La plus grande ville en terre s'effrite comme un morceau de sucre

La plus grande ville en terre s'effrite comme un morceau de sucre Faite uniquement en terre, cette cité millénaire est en train de disparaître.

Fragilisés par le climat, des chefs-d’œuvre millénaires s’effritent aujourd'hui comme de simples morceaux de sucre menaçant de se transformer en de simples coulées de boue... Partout sur la planète, de l'Iran au Mali, des cités d'argile livrent leur dernier combat contre l'érosion. Et quelque part sur une côte brumeuse et lointaine du Pacifique, c'est un géant de terre qui va tristement disparaître.

Sur la côte désertique du Pérou, la plus grande cité en terre au monde livre son dernier combat. Ce labyrinthe de murs géants, qui s'étend sur 20 km², se dissout à petit feu sous l'effet du vent salé et du phénomène El Niño, ce dérèglement climatique qui réchauffe l'océan et déverse des pluies torrentielles.

Ce site en péril se nomme Chan Chan, capitale légendaire du royaume Chimú. Située au nord du Pérou, entre les villes de Trujillo et Huanchaco, la plus grande ville précolombienne des Amériques a connu son apogée entre le XIIe et le XVe siècle, abritant autrefois près de 35 000 habitants. Composée de 9 citadelles reliées entre elles, elle forme un complexe exceptionnel de palais royaux, de temples et de tumulus funéraires à degrés. Avant l'arrivée des Incas, ce peuple y a bâti la plus grande ville en adobe de la planète !

Chan Chan au Pérou. © Beto Santillan - stock.adobe.com

Pénétrer dans son palais de Nik An, c'est plonger dans l'imaginaire d'un peuple qui vénérait la Lune et l'océan plutôt que le Soleil, divinité privilégiée par les Incas. L'attrait majeur de Chan Chan réside dans ses murs de 4 mètres d'épaisseur, sculptés de frises d'une finesse incroyable. On y observe un bestiaire marin incroyable : des poissons, des loutres de mer et des oiseaux aquatiques qui rappellent que la mer était la source de vie principale des Chimú. Dans les zones les mieux protégées, des files de guerriers se tenant par la main et des araignées géantes ornent encore les sommets des murs. Pour préserver ces œuvres, les archéologues ont dû installer des toitures protectrices - certes qui gâchent un peu la vue - mais qui s'avèrent vitales pour stopper l'érosion de ce musée à ciel ouvert.

Malgré la fragilité du site, la visite de Chan Chan reste une expérience à ne pas manquer, à condition d'être accompagné par un guide officiel. Le site est extrêmement accessible : situé à seulement 5 kilomètres de Trujillo et 3 kilomètres de la station balnéaire de Huanchaco, il est desservi par de nombreux bus qui s'arrêtent devant l'entrée principale. Pour plus de confort, les taxis locaux proposent le trajet pour peu de sols (la monnaie du Pérou), offrant une option rapide pour rejoindre ce géant de terre avant qu'il ne retourne définitivement à la poussière.