Des salons de coiffure et des pizzerias dégagent des revenus gigantesques : il n'y a pourtant pas de clients
Ces commerces rapportent gros à leur propriétaire, ils n'ont pourtant aucun client. Etonnant pour des entreprises de services comme des salons de coiffure, des commerces de bouche à l'instar de pizzerias ou encore des boutiques spécialisées dans la vente de télécommunication.
Cette incohérence est caractéristique des sociétés fantômes qui pullulent en Belgique. Près d'une entreprise belge sur cinq est une société fantôme selon le ministère de la Justice. Plus concrètement, cela représente 400 000 entreprises selon le prestataire de services financiers Graydon cités par le journal belge DeMorgen.
Mais comment des commerces sans clients et parfois même sans locaux peuvent-ils amasser de l'argent ? Grâce à un montage frauduleux servant à blanchir l'argent issu d'activités criminelles. Les propriétaires et bénéficiaires de ces sociétés fantômes rachètent des entreprises "dormantes" qui continuent d'exister sans être actives pour une bouchée de pain.
L'un des scénarios typiques consiste à racheter l'entreprise d'une personne partie à la retraite sans avoir vendu ou dissout son commerce sous les traits d'une fausse organisation. Une fois la société acquise, il suffit de faire entrer les fonds provenant d'activités illégales qui, "grâce à de fausses factures, des prête-noms et des flux de trésorerie rapides", sont blanchis en seulement quelques mois explique Tijs Laurens, président du tribunal des entreprises d'Anvers et du Limbourg, cité par le journal belge.
Si les sociétés fantômes sont si nombreuses, c'est aussi parce que leur utilisation est très limitée dans le temps. Les propriétaires qui cherchent à blanchir de l'argent n'utilisent une entreprise que pendant quelques mois tout au plus, avant de la faire disparaître, afin de limiter les chances de se faire prendre par les autorités. Lesquelles se mobilisent pour essayer de mettre fin à ce fléau, mais patinent face à l'ampleur de la tache.
Le nombre de sociétés fantômes créées dépasse les capacités des tribunaux de commerce qui manquent de personnel et disposent de ressources obsolètes. "L'année dernière, en septembre, nous avions déjà plus de nouvelles sociétés fantômes que notre Chambre des entreprises en difficulté ne peut en traiter en un an", a fait savoir Tijs Laurens. Une multiplication permise, entre autres, par l'utilisation d'une seule adresse par des centaines de faux commerces. " "À Anvers, par exemple, une seule adresse abrite 570 entreprises" souligne le président du tribunal des entreprises.
En plus de demander des moyens humains, le traitement des sociétés fantômes par la justice coûte de l'argent aux tribunaux de commerce : deux millions d'euros par an dans celui d'Anvers selon Tijs Laurens. Or, un budget de 8 millions d'euros est jugé nécessaire pour atteindre un rythme de croisière et combler le retard accumulé sur les traitements selon le journal DeMorgen.