Résultat d'Ensemble aux législatives 2022 : majorité relative et alliances indispensables ? Les enjeux pour Macron

"Résultat d'Ensemble aux législatives 2022 : majorité relative et alliances indispensables ? Les enjeux pour Macron"

Résultat d'Ensemble aux législatives 2022 : majorité relative et alliances indispensables ? Les enjeux pour Macron ENSEMBLE (ENS). Le groupe de la majorité présidentielle Ensemble n'a pas décroché la majorité absolue à l'Assemblée aux législatives. Cet échec oblige LREM et Emmanuel Macron à composer avec les groupes de l'opposition.

Cherchez les résultats et candidats aux législatives près de chez vous

[Mis à jour le 20 juin 2022 à 15h05] La majorité présidentielle devra se contenter des 245 sièges remportés à l'Assemblée nationale au second tour des élections législatives. C'est une centaine de députés en moins par rapport au précédent quinquennat mais surtout 44 élus manquants pour atteindre la majorité absolue. La victoire a donc un arrière goût amer et sonne comme un cruel désaveu pour le président de la République. D'autant qu'en plus de devoir faire face à une opposition remontée et décidée à faire barrage à sa politique, La République en marche, a perdu deux fortes têtes de la Macronie en cours de route : Christophe Castaner et Richard Ferrand. Deux députés certes, mais surtout deux ténors, le président du groupe LREM et le président de l'Assemblée nationale, qui offraient une assise confortable au chef de l'Etat dans l'hémicycle. 

Une question se pose pour la coalition Ensemble! qui n'a jamais été aussi affaiblie : comment va-t-elle pouvoir gouverner ? La réponse semble se trouver dans les groupes de l'opposition. Mais Emmanuel Macron doit jouer les équilibristes pour conserver ses alliés du MoDem et d'Horizons - motivés pour tenir un rôle pivot dans cette majorité -, élargir les alliances et rester le capitaine du navire. Les lieutenants de LREM ont pour certains déjà mis le cap vers d'éventuels accords avec les 61 députés des Républicains, suffisamment nombreux pour atteindre la majorité absolue nécessaire à l'adoption des projets de loi. Mais la tâche ne s'annonce pas facile. Il va falloir composer avec les bonnes et les moins bonnes volontés et "faire preuve de beaucoup d'imagination" selon le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, car pour l'heure seul Jean-François Copé a ouvert la porte à un "pacte de gouvernement" entre LR et LREM. Pour assurer les arrières de la majorité présidentielle, d'autres ministres voient plus large et envisagent une coopération avec les forces les plus inattendues. Le garde des Sceaux a ainsi évoqué la possibilité pour LREM et le RN "d'avancee ensemble" au soir des législatives sur le plateau de BFMTV. Signe que le bateau présidentiel vire à droite. La Nupes ne semble pas dans le viseur de LREM, à moins qu'Ensemble! prépare sa stratégie pour espérer faire péricliter la coalition de la gauche ? Dans les deux hypothèses, convaincre sera difficile pour le parti présidentiel manifestement en perte de vitesse.

Des alliances avec la droite, voire l'extrême droite, dans le viseur d'Ensemble ?

La coalition Ensemble! doit être fédératrice après des résultats en demi-teinte aux élections législatives. Si elle doit s'assurer que dans son camp tout le monde poursuit les mêmes objectifs et place l'avenir du groupe avant des ambitions plus personnelles, comme les espoirs de s'imposer come figure de poids de François Bayrou et Edouard Philippe, elle doit aussi essayer de rallier des députés à sa cause pour chaque texte proposé à l'Assemblée. Le défi est immense car 44 voix manqueront systématiquement à l'appel. Ces quarante voix peuvent être récupérées dans les rangs des Républicains, en apparence plus proches de LREM côté programme. Mais LR fait déjà de la résistance et ne compte par jouer le jeu de la majorité présidentielle affaiblie.

