Patrick Bruel accusé de harcèlement et d'agression sexuels : où en sont les enquêtes ?

Patrick Bruel accusé de harcèlement et d'agression sexuels : où en sont les enquêtes ? PATRICK BRUEL - Patrick Bruel est accusé de violences sexuelles par cinq femmes et visé par deux enquêtes, l'une préliminaire pour "exhibition sexuelle" et "harcèlement sexuel", l'autre pour "agression sexuelle".

[Mis à jour le 06 novembre 2019 à 10h18] Pour Patrick Bruel, les tourments continuent, mais la tournée reprend. Le chanteur de 60 ans, accusé par cinq femmes d'avoir eu des comportements et des paroles déplacés, est visé par deux enquêtes : la première, préliminaire, ouverte par le parquet d'Ajaccio après le signalement fait par une masseuse corse ; la seconde, ouverte à Perpignan après la plainte déposée par une masseuse d'un spa.

Une affaire qui a débuté en septembre, quand Le Parisien révélait que le parquet d'Ajaccio avait ouvert une enquête préliminaire pour "harcèlement sexuel" et "exhibition sexuelle" après le signalement fait par une jeune femme de 21 ans. Elle accusait le chanteur d'avoir eu un comportement déplacé avec elle lors d'un massage en marge d'un concert, le 9 août dernier. La jeune femme n'avait pas souhaité porter plainte, mais avait signalé le comportement de l'artiste pour "laisser une trace au cas où d'autres victimes présumées se manifesteraient", écrivait le journal.

Depuis ces premières révélations, Patrick Bruel a été accusé par quatre autres femmes. Toutes rapportent des faits similaires au premier témoignage : un massage, organisé dans un salon spécialisé ou un hôtel en marge d'un concert en province, le refus plus ou moins justifié de porter une serviette et des avances ou des gestes susceptibles d'êtres qualifiés de harcèlement ou d'agression sexuelle. Alors que les deux enquêtes suivent leur cours, Patrick Bruel lui, ne s'est jamais exprimé publiquement sur cette affaire et a repris sa tournée. L'artiste est actuellement au Canada, le temps de deux concerts, à Montréal le 6 novembre et à Québec le 9 novembre. Après l'annonce de l'ouverture de la première enquête par le parquet d'Ajaccio, sa venue dans plusieurs émissions de télévision québécoises avait été annulée.

L'affaire Bruel a débuté en septembre

L'affaire a commencé par des accusations d'exhibitionnisme et de harcèlement sexuel de la part de Patrick Bruel, révélées par le Parisien le 9 septembre 2019. La première accusatrice de Patrick Bruel est une esthéticienne de 21 ans, qui l'accuse d'avoir, avec "insistance" tenu des propos "laissant entendre clairement qu'il attendait une prestation à caractère sexuel". Selon elle, les faits se seraient produits le 9 août dernier en marge d'un concert à Ajaccio. Lors de ce massage, réalisé dans sa loge avant son concert, le chanteur aurait aussi, selon son accusatrice, refusé de porter un sous-vêtement et "souhaité rester nu". Selon les dires de la jeune employée, la porte de la loge était close et aucun témoin n'a assisté à la scène. L'accusatrice aurait aussi précisé qu'"aucune contrainte n'aurait cependant été exercée".

La version des faits de Patrick Bruel

Après la plainte de la jeune femme, Patrick Bruel a démenti les faits auprès du Parisien. "Nous étions une heure avant mon concert, dans ma loge, accessible à tous. Mon équipe, mes collaborateurs, mes enfants étaient à proximité et ont l'habitude d'entrer à tout moment dans ma loge. Je n'ai pas eu la moindre intention, ni le moindre geste déplacé envers cette femme", a-t-il affirmé au quotidien début septembre. Face aux gendarmes, qui l'ont auditionné le 8 septembre, Patrick Bruel, qui aurait reconnu la réalité du massage, aurait expliqué avoir effectivement voulu rester nu sur le ventre, mais à cause de la chaleur. Il aurait assuré avoir mis une serviette lorsqu'il s'est retourné sur le dos. Selon lui, la jeune femme aurait ensuite assisté à son concert, à Ajaccio, en compagnie de plusieurs proches. Le 23 septembre, Le Parisien a également écrit que Patrick Bruel aurait "plaidé le malentendu" devant les enquêteurs, affirmant n'être "attiré que par les femmes qui ont du désir pour" lui.

