Ryûhei Tamura (COSMOS) : "J'avais envie d'une science-fiction qui garde un ancrage concret"

Ryûhei Tamura (COSMOS) : "J'avais envie d'une science-fiction qui garde un ancrage concret" Avec sa nouvelle série de SF, le mangaka a tout pour séduire un large public, au-delà des fans de Beelzebub. Dans cette interview exclusive, il revient sur sa vision de l'œuvre, ses inspirations et les défis d'un changement de registre audacieux.

Ryûhei Tamura a conquis le grand public avec son manga déjanté Beelzebub (28 volumes, près de 3 millions d’exemplaires vendus), une comédie loufoque. Après plus de dix ans à officier au sein du prestigieux hebdomadaire Shônen Jump de Shueisha, le mangaka a pris la décision forte de changer de magazine, basculant du shônen hebdomadaire au seinen mensuel. C’est au sein du Monthly Sunday GX de Shôgakukan qu’il signe sa nouvelle série COSMOS depuis le 19 avril 2023. Si l’humour reste très présent, l’auteur profite de ce passage au manga pour jeunes adultes pour aborder avec finesse des problématiques plus profondes.

COSMOS met en scène Kaede Mizumori, un lycéen doté d’un pouvoir singulier : la faculté de déceler les mensonges. Sa rencontre avec Rin Homura, enquêtrice intergalactique au sein d’une société d’assurance pour aliens, l’entraîne dans une aventure où humains et extraterrestres coexistent en secret, entre mystères, tensions et révélations.

Avec cette nouvelle série, Ryûhei Tamura élargit son horizon narratif et confirme son talent pour surprendre. Porté par un univers intrigant et des personnages attachants, le manga s’impose déjà comme une nouvelle étape clé dans la carrière de son auteur, et attire l’attention des amateurs de récits où la science-fiction laisse une grande part aux drames humains. Une licence que les éditions Ki-oon ont acquise avec la ferme intention d’en faire une best-seller en France.

C’est à Tokyo, dans les bureaux de la Shôgakukan, que L’Internaute a eu l’opportunité d’interviewer le talentueux mangaka.

Linternaute.com : vous avez fait une école d’animation. Que gardez-vous de cette formation dans votre métier de mangaka ?

Ryûhei Tamura : Il ne me vient rien de particulier à l’esprit d’un point de vue style ou technique. En revanche, je retiens les rencontres : je me suis fait des amis précieux et j’ai noué énormément de relations. Aujourd’hui, mes amis sont actifs dans le milieu.

Vous avez fait votre apprentissage auprès de maître Toshiaki Iwashiro. Combien de temps avez-vous travaillé à ses côtés ?

J’ai été son assistant pendant environ un an et demi. Ainsi, j'ai été son assistant durant toute la publication de la série Mieru Hito, puis je suis resté pendant les trois premiers mois de celle de Psyren.

© 2026 Ryuhei TAMURA / SHOGAKUKAN

Si vous ne deviez citer qu’un seul de ses conseils que vous utilisez encore au quotidien, lequel choisiriez-vous ?

J’ai appris beaucoup de choses à ses côtés. Je travaillais notamment sur les story-boards et il m’a enseigné une règle très importante dans l’équilibre de la construction d’un manga. Toutes les quatre pages environ, il est crucial de placer une grosse case, une scène qui mette l'action en valeur. C'est un conseil vraiment primordial, surtout pour se battre dans le Weekly Shōnen Jump.

Avez-vous été assistant auprès d'autres mangakas ? Si oui, peut-on avoir les noms ?

Je n’ai pas été dans tant d’ateliers que ça. J’ai passé six mois environ aux côtés de Kenta Shinohara pendant la phase de lancement du manga Sket Dance. En ce moment, il a beaucoup de succès avec Witch Watch.

Entre votre première place en finale d'un concours (2002), vos premiers one-shots (de 2003 à 2005) et votre première sérialisation (2009), il s’est écoulé plusieurs années. Comment avez-vous gardé la motivation, la foi en votre avenir de mangaka ?

