Hadama Traore : sa manifestation non suivie, sa garde à vue levée

Hadama Traore : sa manifestation non suivie, sa garde à vue levée Suite à son appel à une mobilisation à Gonesse ce jeudi 10 octobre, Hadama Traoré a été placé en garde à vue, puis libéré aujourd'hui, en raison de ses propos visant à "relativiser" les meurtres de Mickaël Harpon jeudi 4 octobre dernier.

[Mis à jour le 10 octobre 2019 à 18h04] Dans la soirée mercredi, Hadama Traoré a été interpellé et placé en garde à vue, et son domicile a été perquisitionné. "Menace, acte d'intimidation sur une personne exerçant une fonction publique ou d'utilité collective, menace de crime contre les personnes et outrage", seraient les motifs de cette interpellation. Hadama Traoré lui-même n'a donc pas pu se rendre à Gonesse pour la mobilisation qu'il avait annoncée, et qui avait été interdite par la préfecture. Ce jeudi à 13h, heure prévue du rassemblement, le parvis de Gonesse où la manifestation devait avoir lieu est resté vide. 80 policiers étaient cependant sur place, afin de prévoir un éventuel débordement, dans le cas où l'appel d'Hadama Traoré aurait été suivi malgré l'interdit préfectoral. En définitive, la garde à vue d'Hadama Traoré aurait été levée aujourd'hui vers 17h. L'enquête se poursuit, avec l'exploitation de données numériques. Hadama Traoré n'a pas encore pris la parole pour s'exprimer.

Hier matin, une véritable vague d'indignations a succédé l'appel d'Hadama Traoré à une mobilisation à Gonesse, ce jeudi 10 octobre à 13h. Les déclarations d'Hadama Traoré sur les réseaux sociaux ont choqué l'opinion publique, le trentenaire étant apparu comme défendant Mickaël Harpon, le tueur de la préfecture de police de Paris. De nombreuses personnalités politiques avaient réagi, et le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait exprimé sa volonté d'interdire ce rassemblement.

Cela a été fait mercredi dans l'après-midi, par un arrêté préfectoral du Val d'Oise, invoquant le respect dû à la "douleur des familles, l'émoi des fonctionnaires de la préfecture de police et au-delà de la communauté nationale toute entière". Le même document officiel justifie également sa décision en ces termes : "Une telle manifestation pourrait également être regardée comme visant à soutenir de tels actes", les actes en question étant ceux "commis par Mickaël Harpon", qui "pourraient présenter un caractère terroriste en lien avec une radicalisation religieuse", d'après l'autorité judiciaire. D'après le Figaro, Hadama Traoré aurait déclaré : "Qu'ils nous l'autorisent ou pas, on y va !"

Hadama Traoré, s'il a condamné le geste fou de Mickael Harpon, a aussi réfuté l'hypothèse désormais privilégiée d'un acte terroriste islamiste. Selon lui, Mickael Harpon était un fonctionnaire respectable, brimé dans sa fonction et stigmatisé en raison de sa surdité, dont le geste fou traduirait la détresse. Hadama Traoré a assuré que le rassemblement qu'il souhaitait organiser à Gonesse a pour but de rendre hommage aux victimes et de soutenir leur entourage qui ont subi un drame et une perte terribles.

Par la suite, cette figure locale de la Seine-Saint-Denis a nuancé ses propos : il ne souhaitait en aucun cas défendre Mickaël Harpon, mais seulement revenir sur les raisons de ce passage à l'acte. Son argument est le suivant : si on ne comprend pas un tel geste, comment empêcher qu'un tel massacre se reproduise, ou que d'autres victimes soient à déplorer ? Un revirement qui ne semble pas avoir convaincu les autorités puisque Hadama Traoré a été placé en garde à vue dans la soirée de mercredi.

Qui est Hadama Traoré ?

Né en France en 1984, Hadama Traoré est d'origine malienne. Sa mère, femme de ménage, et son père, éboueur, se sont installés en France en 1980, dans la cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois. Hadama Traoré semble avoir des difficultés avec l'autorité depuis l'école. Révolté, il dénonce les maux de sa banlieue et est devenu rapidement une figure locale. Son indignation et sa colère s'incarnent principalement dans la lutte contre les violences policières, mais aussi dans des combats comme le mal-logement, le vote des détenus, ou la dénonciation du clientélisme.