Des membres de la coalition Ensemble! commencent donc à étudier d'autres issues comme Eric Dupont-Moretti qui dès l'annonce des résultats de l'élection sur le plateau de BFMTV a fait du pied à l'extrême droite, invitant le RN et LREM à "avancer ensemble". Et l'ancien avocat d'ajouter : "Quand on propose un texte, il y a un certain nombre d'amendements, parfois ils sont présentés par milliers pour bloquer le système. Est-ce que c'est ça que veulent les Français, je pense que non. Ils veulent en revanche incontestablement qu'on puisse avancer avec beaucoup de bon sens. C'est en réalité à l'Assemblée nationale que nous verrons comment nous essayons d'avancer ensemble". Un appel qui a fait grincer les dents des candidats de la Nupes comme le député socialiste réélu, Olivier Faure qui s'est agacé sur Twitter le 20 juin : "Après avoir renvoyé dos à dos gauche et extrême droite, les appels du pied de Dupond-Moretti au RN marquent une dérive dans le cynisme le plus total". 

Ce petit pas vers le Rassemblement national est-il un écart mal contrôlé du garde des Sceaux ? Pas si sûr car au lendemain des législatives, le délégué général de LREM et ministre de la Fonction publique, Stanislas Guerini, a appelé à "négocier, et pas qu'avec Les Républicains, mais avec tous les bancs de l'hémicycle, (et) tous ceux qui trouveront un intérêt à faire avancer les réformes bonnes pour le pays". Mais si le ministre semble ouvert à la discussion, y compris avec la Nupes avec qui le marcheur pense pouvoir "trouver des majorités", il précise : "Nous n'avons pas vocation à faire une sorte de contrat de gouvernement avec le RN ou avec quiconque".

Quel résultat pour Emmanuel Macron et Ensemble (ENS) aux élections législatives ? 

Emmanuel Macron et Ensemble! obtiennent la majorité relative à l'Assemblée nationale lors de ce second tour de l'élection législative avec 245 sièges selon le ministère de l'Intérieur. Cela suffit à faire d'Ensemble ! le premier groupe à l'Assemblée Nationale mais c'est nettement insuffisant pour gouverner seul et imposer le tempo à l'Assemblée Nationale. Déjà lors du premier tour des élections législatives 2022, dimanche 12 juin, la majorité présidentielle Ensemble! avait obtenu 25,75% des suffrages exprimés, soit 5 857 561 de voix, d'après le ministère de l'Intérieur, à peine plus que la Nupes créditée de 25,66% alors que le RN obtenait 18,68%. Jamais un scrutin législatif post-présidentielle n'avait été aussi serré. 

Dès le début de la journée dimanche, les premières tendances ont donné un aperçu de la journée difficile à venir. Les premiers résultats en provenance d'Outre-Mer dimanche matin ont accouché d'un revers embarrassant pour Ensemble ! et d'un premier coup dur pour le gouvernement : Justine Benin, nommée secrétaire d'Etat à la Mer dans le nouveau gouvernement d'Elisabeth Borne a été battue en Guadeloupe. Elle devrait donc quitter le gouvernement, selon la règle fixée par l'exécutif avant ces élections législatives. En Guyane, Lénaïck Adam, député LREM sortant dans la 2e circonscription de Guyane, a également été battu par Davy Rimane, soutenu par LFI. Même chose en Polynésie où le candidat de la Nupes Tematai Le Gayic a refait son lourd retard pour s'imposer et devenir le plus jeune élu de l'Assemblée. Petite consolation pour Ensemble ! en Nouvelle-Calédonie avec deux députés élus : Philippe Dunoyer et Nicolas Metzdorf... C'était avant la claque ressentie à l'annonce des résultats à 20 heures avec une majorité absolue perdue, 3 ministres battus (Justine Bénin donc mais aussi Brigitte Bourguignon et Amélie de Montchalin) et de jeunes fiefs cédés.

Ensemble (ENS), une coalition de partis déjà fragile ?

Comment va s'organiser cette majorité relative ? Avant le 2e tour des élections législatives, les différents partis qui composent la coalition Ensemble avaient fait preuve d'une unité publique "pour montrer que nous avons le même sens des responsabilités" comme l'a déclaré François Bayrou aux côtés d'Edouard Philippe lors d'une réunion publique mercredi 15 juin. L'objectif : permettre à Emmanuel Macron de faire déjouer les pronostics et d'avoir une majorité absolue à l'Assemblée nationale. Cependant, en coulisses, les rivalités font rage à plusieurs niveaux et le résultat obtenu ce dimanche soir ne fera sans doute que raviver les tensions.

