Les démographes ont la date à partir de laquelle la population va décliner, et c'est bientôt
Le désir d'enfant et les taux de fécondité s'effondrent. Ce n'est plus seulement le cas en France ou dans les pays dits riches, un effondrement démographique frappe désormais tous les continents. L'urbanisation, l'accès à l'éducation des femmes et l'augmentation constante du coût de la vie transforment radicalement la structure de nos sociétés. Comme l'explique David E. Bloom, professeur à Harvard, dans les colonnes de Discover Magazine, les taux de fécondité ont diminué dans toutes les régions du monde au cours des vingt-cinq dernières années.
L'erreur souvent commise est de croire que ce déclin appartient à un futur lointain ou hypothétique. En réalité, deux scénarios majeurs s'affrontent, mais tous deux pointent vers la fin de notre siècle actuel. Le scénario des Nations Unies prévoit un pic de population à environ 10,4 milliards d'habitants vers l'année 2086 avant d'amorcer une descente. De son côté, le modèle de l'IHME de l'Université de Washington se montre plus radical en prévoyant un pic bien plus précoce, dès l'année 2064, avec 9,7 milliards d'individus pour retomber à seulement 8,8 milliards d'ici l'an 2100. Dans cette seconde hypothèse, le déclin commencerait donc dans moins de quarante ans, ce qui est extrêmement proche à l'échelle de l'histoire humaine.
Pour qu'une population reste stable, le taux de remplacement doit être de 2,1 enfants par femme, mais la moyenne mondiale ne cesse de chuter sous ce seuil critique. Plusieurs facteurs expliquent ce désamour pour la parentalité. L'allongement de la durée des études, les conditions d'existence une fois dans la vie active... Le choix de ne pas avoir d'enfant gagne du terrain. Aux États-Unis, selon une étude du Pew Research Center, près de 44% des non-parents âgés de 18 à 49 ans affirment qu'il est peu probable qu'ils aient des enfants un jour. L'urbanisation joue aussi un rôle crucial car en ville, l'enfant représente un coût financier et logistique important plutôt qu'une aide à la production.
Ce déclin n'est pas qu'une simple question de chiffres, c'est un défi civilisationnel qui nous mène vers un monde de pyramides des âges inversées. Si la population baisse, elle vieillit aussi massivement, laissant moins de jeunes actifs pour soutenir un nombre croissant de retraités. Des pays comme la Chine, le Japon ou l'Italie sont déjà en première ligne de cette crise. En Chine, l'héritage de la politique de l'enfant unique accélère la chute, tandis qu'aux États-Unis, la croissance ne tient plus qu'à l'immigration. À terme, ce déséquilibre menace la croissance économique mondiale, le financement des systèmes de retraite et la capacité d'innovation technologique.
Si certains experts évoquent avec pessimisme un risque d'extinction à très long terme, d'autres y voient une opportunité pour la planète. Un monde moins peuplé pourrait effectivement réduire la pression sur les ressources naturelles et le climat. Cependant, pour éviter un effondrement brutal, nos sociétés devront s'adapter rapidement. Les solutions envisagées passent par l'automatisation et l'intelligence artificielle pour pallier le manque de main-d'œuvre, mais aussi par de nouvelles politiques migratoires pour mieux redistribuer la population mondiale. Bien que les politiques natalistes peinent à inverser la tendance de fond, un soutien massif à la parentalité reste indispensable. Le déclin démographique n'est plus une fiction, c'est le prochain grand défi de l'humanité qui débutera de notre vivant.