Hadama Traoré s'est fait connaître en 2017, au moment de l'affaire Théo. On se souvient de cette affaire au cours de laquelle des accusations de viol et de violences policières aggravées avaient fait grand bruit. Les faits s'étaient déroulés à Aulnay-sous-Bois. Théodore Luhaka, la victime de cette affaire, a grandi dans la même cité qu'Hadama Traoré, c'est pourquoi ce dernier avait pris la parole et exprimé son opinion.

Par la suite, Hadama Traoré a été révoqué de sa fonction à la mairie d'Aulnay-sous-Bois, suite à des insultes qu'il aurait proférées envers des élus, ainsi que l'agression d'un autre agent. Selon lui, cette révocation serait une tentative de "musellement", à l'initiative du préfet. Pour contester cette décision, Hadama Traoré était entré en contact avec la CGT et avait adressé une lettre au président de la République Emmanuel Macron.

Des extraits de cette lettre témoignent de l'opinion d'Hadama Traoré. Dans ce document, Hadama Traoré indiquait avoir essayé de renouer le dialogue entre les policiers et les habitants de la cité des 3000. Il décrivait "des réticences pour ne pas dire des oppositions à la fois virulentes et démesurées de la part des institutions policières", qu'il accusait de "relents ségrégationnistes peu compatibles avec l'idéal républicain". Dans la suite de sa lettre, l'ancien fonctionnaire était revenu sur les motifs de sa révocation et estimait que le droit de réserve qu'il avait enfreint ne serait autre "qu'une perversion de nos institutions et de l'esprit de notre république, (...) une dérive mafieuse." Des propos explicites qui permettent de mieux situer aujourd'hui son intervention publique en faveur de Mickael Harpon.

"Défenseur de la majorité silencieuse"

Par la suite, Hadama Traoré a fondé le mouvement LREEM (La Révolution Est En Marche) et se veut le défenseur de "la majorité silencieuse". En 2019, il s'est présenté comme tête de la liste Démocratie Représentative aux élections législatives européennes, et avait obtenu 0,02% des suffrages. Très présent sur les réseaux sociaux avec plus de 35000 likes sur sa page facebook, Hadama Traoré fait régulièrement parler de lui avec de nombreuses vidéos.

Hadama Traoré a également fondé l'association Force Citoyenne, se donnant des objectifs de "civisme, prévention et insertion", et d'accompagnement des personnes sourdes et malentendantes. C'est par ce biais que des proches de Mickael Harpon auraient contacté Hadama Traoré, témoignant d'une personnalité très différente de celle décrite par les médias, loin d'idées ou de projets terroristes.

Dans sa lettre de 2017, Hadama Traoré écrivait : "Je veux faire le procès de ceux qui reprochent mon langage, mes mots, ma syntaxe, la façon dont parlent les habitants de ces territoires abandonnés, exclus de la République. (...) En moquant ma façon de parler, on reproche d'où je viens et pour finir qui je suis. Le vilain petit canard de la République."  Dans un post Facebook, Hadama Traoré a justifié sa prise de position en faveur du tueur de la préfecture de police en invoquant les  discriminations que celui-ci aurait subies, qui auraient freiné sa progression professionnelle en raison de sa surdité. D'après lui, Mickael Harpon aussi aurait été victime de stigmatisation de la part de sa hiérarchie, aboutissant à un "craquage" et au drame du 4 octobre dernier.

Plusieurs fois poursuivi en justice, notamment par l'ancien ministre de l'Intérieur Gérard Collomb pour injure publique à l'encontre de la police nationale, Hadama Traoré a presque toujours été relaxé jusqu'à aujourd'hui. Il a cependant été condamné en juin 2019 à six mois de sursis pour avoir menacé le maire d'Aulnay-sous-Bois Bruno Beschizza de le séquestrer et de mettre le feu à la mairie.

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