"Le retrait le plus élevé pour un mois d'octobre" : pourquoi les Français abandonnent-ils leur Livret A ?

"Le retrait le plus élevé pour un mois d'octobre" : pourquoi les Français abandonnent-ils leur Livret A ? Les détenteurs du Livret A ont retiré 3,81 milliards d'euros de plus qu'ils n'en ont déposé en octobre. Directeur du cercle de l'Epargne, Philippe Crevel nous explique pourquoi.

Inquiets depuis de nombreux mois face à la situation économique, les ménages ont serré la ceinture et se sont massivement réfugiés dans l'épargne. Le placement préféré des Français, le Livret A, a vu ses compteurs s'envoler depuis 5 ans, boosté notamment par la crise du Covid 19 qui a permis de mettre d'importantes sommes de côté.

Pourtant, les 58 millions de détenteurs du Livret A ont puisé massivement dans leur épargne en octobre, atteignant un niveau de retrait historique ! Ils ont retiré 3,81 milliards d'euros de plus qu'ils n'en ont déposé sur leur Livret A, selon les données publiés le lundi 24 novembre par la Caisse des Dépôts (CDC). Ce chiffre, colossal, dépasse celui d'octobre 2023 (3,77 milliards d'euros) et s'impose comme "le plus élevé que l'on ait enregistré un mois d'octobre", selon Philippe Crevel, directeur au Cercle de l'Épargne.

Cette décollecte n'est toutefois pas surprenante, octobre et novembre étant des "mois maudits" pour le Livret A, selon l'expert. Taxe foncière, éventuelles régularisations dues au titre de l'impôt sur le revenu ou encore début des cadeaux de Noël marquent cette période de l'année. Mais même si elle est traditionnelle, la décollecte enregistrée cette année marque bien un "changement de tendance" d'après Philippe Crevel.

Celui-ci est en cours depuis le début de l'année et s'est accentué depuis cet été. Le point de bascule ? La décision de ramener le taux du Livret A à 1,7 % le 1er août, contre 2,4 % auparavant. Cette baisse de rémunération a engendré une "véritable affliction du comportement sur les épargnes" selon Philippe Crevel. Les Français cherchent désormais de meilleurs rendements et se tournent de plus en plus vers un des placements les plus sûrs : le fonds en euros de l'assurance-vie.

Alors qu'il était lui-même en décollecte nette en début d'année, le Fonds Euros enregistre désormais un solde net positif ! Les Français sont séduit par un taux moyen de 2,5 %, pouvant monter jusqu'à 3,6 % selon les contrats. Le placement en Unité de Compte de l'Assurance-vie n'est, lui, pas en reste : il continue de bien se porter, puisqu'il a recueilli 31,8 milliards d'euros en 2024, soit une légère hausse. Néanmoins, sa part dans l'ensemble de la collecte brute totale de l'Assurance-vie de 2024 est légèrement en baisse par rapport à 2023, notamment en raison de l'attractivité du Fonds en euros. "Jusqu'au début d'année, l'Assurance Vie n'était porté que par les Unités de Compte. Aujourd'hui, elle est porté par les UC et les Fonds en euros" indique Philippe Crevel.

Les fonds en unité de compte sont soumis aux variations des marchés, alors que les fonds en euros sont investis dans des placements stables comme les obligations d'entreprises ou d'État (des prêts faits à des pays), mais aussi dans des placements immobiliers et monétaires. Ainsi, il ne peut jamais diminuer, même si les marchés financiers baissent. Une épargne stable donc,  idéale pour se constituer un matelas financier durable, ou encore préparer plus sereinement sa retraite.