Arnaques aux garages fantômes : un expert en assurance explique comment les éviter au maximum
C'est un phénomène qui peut toucher tous les automobilistes. Ils sont d'ailleurs nombreux à en faire les frais chaque année et à peiner, parfois, durant des mois, à s'en dépêtrer. L'arnaque dite des "garages fantômes" a déjà quelques années mais elle ne fait que se développer. Son origine remonte à 2017, date à laquelle l'État a décidé de privatiser le système d'immatriculation des véhicules (SIV). Depuis, tous les professionnels de l'automobile (concessionnaires, garages, experts, etc...) ont accès à ce fichier et ont la possibilité de créer autant de certifications d'immatriculation (ex-carte grise) qu'ils le veulent. Mais ce qui devait au départ servir à décharger les agents préfectoraux s'est en fait révélé être une aubaine pour les escrocs !
Parmi les quelque 34 000 personnes physiques ou morales qui peuvent aujourd'hui accéder au SIV, 10 à 20 % d'entre elles s'en serviraient ainsi de façon frauduleuse. Pour Christophe Dandois, co-fondateur de la société d'assurance 100 % digitale Leocare, l'accès à ce fameux fichier pose question. "Il faut savoir que n'importe quel individu peut très facilement créer une société automobile, nous explique-t-il. Il n'a besoin que de quelques documents administratifs (parfois faux). Une fois la société créée, il obtient l'habilitation pour accéder au SIV. A partir de là il peut générer autant de certificats d'immatriculation qu'il le souhaite."
250 000 véhicules frauduleusement immatriculés chaque année
Résultat, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, environ 250 000 véhicules sont immatriculés chaque année au nom de garages fantômes. Cette faille béante permet à des milliers de conducteurs, mis en relation avec ces faux garages le plus souvent via les réseaux sociaux, d'échapper aux amendes et aux retraits de points. Une fraude massive qui peut se transformer en un véritable cauchemar pour les personnes dont l'identité a été usurpée au moment de la création de la société fantôme.
Ce sont elles qui reçoivent toutes les amendes, parfois des dizaines par jour, fruit des infractions commises par des conducteurs peu respectueux des règles du Code de la route. Les sommes demandées peuvent être astronomiques. "La victime doit prouver à chaque fois qu'elle n'est pas coupable des infractions, reprend Christophe Dandois. Heureusement la technologie, comme les caméras dans certains radars ou les services connectés dans les véhicules modernes, aident pour prouver sa bonne foi." Mais les démarches demandent du temps et pèsent sur le moral des victimes.
"Quand le prix de la voiture est trop bon marché, il ne faut pas y aller"
D'autres se font arnaquer au moment d'acheter une voiture. Certains escrocs passent des annonces sur les réseaux sociaux pour vendre des voitures qui n'existent pas. "Les imposteurs publient de jolies photos d'une voiture et affichent un prix très attractif. Ils sont même capables de fournir un faux certificat d'immatriculation par le biais du SIV." Des acheteurs tombent dans le piège et se font dépouiller de plusieurs milliers d'euros. "La victime doit évidemment déposer plainte, poursuit notre interlocuteur. Elle peut aussi se tourner le plus vite possible vers sa banque pour essayer de bloquer l'opération. Mais il n'y a malheureusement pas de solution miracle."
Christophe Dandois rappelle quelques précautions à prendre. "Quand le prix de la voiture est trop bon marché, il ne faut pas y aller. Aucun être humain doté d'un cerveau va vendre une voiture à perte. Nous recommandons également de ne jamais donner l'intégralité de l'argent avant la transaction. Si vous avez reçu un RIB, il est important de vérifier qu'il correspond bien à un nom de société, au nom d'un garage, avant de faire un virement. Il peut aussi être utile aussi de vérifier les avis en ligne. S'il y en a très peu, cela doit vous alerter. Tout comme si vous en voyez énormément sur une courte période."
Face à cette arnaque de grande ampleur, Christophe Dandois propose quelques mesures concrètes, comme l'identification automatique des comportements suspects (immatriculations massives, adresses fictives ou profils atypiques…) ou encore le durcissement des critères d'habilitation avec la vérification systématique du casier judiciaire des dirigeants, le contrôle de l'existence réelle des entreprises via les bases fiscales et l'instauration d'un capital social minimum pour accéder au système d'immatriculation des véhicules. "Si on pouvait déjà diviser la fraude par deux, ce serait bien", conclut le dirigeant.