En effet. J’ai commencé à écrire sérieusement vers 2003, lorsque j’ai pris la décision de m’y consacrer pleinement. Toutefois, je me trouvais en province et non à Tokyo ; naturellement, je n’avais donc que très peu de confrères mangakas à proximité. Je me souviens qu’il était extrêmement difficile de rester motivé dans ces conditions. La situation étant devenue pénible, j’ai décidé de m’installer à Tokyo aux alentours de 2005 afin de travailler comme assistant. Mon souhait était de rencontrer des amis avec lesquels je pourrais échanger au sujet du manga. Et c’est grâce à cet entourage que j’ai pu tenir, garder la motivation.

Est-ce que le soutien de votre éditeur attitré a été crucial ?

Tout à fait. Ce fut, je pense, un moment décisif. À peu près à l’époque où Beelzebub allait commencer, mon éditeur s’est mis, pour la première fois, à s’investir véritablement, avec un certain sérieux et même une certaine ferveur – du moins, c’est l’impression que j’en ai gardée. Jusqu’alors, il ne semblait pas y consacrer autant d’énergie, pas de manière aussi marquée. Mais soudain, il a montré une réelle volonté de s’impliquer. Et, en constatant cela, je me suis dit moi aussi qu’il fallait redoubler d’efforts. C’était, je crois, un élément important.

© 2026 Ryuhei TAMURA / SHOGAKUKAN

Il y a eu un évènement pour provoquer ce déclic ?

À cette époque, je vivais assez loin du centre de Tokyo, à environ une heure de train. Or, malgré cette distance, mon éditeur venait me voir régulièrement pour travailler avec moi. C’est à partir de ce moment-là que j’ai eu le sentiment qu’il s’impliquait réellement – qu’il prenait les choses au sérieux. (rires)

Je ne saurais dire précisément ce qu’il a fait. Mais je me souviens clairement avoir reçu de lui, à plusieurs reprises, une sorte d’ardeur, d’énergie communicative. Je pense que cela a eu un grand impact.

Qui était votre responsable éditorial, à l’époque ?

Dès le début de Beelzebub et pendant environ un an et demi, j’ai travaillé avec le même responsable. Il s’agissait de M. Nakano, qui est pas la suite devenu rédacteur en chef du Weekly Shônen Jump. C’était, pour ainsi dire, un responsable de tout premier ordre. Aujourd’hui, c’est M. Saitô qui occupe le poste de rédacteur en chef du Jump.

© 2026 Ryuhei TAMURA / SHOGAKUKAN

Comment est né le manga COSMOS ? Quelle a été l’étincelle créatrice à l’origine de ce manga ?

COSMOS est véritablement né à partir de rien, aux côtés de M. Yamamoto, avec qui je travaille actuellement. Nous nous retrouvions dans mon atelier et, de manière assez informelle (rires), en bavardant, nous échangions sur les mangas et les anime que nous aimions. C’est ainsi que, petit à petit, nous avons rapproché nos idées. Nous étions tous deux attirés par la science-fiction.

Lorsque nous avons décidé d’aller dans cette direction, j’ai exprimé ma préférence : selon moi, il serait difficile d’écrire une science-fiction déconnectée de la réalité. J’avais envie, au contraire, d’une science-fiction qui garde un ancrage concret. C’est là qu’est née l’idée d’un récit tournant autour de l’argent, c’est un problème très concret dans le quotidien de tout le monde. Il nous a semblé intéressant, par exemple, de montrer l’existence d’une compagnie d’assurance spécialisée – un peu comme, durant la pandémie, des sociétés se sont créées pour répondre à des besoins nouveaux. Cette idée nous permettait aussi d’apporter une certaine vraisemblance au réçit.

En réalité, il existait très peu de précédents mettant en scène des agents d’assurance dans un manga. Alors, en poussant le concept jusqu’à la science-fiction, nous nous sommes dit que cela pourrait donner lieu à des images, à des situations inédites, qu’on n’avait encore jamais vues. C’est dans cet esprit que nous avons poursuivi le projet.

