Jérôme Guedj candidat à la présidentielle : qui est ce socialiste anti-LFI ?
Le député socialiste Jérôme Guedj officialise sa candidature à l'élection présidentielle de 2027. "Je suis aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle", a-t-il annoncé au micro de France Inter jeudi 5 février. Il entend "porter la voix d'une gauche républicaine, la voix d'une gauche européenne, la voix d'une gauche universaliste, laïque, d'une gauche sociale, écologiste". "Mon choix, c'est de porter les convictions qui m'animent depuis toujours avec courage", précise-t-il.
Spécialiste des questions de santé et régulièrement critique de La France insoumise (LFI), il n'envisage pas une seconde de participer à une primaire de la gauche pour tenter de conquérir l'Elysée. Opposé en interne au premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, et souhaitant incarner "le courage de la nuance", il a critiqué cette fameuse primaire "très baroque" que le Parti socialiste et les Ecologistes comptent organiser en octobre. "Quelle est l'orientation programmatique ? Quelle est la clarté dans les valeurs ?" se demande le parlementaire de 54 ans.
Une gauche "républicaine, européenne, universaliste"
Une primaire avec Marine Tondelier, Clémentine Autain ou encore François Ruffin à gauche ? Très peu pour lui. "Certains d'entre eux considèrent qu'il est possible de discuter avec La France insoumise là où il y a une rupture qui s'est opérée", estime-t-il. Il refuse toute assimilation au parti de Jean-Luc Mélenchon, ne souhaitant pas "brutaliser le débat public". En 2025, il avait même qualifié le patron historique des Insoumis de "boulet principal de la gauche". Rappelons également que Jérôme Guedj faisait partie des "frondeurs" du PS qui avaient donné du fil à retordre à François Hollande lors de son quinquennat à la tête de la France.
Quid d'une concurrence - qui peut paraître relativement évidente - avec Raphaël Glucksmann ? Si les deux se targuent de représenter une gauche social-démocrate, le député de l'Essonne ne souhaite pas de bagarre avec le coprésident de Place publique. "Je souhaite que nous travaillions tous ensemble sur l'orientation politique de cette gauche républicaine, européenne, universaliste. Mettons-nous autour de la table. Portons une orientation politique qui marque une différence et une rupture avec une gauche qui hésite avec la République, avec l'universalisme (...) sur la base de cette ligne programmatique, nous serons amenés à discuter ensemble et devant les Français pour pouvoir illustrer cette culture du courage, de la nuance, du compromis", conclut-il.
Proche de Mélenchon, puis figure de la gauche anti-LFI
Le compromis, c'est justement ce dont Jérôme Guedj a fait preuve ces derniers mois en étant un des grands partisans à gauche de ce "oui, mais" avec le Premier ministre Sébastien Lecornu sur l'adoption du budget face au blocage du pays. Figure de proue de la gauche anti-LFI, Jérôme Guedj va donc tenter de se faire une place au soleil parmi les nombreux candidats potentiels, et notamment dans ce carcan d'une gauche sociale, ouvertement opposée à LFI, foncièrement démocrate et résolument réformiste, celle des Glucksmann et Hollande (qui pourrait revenir dans la danse, 2027 se rapprochant à grands pas).
Longtemps proche de Jean-Luc Mélenchon, Jérôme Guedj avait peu à peu entériné leur rupture - et avec l'ensemble du groupe Insoumis - face aux hésitations de son mentor à qualifier de "terroriste" l'attaque du 7-Octobre 2023 du Hamas contre Israël. "On crève de l'ambiguïté". "Il n'est pas possible de s'abîmer avec ceux qui s'éloignent des choses qui sont absolument essentielles pour apaiser le débat. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la République sociale. On peut être authentiquement de gauche, radicalement de gauche, transformer la société, mais être intransigeant sur les questions républicaines", dit-il au micro de France Inter. En 2024, il avait également refusé de se présenter lors des élections législatives sous la bannière du Nouveau Front populaire (NFP).
Diplômé de l'IEP Paris et de l'ENA, Jérôme Guedj débute sa carrière politique en tant que conseiller général de l'Essonne de 1998 à 2015. Entre-temps, il est nommé président du conseil général du département puis devient conseiller régional d'Île-de-France - poste qu'il occupe toujours - depuis 2021. Depuis le 22 juin 2022, il siège à l'Assemblée nationale comme député de la 6e circonscription de l'Essonne au sein du "Groupe socialiste".
Après avoir adhéré au PS en 1993, il se rapproche du courant de la Gauche socialiste fondé par Jean-Luc Mélenchon. Cadre du parti à la rose des années durant, il acte réellement sa rupture avec le leader insoumis face à leur refus de désigner le mouvement islamiste, le Hamas, comme terroriste. Il qualifie LFI d'"idiots utiles du Hamas", s'ensuivent des invectives régulières entre les deux camps. Il est accusé par Jean-Luc Mélenchon de soutenir le gouvernement de Benyamin Netanyahou.