN, devenu RN. "Nous n'avons rien dissimulé", a-t-elle encore insisté. "Si tant est qu'une faute ait été commise", le Parlement "n'a pas joué ce rôle d'alerte tel qu'il aurait dû" le faire, regrette-t-elle. 

L'audience est désormais suspendue, elle rependra demain matin, mercredi 14 janvier 2026.

13/01/26 - 17:37 - "Nous n'avons jamais rien dissimulé", assure Marine Le Pen

"Mon appel porte sur les considérations pénales et civiles (...) Si un délit avait été commis, on a le sentiment que chacun s’accorde à le dire, nous n’avions aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit lorsque nous avons embauché nos propres assistants (et les avons) mutualisés. Nous n'avons jamais rien dissimulé ni dans la publication de nos organigrammes, ni dans les contrats déposés, ni dans les multiples articles de presse", dit Marine Le Pen à l'audience, ce mardi 13 janvier.

13/01/26 - 16:46 - Le tribunal fait la lecture de l'acte d'accusation

Ce mardi, la procédure judiciaire est assez technique et procédurale : la présidente Michèle Agri lit le rappel des faits. Une lecture de plus de deux heures vient d'être faite, elle a permis d'expliquer les enjeux du procès et de faire comparaître 11 personnes physiques : Marine Le Pen, Nicolas Bay, Wallerand de Saint-Just, Bruno Gollnisch, Louis Aliot, Guillaume L'Huillier, Fernand Le Rachinel, Catherine Griset, Julien Odoul, Timothée Houssin et Nicolas Crochet. Une personne morale est aussi jugée : le Rassemblement national.

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Marine Le Pen a été reconnue coupable de détournement de fonds publics et condamnée à une peine d'inéligibilité de 5 ans avec exécution provisoire, le 31 mars 2025, dans l'affaire dite des assistants parlementaires européens du FN. Elle est accusée, avec 11 autres prévenus, d'avoir, entre 2004 et 2016, utilisé les fonds alloués par le Parlement européen aux eurodéputés de son parti pour financer le fonctionnement du FN. Le préjudice est estimé à près de 7 millions d'euros. Son procès en appel a débuté le mardi 13 janvier 2026.