"On peut écrire n'importe quoi !" Des étudiants nuls en orthographe expliquent pourquoi ils se satisfont de leur niveau

"On peut écrire n'importe quoi !" Des étudiants nuls en orthographe expliquent pourquoi ils se satisfont de leur niveau Les étudiants sont de plus en plus décomplexés sur leur maîtrise parfois assez pauvre de l'orthographe.

Le constat est sans appel. L'omniprésence de l'intelligence artificielle dans les amphithéâtres bouleverse radicalement le rapport des étudiants à la langue française. La qualité de l'expression écrite s'étiole, et les enseignants du supérieur tirent la sonnette d'alarme face à une accélération inédite du phénomène. Entre fautes de syntaxe, vocabulaire appauvri et conjugaisons approximatives, beaucoup s'accordent à dire que nous assistons à une baisse du niveau linguistique dans les écrits rendus par les élèves.

Cette érosion des compétences peut en partie s'expliquer par une forme de passivité cognitive. Habitués à l'immédiateté des écrans, certains étudiants privilégient le confort de la délégation à l'effort de la réflexion. Pourquoi mobiliser ses propres ressources quand un outil peut rédiger à votre place ?

L'essor des technologies génératives a transformé le quotidien des étudiants. L'IA n'est plus seulement une assistance professionnelle, elle est devenue une béquille indispensable pour de nombreux élèves. Un étudiant, interrogé par TF1, l'admet sans détour : "Maintenant, on n'a plus tellement besoin de savoir écrire parce qu'on peut écrire n'importe quoi et puis on l'envoie sur ChatGPT". Cette désinvolture vis-à-vis de l'orthographe témoigne d'un changement de paradigme : la forme importe moins que le résultat brut, puisqu'il peut être corrigé en un instant.

© 123RF

Faut-il y voir un déclin définitif pour autant ? Cette technologie pourrait, contre toute attente, stimuler un nouvel intérêt pour la langue, à condition d'être pilotée intelligemment. Lors d'un récent webinaire de l'Association Française pour l'Enseignement du Français (AFEF), les chercheurs Jean-Michel Le Baut et Marie Petitjean ont exploré une voie nouvelle : intégrer l'IA comme un accompagnateur du processus créatif plutôt que de la bannir.

Selon leurs travaux, l'IA peut paradoxalement aider à "développer la conscience de la littéralité". En utilisant l'IA pour générer des brouillons, les critiquer, les réécrire ou comparer des styles, les élèves sont forcés de manipuler la langue de manière analytique. Comme le souligne Jean-Michel Le Baut il y a quelques jours dans Le Café Pédagogique, il s'agit de passer d'une consommation passive à une pratique concrète d'écriture augmentée.

 

Pour l'AFEF, le problème réside aussi dans une certaine rigidité de l'enseignement traditionnel. Pour s'adapter à l'ère de l'IA, il faudrait délaisser le "culte du texte figé" au profit de la textualisation. "L'IA n'est ni une catastrophe ni une baguette magique pour l'enseignement du français. Elle est une invitation à entreprendre une transition pédagogique. Il nous faut passer du culte du texte (fermé, sacralisé, extérieur à soi) à des pratiques de textualisation (de manipulation, de comparaison, de transformation, de  production… de textes)", indique la pédagogue Claire Berest.

L'objectif ? Faire évoluer les étudiants d'une simple "culture de l'écrit" qui a comme objectif un résultat final vers une véritable "culture de l'écriture", plus centré sur le processus de création. Face au déclin de l'orthographe, la solution ne serait donc pas le retour au seul dictionnaire, au par coeur et à la discipline à l'ancienne, mais l'invention d'une nouvelle pédagogie capable de transformer l'IA en outil d'émancipation plutôt qu'en substitut de pensée.