On a l’impression qu’avec COSMOS, vous avez un terrain de jeu infini…  Est-ce que la facilité à étirer un récit est un critère qui entre en jeu lors de la création d’une nouvelle sérialisation ?

En réalité, lorsque je travaillais sur mes précédents projets, j’ai toujours pleinement ressenti la liberté de création, cette notion de «terrain de jeu infini» – même si, bien sûr, elle comportait aussi son lot de difficultés.

Jusqu’ici, au sein du Jump, j’ai travaillé sur des séries longues, et c’est là que j’ai vraiment senti la vraie ampleur du défi que représente une sérialisation hebdomadaire. Cela va bien au-delà de l’amplitude scénaristique. Chaque chapitre fait environ 19 pages. Dans ce contexte, il faut non seulement développer l’intrigue et les personnages, mais aussi planifier la progression du récit pour le chapitre suivant, tout en continuant à développer des scènes captivantes. C’est ainsi que le rythme s’installe naturellement, et, en pratique, il est très difficile de se permettre de suivre uniquement ses propres envies créatives : il faut composer avec la continuité et l’exigence de la publication hebdomadaire.

Pour COSMOS, qui est une série mensuelle, les chapitres font plus de 40 pages. Cela permet de structurer le récit de manière plus large, du début à la fin, et de vraiment maîtriser le fil narratif. Pour moi, c’était une expérience incroyablement agréable : il n’y a pratiquement pas de stress, juste le plaisir de pouvoir raconter l’histoire comme je le souhaite, du début jusqu’au dénouement.

Il ne s’agit pas de dire qu’un format est meilleur ou pire, ce sont juste des expériences différentes. Pour ma part, j’apprécie de pouvoir raconter les choses un peu plus lentement, de prendre le temps de développer l’histoire à mon rythme. Je pense que c’est un vrai privilège, et je réalise à quel point c’est une chance pour moi, aujourd’hui.

© 2026 Ryuhei TAMURA / SHOGAKUKAN

On a l’impression qu’il y a plus de décors dans COSMOS. Est-ce grâce au format mensuel ou au passage au numérique ?

Je pense que c’est probablement un peu des deux. Dans le cadre d’une publication mensuelle, lorsque le personnel dessine les arrière-plans, il m’arrive de demander de nombreuses corrections. Avant, quand tout était fait à la main, il y avait des limites à ce que l’on pouvait corriger après coup. Aujourd’hui, grâce au numérique, ces ajustements sont beaucoup plus simples, et je pense que c’est un facteur majeur dans la qualité des arrière-plans.

Quels sont les avantages et les inconvénients du format mensualisé ?

Pour les avantages, comme je le disais tout à l’heure, ce format correspond parfaitement à mon rythme biologique actuel. Quant aux inconvénients… eh bien, il n’y a pas de véritable pause (rires). Avec une série hebdomadaire, il y a généralement deux ou trois numéros combinés dans l’année (l’auteur parle des magazines de prépublication : par exemple, pour la semaine de Noël et du Nouvel An, il y a un seul numéro, donc une semaine de «pause», NDLR), ce qui permet d’ajuster le planning et de souffler un peu. Dans un mensuel, en revanche, il n’y a quasiment jamais de numéro «de repos», ce qui pose la question : quand peut-on organiser un peu de relâche ?

Et, évidemment, le mois de février est le plus difficile.
Oui, février ne compte que 28 jours (rires). Le fait qu’il y ait trois jours de moins que les autres mois rend vraiment la période assez pénible.

Est-ce que vous avez déjà une idée de la fin et des principaux arcs narratifs que vous souhaitez explorer avec COSMOS

Non, pas encore. En ce qui concerne la conclusion, je suis encore dans une phase où je développe l’histoire. Les passés des personnages principaux, comme Homura ou Mizumori, n’ont pas encore été explorés en profondeur. Je pense donc que la manière dont l’histoire se terminera dépendra largement de la façon dont ces éléments seront développés.

