Après avoir disparu pendant 300 ans, le dodo devrait bientôt être ressucité, une étape clé franchie
Disparu depuis plus de trois siècles, le dodo s'apprête peut-être à faire son grand retour. Cet oiseau emblématique de l'île Maurice, scientifiquement nommé Raphus cucullatus, s'est éteint à la fin du XVIIe siècle, peu de temps après l'arrivée des marins européens.
Contrairement à une idée reçue, le dodo n'était pas méfiant mais souffrait d'une absence totale de peur face à l'homme, n'ayant jamais connu de prédateurs sur son île. Cette docilité, combinée à l'introduction d'espèces invasives comme les rats et les porcs qui dévoraient ses œufs au sol, a conduit à sa disparition rapide.
Aujourd'hui, les avancées spectaculaires de la génétique permettent d'envisager sérieusement sa résurrection. La société américaine Colossal Biosciences, spécialisée dans "la désextinction", a annoncé avoir franchi une étape cruciale en décodant entièrement le génome de l'oiseau à partir d'ADN ancien extrait de restes fossilisés. Le projet repose sur l'utilisation du pigeon de Nicobar, le plus proche parent vivant du dodo, dont les cellules servent de base de travail.
La méthode employée par les chercheurs consiste à isoler et à cultiver des cellules germinales primordiales, les précurseurs des spermatozoïdes et des ovules, chez les oiseaux de la famille des pigeons. Grâce à la technologie d'édition génomique CRISPR, les scientifiques modifient l'ADN de ces cellules pour y intégrer les traits caractéristiques du dodo. Ces cellules modifiées sont ensuite injectées dans des embryons de poulets ou de pigeons domestiques, qui servent de vecteurs pour donner naissance à des spécimens hybrides portant les traits physiques du dodo, notamment sa silhouette massive et son bec recourbé, rapporte The Guardian.
Malgré l'enthousiasme de l'équipe de recherche, cette prouesse technologique suscite d'importantes réserves au sein de la communauté scientifique. Leonardo Campagna, biologiste évolutionniste au Laboratoire d'ornithologie souligne la difficulté colossale de recréer l'architecture génomique complète d'une espèce disparue. Il alerte tout de même la "difficulté de savoir ce qui est nécessaire pour créer un dodo génétiquement, de son architecture génomique à l'interaction de ses gènes avec l'environnement". Et d'ajouter que la reproduction des aspects physiques du dodo reste un défi "considérable". Rien n'assure que l'animal créé se comportera comme un dodo "authentique".
D'autres experts, comme le biologiste Rich Grenyer de l'université d'Oxford, pointent du doigt un risque moral majeur. Ce dernier pointe "l'énorme risque moral" de cette initiative scientifique de "désextinction" du dodo qu'il qualifie de "distraction dangereuse".
Le dodo n'est pas la seule espèce ayant disparu. Actuellement, plus de deux millions d'espèces sont menacées d'extinction à cause du réchauffement climatique et de la destruction des habitats naturels.