Jean Castex devant l'Assemblée : que retenir du discours du Premier ministre ?

Jean Castex devant l'Assemblée : que retenir du discours du Premier ministre ? DIRECT. Jean Castex s'est exprimé devant les députés dans le cadre de son discours de politique générale. Découvrez ce qu'il faut retenir de la prise de parole du Premier ministre.

L'essentiel
  • Jean Castex a prononcé son discours de politique générale depuis l'Assemblée nationale. Le Premier ministre, devant les députés, a dressé la feuille de route de l'action de son gouvernement d'ici à la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron.
  • Le Premier ministre a dit vouloir "restaurer la confiance", répétant son souhait du "dialogue social" et sa volonté de s'appuyer plus que jamais sur les territoires. En outre, Jean Castex a notamment annoncé une enveloppe de 25 milliards d'euros pour la recherche publique sur dix ans, confirmé la création d'un commissariat général au plan censé anticiper les besoins économiques du pays, et fait savoir que la priorité serait de relancer la production en France.
  • Sur la crise sanitaire, Jean Castex a confirmé l'obligation prochaine du port du masque dans les lieux publics clos et l'intensification de la politique de dépistage.
  • Le volet écologique a bien sûr été ouvert, Jean Castex ayant annoncé un plan de relance de 100 milliards d'euros qui sera "un accélérateur de la transition écologique", ainsi que sa volonté de "faire de l'économie française l'économie la plus décarbonée d'Europe". Investissements dans la filière agricole et lutte contre l'artificialisation des sols font également partie du programme.
  • Concernant les retraites, Jean Castex a confirmé la volonté du gouvernement de faire disparaître les régimes spéciaux.

Portrait de Jean Castex

Ancien maire de la commune de Prades, engagé à droite, diplômé de l'ENA, Jean Castex s'est fait connaître en avril, lors de sa nomination en tant que "monsieur déconfinement" par le chef de l'État. Édouard Philippe le décrivait alors comme "un haut fonctionnaire qui connaît parfaitement le monde de la santé et qui est redoutable d'efficacité". Avant cela, Jean Castex était délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024 et président de l'Agence nationale du sport. Le haut-fonctionnaire jouit d'une longue expérience politique. Il a notamment été secrétaire général adjoint de l'Élysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy de 2010 jusqu'à la fin de son mandat. Le nouveau Premier ministre connaît bien les rouages de l'Élysée et du gouvernement. Il a été directeur de cabinet de Xavier Bertrand lorsqu'il était ministre de la Santé puis du Travail.

Lors de son premier déplacement en tant que chef du gouvernement, samedi 4 juillet, sur le site du groupe X-Fab, à Corbeil-Essonnes, Jean Castex a tenu à préciser qu'il était "un homme des territoires". Vendredi soir, déjà, quelques heures après la passation de pouvoirs, il se décrivait comme "un homme politique local et de la vie quotidienne des gens" lors de sa première interview sur TF1. Son père aussi met l'accent sur le lien du Premier ministre avec les territoires et dit de Jean Castex qu'il "n'est pas un énarque du 16e arrondissement de Paris", auprès d'Europe 1. 

Un homme de droite qui n'adhère plus à LR

En 2008, Jean Castex devient maire de Prades sous la bannière de l'UMP. En 2012, il soutient la candidature de François Fillon à la présidence de l'UMP. "Politiquement, je suis de droite et je l'assume parfaitement", déclarait-il. Vendredi 3 juillet, jour de la passation de pouvoir avec Édouard Philippe, Jean Castex a pourtant rendu sa carte aux Républicains. Le patron du parti Christian Jacob explique qu'il "avait pris ses distances ces derniers jours". Sur TF1, Jean Castex affirme qu'il assume cette décision et la justifie ainsi : "J'avais été mécontent de la façon dont avait été soutenu le candidat à Perpignan, ce qui a permis au Rassemblement national de faire élire son candidat."

"Un vrai couteau suisse"

L'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Franck Louvrier, définit Jean Castex comme "un vrai couteau suisse.  Il a des connexions un peu partout, il sait faire ce qu'il faut faire au bon endroit". C'est donc lui qui conduira le "nouveau chemin" promis par Emmanuel Macron, avec des "objectifs d'indépendance, de reconstruction, de réconciliation et de nouvelles méthodes à mettre en œuvre", comme l'explique le chef de l'État dans son entretien à la presse régionale publié jeudi 2 juillet. 

Lors de son premier entretien face aux Français, au JT de TF1, vendredi soir, Jean Castex s'est définit comme un "gaulliste social". "Mes valeurs sont la laïcité, l'autorité, ce sont celles de la République", a ajouté le Premier ministre, évoquant également "le respect de la république" et "de l'autorité". "On ne peut pas tout attendre de l'État, chacun d'entre nous peut apporter quelque chose à notre pays", a affirmé celui qui se dit "au service" de son pays. "Je ne suis pas ici pour chercher la lumière, je suis ici pour chercher des résultats", a déclaré Jean Castex. Sa déclaration de politique générale est attendue au parlement "en milieu de semaine prochaine". 

Un homme politique apprécié 

Dans un communiqué, l'Élysée défend le choix de Jean Castex pour Matignon le décrivant comme "un haut fonctionnaire complet et polyvalent qui aura à cœur de réformer l'Etat et de conduire un dialogue apaisé avec les territoires". La présidence de la République évoque le haut-fonctionnaire comme "l'homme de la situation", du fait de sa capacité à "travailler par le dialogue et dans un esprit de rassemblement". Jean Castex saura "mettre en œuvre les reconstructions évoquées par le chef de l'Etat dans ses dernières expressions dans le cadre du nouveau chemin", peut-on lire dans le communiqué. 