Est-ce que le fait d’avoir ce terrain de jeu infini (autant de types d’extraterrestres que l’on souhaite) impose des contraintes particulières vis-à-vis de la cohérence de l’ensemble ?

Honnêtement… oui, cela peut poser problème (hésite). Mais à ce sujet, je m’appuie entièrement sur mon responsable, M. Yamamoto. Je lui demande systématiquement : «Si vous voyez la moindre incohérence, faites-le-moi savoir.» C’est vraiment sur son soutien que je compte pour gérer cet aspect de la création.

"Ryuhei Tamura Dessine Rin"

Est-ce que vous avez mis des règles en place pour la création des extraterrestres ?

Il n’y a pas vraiment de ligne directrice stricte à ce sujet, mais je me suis fixé une limite personnelle : éviter que les pouvoirs des créatures ne prennent trop le dessus dans l'histoire.  Bien sûr, il m'arrive d'en mettre, mais il ne faut pas qu'ils soient trop puissants, cela réduirait un peu l'aspect " science-fiction réaliste " dont je parlais tout à l'heure. Donc, quand je décide d’inclure des créatures, je le fais avec prudence et en prenant le plus grand soin pour que leur présence reste cohérente avec l’univers de l’histoire.

Le premier E.T. est un Dededon, une espèce belliqueuse dont la particularité est qu’elle devient plus forte lorsqu’elle mue. Est-ce un clin d'œil aux Saiyen de Dragon Ball ?

Non, pas du tout. Bien sûr, Dragon Ball est une œuvre que j’adore et qui occupe une place particulière, mais, en réalité, si j’y pense trop consciemment, je n’arriverais plus à rien créer.

Dans l’imaginaire SF habituel, on imagine les extraterrestres comme des races plus évoluées, et pourtant, dans COSMOS, on voit qu’ils ont des nombreux défauts : fraude à l’assurance, mesquins, violents…  Comment vous est venue cette idée de leur donner des défauts si… bassements humains ?

Effectivement, le point de départ, c’est que les extraterrestres vivent sur Terre. Le fait qu’ils se fondent parmi les humains constitue, selon moi, l’élément le plus important pour construire l’histoire. Dès lors, des aspects humains apparaissent forcément, y compris les défauts.

Quand vous créez un nouveau personnage, imaginez-vous ses défauts en premier ?

Je ne construis pas vraiment mes personnages à partir de leurs défauts ou de leurs qualités. Je commence plutôt par griffonner et créer l’apparence extérieure du personnage, puis je réfléchis à ce qu’il dira en premier, et c’est ainsi, petit à petit, qu’il prend forme. Au fil du récit, ses défauts, ses qualités ou ses talents deviennent progressivement visibles. De cette manière, je creuse les personnages du même point de vue que les lecteurs, en découvrant leurs traits au fur et à mesure de l’histoire.

© 2026 Ryuhei TAMURA / SHOGAKUKAN

Est-ce que le film Men in Black a été une source d’inspiration ? Quelles sont les références qui vous ont inspirés pour COSMOS ?

Men in Black… oui, c’est un film que je regardais déjà enfant, donc je pense avoir été influencé sans même m’en rendre compte. Lorsque j’ai travaillé sur le projet COSMOS, je me suis aussi repenché sur ce film, donc, évidemment, il a exercé une influence importante sur moi.

En dehors de cela, parmi d’autres œuvres, il y a surtout Master Keaton de M. Urasawa. C’est vraiment une de mes œuvres préférées, et je pense qu’elle m’a beaucoup marqué. Ensuite, il y a également Level E de M. Togashi, dont le concept de personnages extraterrestres qui vivent secrètement sur Terre m’a particulièrement inspiré.

Quand vous créez un agent de COSMOS, qu'est-ce que vous imaginez en premier ? Son rôle ? Ses «pouvoirs» ? Son caractère ? Son design ?

