Israël à l'Eurovision : une enquête révèle des pratiques très graves, juste avant que Noam Bettan monte sur scène

Israël à l'Eurovision : une enquête révèle des pratiques très graves, juste avant que Noam Bettan monte sur scène L'Eurovision est l'objet d'une nouvelle enquête de deux journalistes visant les pratiques d'Israël pour favoriser ses candidats, alors que Noam Bettan monte sur scène ce mardi à Vienne.

Cette fois, l'Eurovision a dû sévir. Dans un contexte déjà tendu, l'Union européenne de radio-télévision (UER), organisatrice du concours européen de la chanson, a rappelé Israël à l'ordre ce week-end après la diffusion de vidéos promotionnelles incitant le public à "voter 10 fois" pour son candidat Noam Bettan, lors des demi-finales cette semaine et lors de la finale à Vienne.

Juste avant la première demi-finale de l'Eurovision ce mardi 12 mai 2026, à laquelle Israël participe, cette petite tape sur les doigts est sans conséquence selon les deux parties. Mais c'est sans doute l'arbre qui cache la forêt. Dans un article publié ce lundi 11 mai, deux journalistes du New York Times, Mara Hvistendahl et Alex Marshall, dévoilent en effet "une campagne bien organisée menée par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a fait de l'Eurovision un outil de soft power".

Selon le journal, qui a mené une enquête approfondie, s'appuyant sur une cinquantaine de témoignages et des documents internes à l'Eurovision, la passivité des organisateurs du concours a largement facilité cette opération.

Un résultat d'Israël contesté lors du dernier concours Eurovision

La candidate israélienne à l'Eurovision l'année dernière, Yuval Raphael, avait décroché la deuxième place, portée par le télévote — y compris dans des pays où le soutien à la cause palestinienne était massif. Un score qui avait immédiatement éveillé les soupçons. Le Guardian avait d'ailleurs montré que le titre de la chanteuse "était loin d'être aussi populaire" que ne le laissaient penser les résultats.

Après l'Eurovision, la chaîne finlandaise Yle TV1 avait déjà révélé que le gouvernement israélien avait acquis des espaces publicitaires en ligne, dans plusieurs langues, incitant les téléspectateurs à voter pour Yuval Raphael le nombre maximal de fois autorisé (20 fois à l'époque). Le Premier ministre Netanyahu avait lui-même relayé cet appel. Pour le pouvoir israélien, le concours représenterait une opportunité de "redorer le blason du pays et de rallier le soutien international" écrit le New York Times, alors que la guerre à Gaza suscitait déjà depuis des années une condamnation mondiale.

Au moins un million de dollars investis par Israël dans l'Eurovision

D'après les documents financiers consultés par les journalistes, "Israël a dépensé en marketing pour l'Eurovision au moins 1 million de dollars" afin de promouvoir ses artistes. Un ancien compositeur ayant représenté le pays confie que ce financement remonte à 2018, mais qu'il s'est considérablement renforcé ces dernières années. Une partie de ces fonds proviendrait directement du bureau de "hasbara" (propagande à l'étranger) rattaché à Netanyahu.

Plutôt que de réagir fermement, les responsables de l'Eurovision auraient "publiquement minimisé la campagne de vote d'Israël et ne l'ont jamais investiguée de manière approfondie", selon les deux reporters. Ils auraient même cherché à dissuader les diffuseurs nationaux de s'exprimer dans la presse sur le sujet.

Une nouvelle campagne avortée pour l'Eurovision 2026 ?

L'Eurovision 2026 était-elle de nouveau la cible d'une nouvelle campagne ? Dans ces clips diffusés en plusieurs langues - azerbaïdjanais, néerlandais, anglais, français, allemand, grec, italien, maltais, portugais, espagnol, suédois et ukrainien selon certaines sources - Noam Bettan, est apparu ces derniers jours dans un décor similaire à celui utilisé pour la campagne controversée de l'Eurovision 2025, incitant les téléspectateurs à voter vingt fois pour Israël.

