Procès de CRS violents contre des gilets jaunes : les policiers emprisonnés ? Des regrets exprimés à l'audience

Procès de CRS violents contre des gilets jaunes : les policiers emprisonnés ? Des regrets exprimés à l'audience Les réquisitions sont tombées ce jeudi 12 février dans le procès des neuf CRS jugés pour avoir frappé des gilets jaunes dans un Burger King en décembre 2018 à Paris.

Depuis lundi, le procès des neuf CRS impliqués dans des violences survenues le 1er décembre 2018 dans un restaurant Burger King à Paris, en marge d'une manifestation de Gilets jaunes, se tenait. Ce jeudi 12 février, les réquisitions sont tombées : de six à 20 mois de prison avec sursis simple ont été requis à leur encontre. "Le désordre ne suspend jamais le droit, le droit n'est pas un luxe réservé aux jours calmes, le droit est précisément ce qui doit tenir quand tout bascule", a estimé la procureure Manon Dubarry pour qui cette affaire incarne "le moment précis où l'usage de la force a cessé d'être nécessaire et proportionné". Le verdict sera rendu dans près d'un mois, le 17 mars 2026.

Dans la foulée des réquisitions a débuté la plaidoirie de la défense. "Ces CRS, quand ils entrent au Burger King, ils sont épuisés, car ils se sont battus toute la journée, ils n'ont pas bu, ils n'ont pas mangé", a de son côté mis en avant l'avocat des neuf CRS, rappelant avant cela : "Vous jugez des gens qui au quotidien exercent le contrôle démocratique des foules […] En France, on ne fait pas n'importe quoi… sauf à la DOPC [police de la circulation ndlr.]". Reconnaissant tout de même que "ça s'est battu fort" et qu'"il y a des coups qui [ont été] donnés dont certains [étaient] parfaitement inutiles", Me Laurent-Franck Liénard a justifié : "Il y a des phénomènes psychologiques à partir du moment où vous êtes déshydratés, blessés, exténués… Vous devenez déraisonnable." Après avoir insisté sur le fait que les CRS jugés sont des hommes "assez expérimentés", il a conclu : "La justice pour ces hommes, ce n'est pas la condamnation. C'est la compréhension. Faites un pas vers eux."

"Ça brûle de partout"

En décembre 2018, des CRS avaient matraqué des manifestants qui avaient forcé l'entrée d'un Burger King à proximité de la place de l'Étoile pour y trouver refuge pendant l'acte 3 de la mobilisation des "gilets jaunes" à Paris. Ces neuf CRS, tous membres à l'époque de la CRS 43 basée à Chalon-sur-Saône, ont dû répondre, durant trois jours (lundi, mardi et jeudi) de violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes. Pour certains, ils encourent jusqu'à sept ans de prison et 100 000 euros d'amende.

Plusieurs ne nient pas les coups, la scène ayant été filmée. En revanche, ils plaident le manque de lucidité après une journée tendue. "Mes clients sont harassés à ce moment-là. Ça fait douze heures qu'ils se battent", recontextualisait lundi sur RTL Me Laurent-Franck Lienard, l'avocat des CRS. Tenus par "l'obligation de libérer dans l'urgence les lieux" puisque "ça brûle de partout" pendant ce temps-là, les dépositaires de l'autorité publique ont fait le choix d'exercer la force.

Un CRS reconnaît avoir fait "n'importe quoi"

Pour identifier les neuf prévenus, quatre années ont été nécessaires aux enquêteurs. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN), en charge de l'enquête, a été saisie le 5 décembre 2018, soit quatre jours après les violences. Quelques mois plus tard, la CRS 43 n'était pas parvenue à dévoiler l'identité des fonctionnaires concernés par l'intervention dans le Burger King, indique le rapport de l'IGPN du 6 mai 2019, comme rappelé par France Info. En juin 2020, une liste de "15 effectifs pouvant être intervenus" a été dressée. Huit CRS sont ainsi identifiés et mis en examen au fur et à mesure, jusqu'en janvier 2023 grâce à des recoupements, auditions et aux images de vidéosurveillance du fast-food.

Confrontés aux images, tous les CRS mis en examen se reconnaissent et confirment l'ensemble des coups, à l'exception de Frédéric P. De leur côté, Raphaël A., Frédéric P. et Olivier P. - trois des CRS mis en cause - reconnaissent une absence d'agressivité des "gilets jaunes" présents et "la violence de l'intervention, par rapport au calme apparent des manifestants". Jérémie C., lui,  reconnaît avoir fait "n'importe quoi" et regrette "la honte de sa carrière" pendant l'intervention violente.

"On a été tapés pour rien, on ne méritait pas ça"

L'IGPN a établi qu'"à aucun moment (les manifestants) ne s'étaient montrés hostiles ou agressifs envers les forces de l'ordre". Elle ajoute qu'ils "toussaient, crachaient, se protégeaient les voies respiratoires, cherchaient de l'eau, afin de reprendre leurs esprits ou de l'air". "Quand on passait la porte, (pour sortir du Burger King) ils nous frappaient encore, ils nous gazaient", raconte Natan, présent dans le fast-food au moment de l'intervention musclée des CRS, auprès de BFMTV.

"Il n'y a eu aucune sommation, ça a été tout de suite des coups de matraque", se souvient de son côté Manon, 35 ans, mère au foyer, venue simplement manifester avec son compagnon ce jour-là. "Bien sûr que la violence gratuite était là. Ils étaient épuisés, mais ce n'était pas une raison. On était à 100% pacifiques et on a été tapés pour rien. On ne méritait pas ça", conclut-elle au micro de Radio France.

Ce lundi 9 février, les CRS renvoyés devant la justice sont tous arrivés à l'audience en uniforme, avec pour certains des cordons militaires sur l'épaule. Une décision qui a donné lieu à de premiers échanges tendus et à une courte suspension de l'audience. Par ailleurs, l'un des prévenus n'était pas présent à l'audience pour des raisons personnelles et de santé. Les huit autres en revanche étaient bien dans la salle d'audience.