Honnêtement, cela dépend probablement un peu du personnage, mais il y avait un personnage de «gyaru» (surnom donné aux jeunes filles adoptant un style particulier : micro-jupes, bronzage artificiel, maquillage et bijoux extravagants… Un peu les cagoles du Japon, NDLR) nommé Kurogane.

Avec mon éditeur, nous discutions de la série en évoquant Homura, Mizumori, Sunagami et nous nous sommes dit qu'il nous fallait un personnage un peu plus frappant, qui attire l'attention. Nous parlions de créer un personnage un peu original et au fil des discussions on a fini par se dire : " Et si on mettait une gyaru ? ". Ce fut comme une évidence : une gyaru correspondait exactement à ce que nous voulions. Puis, nous avons réfléchi aux capacités inédites à lui donner et à la manière dont elle pourrait s'intégrer dans l'histoire. L'équilibre du groupe étant important. Finalement, c'est au fur et à mesure du récit que son apparence et son caractère s'est construit.

© 2026 Ryuhei TAMURA / SHOGAKUKAN

Est-ce que vous imaginez son design «humain» d’abord ou son apparence d’alien ?

Cela dépend du personnage. Pour ce qui est de Sunagami, son personnage a plutôt été conçu à partir de son apparence extraterrestre. Nous nous sommes dit : «Et si un type qui ressemble à un dragon était beau gosse? » et c’est ainsi que le caractère de Sunagami a commencé à se préciser, avec ce contraste comme point central.

Et qu'est-ce qui est le plus facile à dessiner pour vous ? Les humains ou les extraterrestres ?

Je ne suis pas particulièrement doué pour le design des extraterrestres, donc je trouve cela difficile à chaque fois et je m’efforce de m’en sortir au mieux. Je tends naturellement à créer des personnages assez simples, voire mignons, quand je travaille.

Dans le troisième chapitre, avec le personnage d’alien Albert (la petite alien d’Elmora), Mizumori brise un peu son armure et on comprend que son pouvoir l’isolait des autres. Comment arrivez-vous à équilibrer aventure, comédie et passages sérieux ?

J’ai retouché ce troisième chapitre à plusieurs reprises et j’ai essayé différentes versions. Mais, selon mon expérience, les deuxième et le troisième chapitres d’une série sont particulièrement importants, car c’est souvent à ce moment que le lecteur décide s’il va continuer ou non.

Ainsi, j’avais envie d’inclure de l’action tout en permettant aux lecteurs de s’identifier à Mizumori. Je voulais aussi ajouter un peu d’émotion. C’est en combinant tous ces éléments que le chapitre a pris la forme qu’on connaît aujourd’hui, pour être tout à fait honnête.

Attention, la suite de l'interview contient un léger spoil sur l'histoire

Dans la même logique, dès le 3e arc, avec Yui-senpai, on entre dans une dimension psychologique très forte. Est-ce que vous aviez dès le départ cette idée de ton ?

C’est un chapitre où j’ai vraiment voulu construire l’histoire autour du concept de l’assurance. Tout a commencé avec l’idée d’utiliser une clause réelle de type assurance-vie pour structurer le récit.

Dans ce contexte, et en raison de la nature même de ce type d’assurance, la mort devient inévitablement un élément central. Ainsi, en développant l’histoire autour de cette assurance, il ne restait guère d’autre issue que ce dénouement.

Cela dit, je n’avais pas prévu dès le départ que le personnage allait mourir. Ce n’était pas mon intention initiale.

© 2026 Ryuhei TAMURA / SHOGAKUKAN

Est-ce que vous avez eu la larme à l'œil en rédigeant ce passage ? (nous, en le lisant, oui)

Depuis que j’ai commencé à écrire COSMOS, il y a de plus en plus de scènes dramatiques de ce genre, mais, honnêtement, je les écris presque toujours en me retenant de pleurer. Non, à vrai dire, c’est déjà au stade du storyboard que cela se produit. Pour l’œuvre elle-même, je ne m’implique pas encore émotionnellement à ce point-là.

Mizumori est un héros différent de ceux que vous avez l'habitude de mettre en scène (il est presque «normal», pas en marge, bien intégré). Pourquoi avoir choisi ce profil de protagoniste ?