La réaction de l'UER a cette fois été immédiate. "Vendredi, il nous a été signalé que des vidéos avec une instruction de voter dix fois pour Israël avaient été diffusées", a déclaré sont président Martin Green dans un communiqué publié samedi. "Dans les vingt minutes qui ont suivi, nous avons contacté la délégation de KAN (le radiodiffuseur israélien - NDLR) pour leur demander d'arrêter immédiatement toute distribution de ces vidéos et leur retrait de toutes les plateformes où elles ont été publiées. Ils ont immédiatement obtempéré", a-t-il précisé.

L'Eurovision a jugé que cette pratique n'était "pas conforme" aux "règles ni à l'esprit de la compétition". Un avertissement officiel a été adressé au diffuseur israélien, et Martin Green a prévenu que l'UER continuerait de surveiller de près les activités promotionnelles et prendrait "les actions appropriées" si nécessaire.

Face aux soupçons et aux accusations de l'année dernière, l'Eurovision a modifié son règlement en novembre 2025. Les nouvelles règles visent à "dissuader la mise en place de campagnes d'appels aux votes disproportionnées, particulièrement lorsqu'elles émanent ou sont soutenues par des tiers, dont des gouvernements ou des agences gouvernementales". Le nombre de votes autorisés par carte SIM a été réduit de moitié, passant de 20 à 10, et les jurys professionnels ont retrouvé leur place dans les demi-finales.

Martin Green, le directeur de l'Eurovision, avait prévenu début mai sur la chaîne néerlandaise NOS : "Je pense que nous n'avons pas été assez stricts ces dernières années. Ce genre d'activités ne serait absolument plus toléré."

L'Eurovision 2026 dans un contexte tendu lié à la participation d'Israël

La 70e édition de l'Eurovision s'ouvre cette semaine dans un climat particulièrement tendu à Vienne. Cinq pays ont décidé de boycotter le concours cette année pour protester contre la participation d'Israël, dans un contexte marqué par la guerre à Gaza. L'Espagne, l'Irlande, l'Islande, les Pays-Bas et la Slovénie ont ainsi choisi de ne pas envoyer de représentant, certains refusant même de diffuser l'événement qui rassemble habituellement des millions de téléspectateurs à travers l'Europe. Cette défection ramène le nombre de participants à 35, l'un des plus bas depuis de nombreuses années.

Le boycott de l'Eurovision est justifié par les tensions diplomatiques liées au conflit israélo-palestinien. Plus d'un millier d'artistes, emmenés par le chanteur britannique Peter Gabriel et le groupe Massive Attack, ont aussi signé une tribune dénonçant la participation israélienne. "En tant que musicien.ne.s et travailleurs.euses culturels, dont beaucoup vivent dans la zone couverte par l'Union européenne de radio-télévision (UER), nous refusons que l'Eurovision soit utilisé pour blanchir et normaliser le génocide, le siège et l'occupation militaire brutale des Palestinien.ne.s par Israël", ont écrit les signataires dans leur appel au boycott.

La France a adopté une position diamétralement opposée. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s'est félicité que "l'Eurovision n'ait pas cédé aux pressions", précisant que Paris avait "contribué à empêcher un boycott d'Israël". Cette année, c'est d'ailleurs un franco-israélien de 27 ans né en Israël de parents immigrés de France, qui représentera l'État hébreu avec la chanson "Michelle", dont le refrain est en français.

"La moitié de mon cœur est française et l'autre moitié israélienne", explique Noam Bettan. "Représenter Israël dans cette compétition est un immense honneur. Sentir le soutien du pays me donne beaucoup de force pour partager mon message, mon amour, ma lumière", confie-t-il.

Quant à Israël, le ministre israélien de la Diaspora Amichai Chikli a dénoncé une "forte poussée, coordonnée, de discours antisémites et anti-israéliens autour de l'Eurovision 2026". Il a annoncé avoir "donné instruction d'élargir la surveillance et les alertes en temps réel, et de travailler de concert avec les autorités compétentes et nos partenaires à travers le monde afin de protéger les citoyens israéliens et les communautés juives".