Oui, le nombre et les coûts des arrêts-maladies augmentent, mais il y a de bonnes raisons à ça
Samedi 26 juillet, la ministre de la Santé et du Travail détaillait les pistes du gouvernement pour économiser 5,5 milliards d'euros sur les dépenses de santé. Dans les colonnes du Monde, Catherine Vautrin s'est notamment penchée sur l'épineuse question des arrêts-maladies, en augmentation en France depuis 15 ans. Voilà pourquoi, l'exécutif songe à transférer à l'employeur la prise en charge des arrêts-maladies jusqu'au septième jour. Cela "doit faire l'objet de discussions avec les partenaires sociaux. Dans cette hypothèse, les entreprises seraient amenées à prendre le relais sur cette période supplémentaire de carence, du quatrième au septième jour", a détaillé la ministre.
Elle poursuit : "Il y a également un sujet sur la prescription de ces arrêts par les médecins. Nous souhaitons mettre fin à des abus. Pour rappel, les contrôles qui ont été exécutés sur les arrêts-maladies de plus de dix-huit mois ont montré que, pour 50 % d'entre eux, ces arrêts n'étaient plus justifiés", pose-t-elle. Voilà pourquoi, le gouvernement souhaite "limiter tout premier arrêt de travail prescrit en médecine de ville à quinze jours – il n'y a aujourd'hui pas de durée maximale, et à un mois en sortie d'hospitalisation. L'objectif est d'assurer un meilleur suivi médical de l'assuré et une réévaluation plus régulière des situations", assure Catherine Vautrin.
Pourquoi les arrêts de travail augmentent-ils ?
Dans les faits, les arrêts-maladies augmentent bien dans l'Hexagone, c'est un fait. Selon une étude publiée en décembre 2024 par le service de statistique ministériel en charge de la santé et du social (Drees) et par la Caisse nationale de l'assurance maladie, le nombre d'arrêts maladie est passé de 6,43 à 8,42 millions, entre 2010 et 2023, soit une hausse de plus de 30 %. Une envolée plus significative est constatée entre 2019 et 2023, notamment chez les plus jeunes.
Cette hausse peut s'expliquer par plusieurs facteurs. D'abord, l'emploi a augmenté en France depuis 2010, faisant automatiquement grimper le nombre d'arrêts-maladies sur la même période. L'emploi a même progressé "deux fois plus vite au cours de la période récente (+1,5 % par an sur 2019-2023)", que sur la période 2010-2019, indique l'étude. Le vieillissement de la population a également sa part à prendre, et plus particulièrement celui de la population active avec les différentes réformes des retraites. Les actifs sont plus nombreux, ils travaillent plus longtemps, et sont donc des prospects aux arrêts de travail.
Plus que le nombre d'arrêts-maladies, c'est le coup de ces procédures à l'Etat que le gouvernement veut réduire. Les arrêts sont devenus plus chers avec la hausse des salaires liée à l'inflation. "L'effet direct des facteurs économiques (hausse des salaires) et démographiques explique de l'ordre de 60 % de la hausse des dépenses maladie entre 2010 et 2023", assure le rapport, mais ce n'est pas tout. La Caisse nationale de l'Assurance maladie (Cnam) pointe également du doigt dans un rapport "le mal-être au travail et le manque de reconnaissance, le manque réel ou perçu de perspectives professionnelles", pour expliquer ce phénomène de multiplication des arrêts de travail.
"Notre système de santé est dans une crise profonde"
Une chose est sûre, les annonces du gouvernement n'ont pas manqué de faire réagir certains spécialistes. "C'est un rabotage à tous les étages, est-ce que notre système de santé est dans un état qui le justifie ? Évidemment que non. Notre système de santé est dans une crise profonde car il est inadapté à son environnement", fustige Frédéric Bizard, économiste spécialiste de la santé et professeur à l'ESCP au micro de BFMTV. "La Cnam l'a rappelé dans son rapport, ce sont les arrêts longs qui posent problème, ce sont ceux qui vont coûter le plus en termes de dépenses d'indemnités journalières, donc c'est sur ces vecteurs-là qu'il faut agir", abonde Fabienne Yvon, déléguée générale du syndicat MG France, toujours sur la chaîne d'info.
Ce mardi 29 juillet, le ministre de la Santé Yannick Neuder a pris la parole sur les arrêts-maladies qui sont "une chance", dès lors qu'ils sont utilisés "avec modération". Sur BFMTV, il appelle à la "responsabilité de tous" mais souhaite ne "culpabiliser personne". Il a également tenu à rappeler que les arrêts maladie ont augmenté "de près de 6,4 %", représentant "17 milliards d'euros" pour le secteur privé et "jusqu'à 27 milliards" avec ceux des fonctionnaires. L'arrêt de travail reste "un acte médical (...) on ne sollicite pas un arrêt de travail si son état de santé psychique ou organique ne le nécessite pas", a martelé Yannick Neuder.