Je voulais créer un personnage que les lecteurs n’avaient pas encore vu jusqu’ici. Mizumori est très populaire au lycée, il a plein d'amis, mais il a quand même une tristesse indicible dans son cœur. J'ai pensé qu'en mettant en scène ce genre de contradiction, – des conflits qui existent dans le cœur mais qui ne sont pas forcément visibles à l'extérieur –, on pouvait faire ressortir la réalité de l'univers scolaire. C'est sur cette idée que j'ai construit le personnage.

© 2026 Ryuhei TAMURA / SHOGAKUKAN

Avec plus de 15 ans de carrière professionnelle, quel est LE secret pour faire un bon manga selon vous ?

Pour être tout à fait honnête, je n'ai pas encore de réponse définitive.

Mais s'il y a bien une condition nécessaire pour moi, ce serait celle-ci : prendre plaisir à écrire.

Je pense que c'est essentiel. Bien sûr, ce n'est pas parce que je m'amuse à créer qu'automatiquement les lecteurs s'amuseront aussi. Cela dépend de nombreux facteurs, du contexte, de la situation, voire d'un certain hasard. Mais malgré tout, je suis convaincu que la première condition, la plus fondamentale, est que moi-même je prenne du plaisir à écrire.

Si vous étiez un extraterrestre, de quelle planète viendriez-vous et quelle particularité auriez-vous ?

Je ne pourrais pas être un Saiyan (guerrier de l'espace dans Dragon Ball NDLR), je pense que je viendrais d'une planète de mangaka…

© 2026 Ryuhei TAMURA / SHOGAKUKAN

Vous êtes brillant dans vos scènes d'action. Comment est-ce que vous travaillez leur mise en scène ? Est-ce que vous regardez des films ?

J’ai toujours adoré l’animation. À l’origine, j’ai même hésité à m’orienter vers un métier dans cette industrie. Du coup, je pense avoir été énormément influencé par les remarquables séquences d’action que l’on trouve dans les anime. J’ai aussi beaucoup puisé dans les films de kung-fu, le cinéma de Hong Kong, et bien sûr les œuvres de Jackie Chan.
 

Les auteurs ont tendance à mettre un peu d’eux-mêmes dans chaque personnage qu'ils créent. Est-ce que vous êtes plus proche de Mizumori ou plus proche de Homura ?

Lorsqu'on créée, il y a une part de sa vision personnelle qui transparaît. Il ne s'agit pas nécessairement de quelque chose de délibérément contrôlé, mais plutôt d'un aspect qui se reflète presque malgré soi.

Ainsi, dans chacun des personnages de ma série, il y a probablement une petite part de moi. Je crois donc qu'il n'existe aucun personnage auquel je ne sois pas lié un petit peu et dont la psyché m'échappe totalement. Je n'étais pas aussi populaire que Mizumori à l'école, mais c'est peut-être celui qui est le plus simple à dessiner pour moi.

© 2026 Ryuhei TAMURA / SHOGAKUKAN

Pouvez-vous nous détailler votre planning pour un chapitre ?

Il me faut à peu près trois semaines pour réaliser un story-board. Pendant ce temps, je prends une dizaine de jours à réaliser les pages finales du chapitre précédent, tout en donnant des instructions pour la réalisation des décors à mes assistants. Ces derniers interviennent sur une période de trois jours.

Vous avez une liste de clins d'œil que vous souhaitez mettre dans COSMOS ?

Non je n’ai pas de liste du tout. Chaque clin d'œil est une inspiration spontanée et, si ça plaît à mon éditeur, alors je le garde.

Merci à maître Ryûhei Tamura, ainsi qu'aux équipes de Shogakukan et de Viz Media Europe et bien sûr aux équipes de Ki-oon pour avoir rendu cette interview possible. Merci à Maeva Depoilly pour son interprétariat.

COSMOS, de Ryûhei Tamura, publié aux éditions Ki-oon, 7,95€ par volume