Normandie. Elle choisit de vivre sans logement et adore son quotidien : "Les gens ne sont pas épanouis, je préfère une vie minimaliste"

Normandie. Elle choisit de vivre sans logement et adore son quotidien : "Les gens ne sont pas épanouis, je préfère une vie minimaliste" À Rouen, Cissou fait la manche. Un choix de vie assumé, loin des clichés sur la précarité. Diplômée, travailleuse et nomade, cette jeune femme revendique une liberté qu'elle juge incompatible avec le "système classique".

Peut-on choisir une vie de marginalité, sans contrainte et y trouver son compte ? Oui, assure la jeune Cissou, qui a choisi un mode de vie en rupture avec les conventions sociales et qui a décidé de vivre sans logement. En décembre, elle a fait la manche, mais elle assume cette contrainte. "J'aime cette vie, je ne me reverrais pas retourner dans le système classique", explique-t-elle à Actu.fr Normandie, qui lui consacre un long article.

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, Cissou n'a jamais fui le travail. Elle a même tenté un temps de vivre dans un cadre plus conventionnel. À 18 ans, elle travaille et loue un appartement à Rouen. Deux ans plus tard, à la perte de son emploi, elle change tout. "Ma famille voulait que je sois femme au foyer avec des enfants. Mais j'ai refusé ce système. Je voulais être libre, autonome et indépendante", se justifie-t-elle. Elle vend ses affaires, achète une voiture et part. C'est une bascule pour elle et le début d'une nouvelle existence, qu'elle décrit auprès de nos confrères d'Actu.fr.

Cissou a connu la rue, mais aussi et surtout la route. Entre 20 et 25 ans, elle fait régulièrement la manche à Rouen pour manger et économiser. Puis elle voyage, en France et dans les pays frontaliers. "À 30 ans, j'ai vu plus de pays que de nombreux membres de ma famille", dit-elle. Pour vivre, elle enchaîne les saisons, les échanges de services, fabrique et vend des bijoux. "Je travaille six mois puis je vis dessus les six mois suivants", explique-t-elle, désormais installée dans un van aménagé. Si cette vie ne conviendrait pas à tous, Cissou y trouve une richesse humaine qu'elle ne troquerait pour rien. "J'ai vécu en tente, en hamac, j'ai fait des rencontres. J'ai beaucoup aimé notamment le contact avec les milieux agricoles. Là-bas, les gens ne s'arrêtent pas à ton physique."

Son regard sur la société est sans concession. "Les gens ne sont pas épanouis dans la société actuelle. On me dit souvent "T'as plus le sourire que moi alors que t'as pas d'argent !" Pour elle, le confort matériel ne garantit ni le bonheur ni la liberté. Impossible, dans ces conditions, d'imaginer un retour à une vie plus classique. Son objectif, désormais, est clair : mettre de côté pour acheter un terrain et vivre en autarcie par la suite. "Je préfère avoir une vie minimaliste mais ne dépendre de personne", insiste-t-elle. Un discours qui tranche avec les injonctions de la société, mais aussi avec les aspirations au confort très souvent revendiquées par tout un chacun. Il faut dire que notre mode de vie plus "métro boulot dodo" demande aussi davantage de compromis, et la jeune fille dit l'avoir bien compris.

"J'ai trop entendu les anciens dire qu'ils n'ont pas profité de la vie et qu'ils le regrettent aujourd'hui. Moi je ne veux pas regretter sur mon lit de mort. Je fais ce que je veux, sans attendre ou dépendre de qui que ce soit. Je ne dépends de personne, je vis pour moi" dit-elle. De temps en temps, Cissou revient voir sa famille à Rouen, mais des incompréhensions demeurent, indique-t-elle. "Quand ils me voient, ils me disent qu'ils aimeraient que je m'en sorte… Mais je m'en sors ! J'ai juste choisi une autre vie."