♦ LREM plus fragile aux législatives de 2022 qu'en 2017

D'abord, il est à noter que le parti d'Emmanuel Macron, La République en Marche, n'est plus aussi puissant que lorsqu'il est sorti de terre en 2016, pour propulser l'alors ex-ministre de l'Economie à l'Elysée. A l'issue des législatives de 2017, le président de la République comptait 314 députés estampillées LREM et 47 pour son allié du MoDem. Puis des scissions ont progressivement eu lieu, tantôt vers le centre-gauche avec le parti "Territoire de progrès" du ministre Olivier Dussopt, tantôt vers le centre-droit avec le parti Agir de Franck Riester puis Horizons d'Edouard Philippe. Autant de composantes qu'avait alors sous sa coupe le chef de l'Etat mais qui ont, depuis, pris leur indépendance politique, tout en gardant leur loyauté envers le président de la République. En 2017, LREM avait décroché 314 sièges, finissant toutefois avec 268 députés après plusieurs scissions et, donc, sans majorité absolue à elle seule. Cette fois, ce sera encore pire avec 245 députés pour le camp Ensemble, mais seulement environ 160 de LREM. Les alliés vont donc jouer un rôle de poids...

♦ Edouard Philippe et François Bayrou cherchent chacun à jouer un rôle pivot dans la coalition Ensemble

Une loyauté conservée pour l'élection présidentielle et les élections législatives, toutes les familles politiques dissidentes de La République en Marche ayant soutenu Emmanuel Macron pour ces deux scrutins. Cependant, le chef de l'Etat a du ainsi composer avec ces nouveaux alliés imposés pour éviter d'avoir trop d'adversaires du même courant (ou presque) dans les circonscriptions. Conséquence, si 400 circonscriptions avaient été accordées à des candidats LREM, 110 l'ont été à des représentants du MoDem et 58 pour Horizons.

La coalition n'est toutefois pas sans risque, notamment par rapport à Edouard Philippe. Si l'ancien Premier ministre est toujours affiché fidèle au chef de l'État, son poids politique, mais aussi sa côte de sympathique (personnalité politique préférée des Français), lui octroient autant le statut d'allié que de dissident de poids en cas de désaccord. Car Emmanuel Macron n'a pas obtenu la majorité (289 sièges) avec les seuls candidats LREM, loin de là. Sur les 245 sièges pour Ensemble !, LREM n'aurait que 160 députés si bien que la force politique de son ex-locataire de Matignon qui glanerait environ 30 députés n'en sera que renforcée. François Bayrou pourrait également en faire de même avec ses 40 députés MoDem pour faire pencher la balance.

♦ Des tensions liées aux négociations à mener dans cette majorité relative ?

La structure du camp présidentiel, composée de plusieurs branches politiques, pourrait par ailleurs voir quelques fissures apparaître rapidement en l'absence de majorité absolue. En effet, des divergences internes à Ensemble ne sont pas à exclure sur le choix de la ou des famille(s) politique(s) avec qui le gouvernement pourrait discuter pour faire passer ses lois. Le camp macroniste étant composé de personnalités issues de la gauche, à commencer par Elisabeth Borne, mais aussi Richard Ferrand, Olivier Véran, Christophe Castaner ou encore Olivier Dussopt, ainsi que de la droite, tels que Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Edouard Philippe ou encore Pierre-Yves Bournazel, des objections et tensions sur la teneur des négociations à mener pourraient éclater, non sans provoquer quelques remous au sein de la coalition.

♦ La présidentielle de 2027 déjà dans le viseur, qui pour succéder à Macron ?

Les manœuvres menées pour aider Emmanuel Macron, tout en s'en détachant, n'ont pas été lancées sans arrière-pensée par Edouard Philippe ou même François Bayrou. En ligne de mire, déjà, l'élection présidentielle de 2027, à laquelle le président de la République ne pourra pas se représenter. De quoi ouvrir le champ des possibles sur le profil de son successeur. Une bataille pour prendre les rênes de La République en Marche va inexorablement débuter, tandis que les leaders des partis alliés chercheront forcément à rassembler une majorité derrière leur projet. Des hostilités qui pourraient ne pas être sans conséquence sur le travail législatif et fragiliser considérablement la coalition de députés derrière Emmanuel Macron.

Elections législatives