Un double-jeu de Macron ? Ses commentaires sur son "ami" Bayrou interrogent

Un double-jeu de Macron ? Ses commentaires sur son "ami" Bayrou interrogent Si Emmanuel Macron trouve François Bayrou "courageux" et qu'il loue son travail sur le budget 2026, la relation entre les deux hommes pourrait se détériorer, comme avec un autre Premier ministre avant lui.

Une relation complexe. En effet, si l'opinion publique peut avoir une impression de connexion tout bonnement professionnelle entre Emmanuel Macron et François Bayrou, à y regarder de plus près, leur duo apparaît comme bien plus alambiqué. Interrogé dans les colonnes de Paris Match le 19 août, le président de la République réfute l'idée selon laquelle une "demi-cohabitation" serait installée au sein du gouvernement. "Pourquoi cohabitation ?", demande le chef de l'Etat. "Non, François Bayrou, c'est mon ami. Il y a une coalition plus large, et voilà tout", répond-il au journaliste.

Dans ses propos, le locataire de l'Elysée va plus loin, assurant qu'il connaît le Palois "intimement". "C'est mon compagnon de route. Il a les capacités pour tenir ce gouvernement qui n'est pas habituel. Et je pense que le plan qu'il a proposé, que nous avons longuement préparé ensemble, et qu'il a travaillé avec ses ministres, est un bon plan". Les louanges ne s'arrêtent pas là, le projet de budget 2026 est même qualifié de "lucide et courageux", abonde Emmanuel Macron. 

Voilà pourquoi, le président assume bien volontiers l'enveloppe colossale de 44 milliards d'euros d'économies proposée par son Premier ministre il y a peu. "Le pays a vraiment besoin de stabilité. Donc pas de coups politiques. Et du courage pour prendre les décisions fortes", poursuit-il, toujours chez Paris Match. Est-ce une manière déguisée de défendre son "ami" François Bayrou, pour lequel l'avenir à la tête du gouvernement ne tient plus qu'à un fil ? Une motion de censure pèse toujours contre lui, notamment en raison du projet de budget largement décrié par la classe politique française.

Le "baiser de la mort" de Macron ?

Autant de galanterie d'un président envers son patron de l'exécutif peut-il intriguer ? Oui, selon Politico. "Le président (a) une fâcheuse tendance à se montrer très chaleureux avec les chefs du gouvernement qu'il s'apprête à remercier", peut-on lire. Nous pensons naturellement à Edouard Philippe, fidèle lieutenant du président Macron et Premier ministre, trois années durant. Une relation de confiance existait entre les deux hommes, avant que le chef de l'Etat tente de relancer son premier quinquennat, pour préparer au mieux sa réélection en 2022.

Pour rappel, Edouard Philippe avait posé en couverture de Paris Match en tenue décontractée sous le titre "L'inconnu qui gouverne la France", ce qui n'avait pas été apprécié dans les couloirs du palais de l'Elysée, d'après plusieurs observateurs. Ses divergences avec Emmanuel Macron sur la question écologique - il s'opposait à un référendum pour entériner les propositions de la Convention citoyenne pour le climat - et sa cote de popularité extrêmement élevée à l'époque, ont peut-être scellé son avenir alors qu'il commençait à faire de l'ombre au président. Le 3 juillet 2020, Edouard Philippe remettait la démission de son gouvernement au président de la République, qui l'a acceptée. Les entourages des deux camps indiquaient deux jours plus tard que cette séparation était consentie. 

François Bayrou connaîtra-t-il le même sort ? Difficile à dire pour le moment. D'autant plus qu'Emmanuel Macron éprouverait une affection sincère pour le Premier ministre. "Il le trouve courageux. Il adore le mec qui n'a pas peur du ridicule", glisse à Politico un proche du président. Toutefois, ces compliments répétés peuvent être le signe du "baiser de la mort tout en étant le baiser le plus long du cinéma français. il va sentir l'étreinte se relâcher", confie le macroniste. Une illustration parfaite de l'adage "Je t'aime, moi non plus", souligne Politico dans sa newsletter du jour.

Le macroniste cité y voit même un certain "cynisme" du locataire de l'Elysée envers le Béarnais, ce qui n'a rien de rassurant pour ce dernier. "J'ai forcément envie de faire un maximum de choses d'ici 2027. Et je dis à ceux qui se voient déjà en mai 2027 : méfiez-vous. Moi, j'ai connu des gens à l'été 2015 qui se projetaient déjà à l'été 2017 et qui n'étaient plus là en 2017", a enfin lancé le chef de l'Etat dans les colonnes de Paris Match. Menace, conseil, prémonition... L'avenir nous le dira.