Des millions de Français en prennent : ces médicaments augmentent le risque de fractures
Tous les médicaments peuvent provoquer des effets indésirables, plus ou moins graves. Certains traitements peuvent par exemple augmenter le risque de fractures, même sans chute ou accident. Un effet secondaire qui est loin d'être anodin, puisque les fractures peuvent avoir de graves répercussions sur la santé, notamment chez les personnes âgées.
Une étude française a justement apporté de nouvelles preuves d'un lien entre un médicament très prescrit et un risque accru de fractures. Des résultats importants puisque jusqu'alors, "les études menées ont donné des résultats contrastés", a précisé la Dr Cécile Philippoteaux lors de sa présentation de l'étude dont elle est l'autrice principale, au dernier congrès de la Société française de rhumatologie.

L'étude s'est intéressée aux médicaments appelés "inhibiteurs de la pompe à protons" (IPP), plus connus comme les anti-reflux. Ils sont indiqués dans le traitement du reflux gastro-œsophagien, des ulcères gastro-duodénaux, ou encore dans le traitement et la prévention des lésions gastriques dues aux anti-inflammatoires. Ils font partie des médicaments les plus prescrits en France : en 2019, "plus de 16 millions de Français, soit environ un quart de la population, ont été traités par un IPP", d'après la Haute autorité de santé (HAS). Et selon le dernier bilan de l'Assurance maladie, l'Esomeprazole (un IPP) fait partie des 8 médicaments les plus remboursés.
Sur la base de données nationales de santé, l'étude a comparé le risque de fractures chez les personnes de plus de 40 ans chez qui un IPP avait été prescrit, avec ceux qui n'en prenaient pas. Les chercheurs ont ainsi observé que l'exposition aux IPP était associée à une augmentation de 16 % du risque de fracture, et ce à partir de 6 mois. C'est donc l'utilisation à long terme qui semble être problématique. La Haute autorité de santé alertait d'ailleurs en 2022 que "ces traitements sont souvent prescrits de manière trop systématique ou pour des durées trop longues".
Par exemple, en cas de reflux gastro-œsophagien, "le traitement initial est de 4 semaines. La poursuite du traitement est rarement justifiée, notamment chez les sujets âgés" qui prennent plusieurs médicaments, avait recommandé la HAS. Les IPP peuvent en effet, "à long terme, diminuer l'absorption du fer et du magnésium dont les conséquences peuvent être : une anémie ; une carence en magnésium, une carence en calcium avec des fractures osseuses", précise par exemple le Réseau français des centres de pharmacovigilance. Pour les auteurs de l'étude, "ces résultats incitent à renforcer la vigilance sur les prescriptions chroniques d'IPP et à limiter leur mésusage en pratique clinique".