Du papier toilette en soie vieux de 700 ans découvert dans des toilettes médiévales, oubliez le triple épaisseur
Il y a quelques semaines, lors de fouilles menées en Allemagne par les équipes de la LWL (Landschaftsverband Westfalen-Lippe), des chercheurs ont fouillé les sédiments d'une ancienne latrine publique à Paderborn. Parmi les débris, ils ont mis au jour un secret d'hygiène intime qui ferait presque passer nos rouleaux modernes pour de la toile émeri : des fragments de tissu en soie de très haute qualité, soigneusement découpés en rectangles. Bienvenue dans les commodités de l'élite médiévale.
Pour le commun des mortels du XIIIe ou du XIVe siècle, l'instant de se soulager rimait généralement avec l'usage de feuilles, de mousse, de paille ou, dans le meilleur des cas, de vieux morceaux de laine rêche. Mais à Paderborn, grande cité commerçante de l'époque, la haute société ne l'entendait pas de cette oreille.
L'analyse de ces morceaux de textile précieux, importés d'Orient à prix d'or, a stupéfié les experts. S. Bretzel, archéologue et spécialiste au LWL, avance une hypothèse fascinante : "Les restes de tissus en soie trouvés dans la latrine étaient en partie déchirés en chiffons rectangulaires, certains étant tissés et décorés de manière extrêmement fine. Il s'agissait peut-être de papier toilette, une fois que ce tissu autrefois noble a été mis au rebut".
La découverte de ces rectangles de soie au fond d'un puits de latrine laisse entendre que les marchands et notables les plus fortunés utilisaient ce textile précieux, importé d'Orient à prix d'or, comme un substitut luxueux à notre papier toilette. Une délicatesse insoupçonnée qui en dit long sur le fossé social de l'époque. Utiliser de la soie pour son hygiène quotidienne était l'affirmation ultime d'une richesse ostentatoire, un privilège réservé à une infime minorité capable de littéralement jeter sa fortune par le trou des toilettes.
Comment de la soie a-t-elle pu traverser sept siècles dans un environnement aussi hostile sans se décomposer ? C'est tout le paradoxe et la magie de l'archéologie des latrines. En tombant dans la boue dense, humide et totalement hermétique de ces WC médiévaux, les objets ont été instantanément coupés de tout contact avec l'oxygène.
Comme l'explique l'étude, ce phénomène, dit "anaérobie", empêche la prolifération des bactéries et des champignons responsables de la pourriture des matières organiques. La latrine a ainsi agi comme une capsule temporelle parfaite, figeant les objets dans un état de conservation exceptionnel. "Cela peut paraître étrange, mais pour nous, archéologues, les latrines sont presque toujours une véritable mine d'or", s'est réjoui le directeur de recherche du LWL.
Les archéologues ont d'ailleurs fait une autre découverte surprenante. Juste à côté de ce papier toilette princier, les scientifiques ont extrait un objet encore plus rare : un carnet de notes médiéval complet, en tablettes de cire.
Constitué d'une couverture en cuir subtilement gaufré de motifs de lys, de plaques de bois et de pages enduites de cire, ce calepin est unique en son genre dans la région. À cette époque, le papier n'existait pas encore en Europe centrale et le parchemin coûtait une fortune. On gravait donc ses mémos sur de la cire à l'aide d'un stylet pointu, avant de pouvoir les effacer en lissant la surface, exactement comme un écran tactile réutilisable. Les premières analyses révèlent des inscriptions rédigées en latin, confirmant que le propriétaire de ce carnet – et de la soie – appartenait à la plus haute caste intellectuelle et financière de la ville.