Selon un article du Monde publié début juin, Jean Castex attire les éloges, que ce soit de la part de son camp, mais aussi des autres tendances politiques. Un collaborateur décrit sa façon de travailler comme "fantastique". "C'est quelqu'un qui a compris, ce qui est très rare dans la haute administration ­française, que le pouvoir, ce n'est pas de garder l'information pour soi, mais au contraire de la partager ", ajoute cette source. Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, souligne ce "mélange assez inédit de très grande connaissance de l'appareil d'Etat et de sensibilité du terrain". Et Stéphane Troussel, le président PS de la Seine-Saint-Denis le définit comme "le mec réglo par excellence", "très sympathique". 

Le 15 mars dernier, le natif du Gers a été réélu dès le premier tour des municipales à la tête de la commune de Prades, dans les Pyrénées-Orientales, avec 75% des voix. Jean Castex bénéficie d'une popularité importante en tant qu'élu local. "Jean Castex est un bon maire, pour nous c'est une fierté, mais lui, il reste simple", affirme l'un de ses administrés, cité par Marianne. Un adjoint à la ville de Prades a également réagi à sa nomination en tant que Premier ministre. Pour Ahmed Bekheira, "c'est un homme exceptionnel, qui n'est pas sectaire. Il sait faire le rassemblement". "Je suis ravi pour lui, parce que je sais que c'est l'homme de la situation", a-t-il ajouté.

Quel est le parcours de Jean Castex ? 

Né à Vic-Fezensac, dans le Gers, en 1965, Jean Castex fait partie d'une famille à la fibre politique puisque son grand-père était sénateur du Gers et maire de la ville natale du futur Premier ministre. Diplômé de Sciences Po Paris, puis de l'ENA, il est conseiller à la Cour des comptes. Jean Castex prend la Direction de l'hospitalisation et de l'organisation des soins (DHOS) au ministère de la Santé et des solidarités, de 2005 à 2006. Par la suite, il devient directeur de cabinet de Xavier Bertrand de 2006 à 2007 à la Santé puis au Travail, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il a donc une certaine connaissance des affaires sociales et du secteur hospitalier.

Sous la bannière de l'UMP, Jean Castex devient maire de Prades, dans les Pyrénées-Orientales, en 2008. Conseiller aux affaires sociales de Nicolas Sarkozy, le président le nomme ensuite secrétaire général adjoint de l'Élysée jusqu'à la fin de son mandat, en 2012. En septembre 2017, le haut-fonctionnaire est nommé délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024. En avril 2019, il prend la présidence de l'Agence nationale du sport. Jean Castex devient le "monsieur déconfinement" du gouvernement d'Édouard Philippe le 2 avril 2020. 

Jean Castex : merci Sarkozy ?

En 2018, Jean Castex était pressenti au ministère de l'Intérieur. Un homme clé aurait fait la liaison entre le maire de Prades et Emmanuel Macron : Nicolas Sarkozy. L'ancien président et l'actuel chef de l'Etat auraient déjeuné ensemble et le nom de Jean Castex aurait été soufflé par celui qui a dirigé la France entre 2007 et 2012. Jean Castex correspondait d'ailleurs parfaitement au profil recherché, à la fois technique et politique. "Le Président veut un gouvernement qui ait la même alchimie politique que l'actuel. C'est l'équation : ne pas renoncer à l'ADN société civile", confiait, à l'époque, l'entourage d'Emmanuel Macron au JDD. Jean Castex avait l'avantage de bien connaître les rouages entre l'Elysée et les principaux services du ministère de l'Intérieur. 

Les premiers mots de Jean Castex

À peine nommé par Emmanuel Macron et avant la passation de pouvoir du vendredi 3 juillet, le nouveau Premier ministre a adressé quelques mots aux habitants de Prades, la ville dont il est maire depuis 2008. "Le Président de la République m'a proposé de me nommer Premier ministre. Compte tenu des circonstances exceptionnelles dans lesquelles se trouve notre pays, j'ai accepté", explique Jean Castex. Ce dernier ajoute mesurer "l'immensité de la tâche" qui l'attend. "Pour la remplir, je serai puissamment aidé par l'expérience acquise à votre côté en tant que maire et par le fort soutien démocratique que vous m'avez depuis longtemps manifesté", affirme-t-il. Jean Castex informe qu'il ne pourra plus exercer ses fonctions de maire et qu'il laisse la main à son premier adjoint Yves Delcor. 

Le nouveau Premier ministre a ensuite prononcé un discours, aux côtés d'Édouard Philippe. Il a notamment déclaré : "Cher Édouard, les trois années que vous avez passées à Matignon resteront sans nul doute marquées dans l'histoire de notre pays. Vous avez été le chef du gouvernement qui a dû affronter la plus grave crise sanitaire qui ait affecté l'Europe et le monde depuis des décennies." Avant de rajouter : "Il se trouve que c'est dans ces circonstances que vous avez fait appel à moi pour vous seconder pour la phase de déconfinement. J'ai donc eu l'honneur de travailler sous votre autorité et celle du président. Et je voudrais publiquement témoigner de votre engagement, du souci constant de protéger nos concitoyens, d'expliquer la situation. Vous l'avez fait toujours avec la clarté et la pédagogie qui ont caractérisé chacune de vos interventions."

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