Fébreau : "La F1 va devenir une partie d'échecs"

Fébreau : "La F1 va devenir une partie d'échecs" Le journaliste vedette de la Formule 1 revient sur la nouvelle réglementation de 2026 avant de commenter le premier Grand Prix de la saison, le dimanche 8 mars à Melbourne, pour Canal+.

Que va apporter la nouvelle réglementation de la Formule 1 ?
C'est une remise en question de tout ce que les pilotes savaient, de tout ce que les ingénieurs savaient jusqu'ici. Tout repart d'une feuille blanche. On ne garde rien des presque dix mille pièces de la F1 de 2025. Les ingénieurs créent quelque chose de tout nouveau, de très différent, avec une voiture plus petite, des pneus plus étroits, des biocarburants qui sont désormais un facteur de performance très important. Les écuries doivent repenser complètement la façon d'utiliser l'énergie. Il y a de l'énergie à bord de ces voitures et il faut savoir ce que l'on en fait et à quel moment s'en servir. Cette énergie n'est pas abondante à souhaits, et il y aura donc des choix à faire. Choisir c'est renoncer. Les pilotes devront choisir de s'en servir dans tel ou tel virage et renoncer à être performant à un autre endroit du circuit pour s'offrir les meilleures chances de gagner.

C'est un changement radical dans la façon d'aborder la Formule 1.

Oui, la F1 va devenir une partie d'échecs. On ne va plus demander aux pilotes de seulement piloter mais de savoir aussi gérer l'énergie de leurs monoplaces. Ils vont devoir accepter de ne pas attaquer à fond tout le temps pour garder de l'énergie qu'ils utiliseront ailleurs dans le tour ou ailleurs pendant le Grand Prix. Cela aura forcément des côtés frustrants pour le pilote, lui il aimerait être à fond du premier au dernier tour de course. En 2026 il va donc falloir être un très bon pilote mais aussi être très intelligent dans la gestion de l'énergie de la voiture.

"Les pilotes vont devoir reprogrammer leur cerveau"

Est-ce que cette nouvelle partie plus stratégique pourrait redistribuer les cartes dans la hiérarchie des pilotes ?

Complètement. Le pilotage ne fera pas tout. Ce sera aussi à celui qui aura la solidité mentale de se restreindre à ne pas faire les choses qu'il aurait eu envie de faire. Celui qui va avoir accepté de réapprendre une façon de piloter, qui aura passé beaucoup d'heures au simulateur pour revoir ses techniques de pilotage. D'accepter de lever le pied de l'accélérateur à des endroits où il ne le faisait pas d'habitude, le tout dans le but que la voiture récupère de l'énergie. Les pilotes vont devoir reprogrammer leur cerveau. C'est cette faculté à se réinventer qui paiera à la fin.

Quels enseignements avez-vous tiré des essais de pré-saison effectués à Barcelone et Bahreïn ?

Mercedes a montré qu'il avait un moteur très performant. Mais quand on discute avec les différents teams qui ont ce moteur en commun cette année (le motoriste allemand équipe McLaren, Mercedes, Williams et Alpine, ndlr), il en ressort qu'il y a une nécessité de progresser sur toute la gestion de l'électrique. Ils ont donc cette force du moteur mais aussi des points faibles à régler. De son côté Red Bull a beaucoup impressionné avec son nouveau moteur. C'est quand même un vendeur de boissons qui a décidé il y a trois ans de faire un moteur de Formule 1, ce qui est complètement dingue. Les deux écuries (Red Bull et Racing Bulls) ont pu faire beaucoup de tours et le moteur s'est montré assez fiable et les voitures rapides. Sur la partie électrique et récupération d'énergie c'est très bon. Ferrari a montré une fiabilité impressionnante. Ce sont les seuls à avoir utilisé le même moteur à Barcelone et à Bahreïn. Tous ces moteurs semblent avoir des points forts mais des tas de domaines dans lesquels ils doivent encore trouver de la performance. Cette année, le moteur ne fera pas la différence tout seul. Il faudra le bon moteur, la bonne récupération d'énergie, le bon aérodynamisme sinon le moteur sera sursollicité et consommera de l'énergie pour rien.

"Hadjar va devoir se montrer patient et bien gérer sa frustration"

Comment se présente la saison pour nos trois pilotes français ?

Isack (Hadjar) est celui qui va commencer la saison avec la meilleure voiture des trois Français. La Red Bull est quand même plus attendue au premier plan que l'Alpine (Pierre Gasly, ndlr) et la Haas (Esteban Ocon, ndlr). Attention toutefois à cette image qui peut beaucoup évoluer cette année. Disons qu'au mois de mars c'est celui qui part avec le plus de chances de faire des résultats. Il s'est mis comme plan de marche de beaucoup observer Max Verstappen, de s'en inspirer, sur la piste comme en dehors, pour mieux essayer de l'attaquer après. Il y a de fortes probabilités pour que Verstappen soit plus rapide que lui dans un premier temps, donc il va devoir se montrer patient et bien gérer sa frustration. Pour Pierre et Esteban, on peut s'attendre à ce qu'ils soient capables de bien animer le peloton. Ils ne sont sans doute pas dans les équipes qui seront les plus performantes d'entrée de jeu, mais avec leur expérience et leur intelligence de course ils peuvent espérer jouer les points chaque week-end.

Malgré les nombreuses incertitudes qui planent sur cette nouvelle saison, quel pilote est votre favori pour le titre de champion du monde ?

A l'instant T, je serais tenté de dire George Russell. Parce qu'il est au volant d'une Mercedes et qu'il a plus d'expérience que son coéquipier Antonelli, mais ça peut bouger pendant la saison. Et je suis très mauvais en pronostics (rires).