Patrick Bruel visé par une première enquête

Quelques jours après le concert de Patrick Bruel en Corse, le parquet d'Ajaccio a ouvert une enquête préliminaire pour "exhibition sexuelle" et "harcèlement sexuel", rapporte Le Parisien. Toutefois, c'est par la police de Châlons-en-Champagne, dans la Marne, que le chanteur a été entendu pour la première fois dans le cadre de ces investigations, le dimanche 8 septembre 2019, alors qu'il s'y produisait en concert. "Le chanteur n'avait pas pu être auditionné sur l'île puisqu'il avait quitté les lieux au moment où les faits ont été dénoncés par la jeune femme", est-il détaillé dans le journal. Outre Patrick Bruel, la police a interrogé plusieurs employés de l'hôtel Radisson, où le chanteur séjournait à Ajaccio. L'enquête a depuis avancé avec d'autres auditions.

D'autres témoignages contre Patrick Bruel

Une autre femme, habitant dans la Loire, a témoigné dans le Parisien le 23 septembre 2019. Cette ancienne masseuse décrit des faits présumés en de nombreux points semblables à ceux décrits par l'accusatrice d'Ajaccio. En septembre 2008, elle dit avoir croisé Patrick Bruel alors qu'elle travaillait dans un hôtel de Cannes. En plus du refus de porter un sous-vêtement jetable, le chanteur aurait selon elle réclamé "une caresse sexuelle 'avec les mains'" et "tenté de passer ses bras autour de sa taille". Patrick Bruel aurait argumenté en affirmant qu'il "obtenait régulièrement de telles faveurs dans les hôtels marocains", mais face au refus de la masseuse, il aurait laissé entendre qu'il pourrait nuire à son poste dans l'hôtel.

Une troisième accusatrice, ancienne masseuse elle aussi, qui réside aux îles Baléares, accuse quant à elle Patrick Bruel de l'avoir harcelée dans un hôtel de luxe de Saint-Barthélemy, en 2011. Lors d'un soin dans sa chambre, le chanteur aurait cette fois "refusé de porter une serviette et plongé la pièce dans la pénombre" avant de "réclamer une fellation". Le Parisien écrit que le chanteur aurait même "collé son sexe en érection sur l'employée, tout en lui maintenant les mains". Une seconde séance, le lendemain, se serait déroulée "sans accrocs".

"J'avoue que je suis un peu déstabilisée au départ, je suis impressionnée. Il s'installe sur le ventre, mais refuse que je lui couvre les fesses. Puis il se retourne, et refuse encore une fois la serviette… Il a ensuite pris mes mains pour les diriger vers son sexe avant de me dire de lui faire des bisous. Je dis stop, il insiste, et j'écourte le massage", raconte-t-elle au Parisien, avant de continuer : ensuite, il "arrive par-derrière, m'attrape les poignets et se colle à moi, toujours nu sous son peignoir. Je me suis énervée et lui ai demandé de me lâcher." Elle explique regretter de ne pas avoir porté plainte, pour lui "faire prendre conscience". "Même si c'est une célébrité, il ne faut pas avoir peur", conclut la masseuse.

Si les faits seraient aujourd'hui prescrits, la victime présumée a tout de même voulu témoigner en apprenant l'ouverture de l'enquête préliminaire par le parquet d'Ajaccio après le signalement d'une autre masseuse. "Lorsque l'affaire est sortie dans la presse, une amie au courant de mon histoire m'a envoyé un article. J'ai découvert que tout était similaire à ce que j'avais subi… ", explique-t-elle au Parisien, ajoutant qu'elle se "sent désormais assez solide pour tout dire. Pour moi, mais aussi pour cette jeune fille qui a eu le courage de dénoncer les faits, pour lui montrer qu'elle n'est pas seule."

La quatrième accusatrice, dont le témoignage a été révélé par Le Progrès vendredi 27 septembre, est la dirigeante d'un spa de Lyon. Originaire de la Loire, elle aurait rencontré Patrick Bruel lors d'un séjour à la montagne, dans un Club Med en 2017. Dans son témoignage, elle évoque "des avances plus ou moins voilées, demandes lourdes, allusions sexuelles". "J'étais ultra mal à l'aise. Je suis allé jusqu'à mes limites". Si cette quatrième accusatrice n'a pas porté plainte contre Patrick Bruel, elle explique au journal avoir pris la parole pour "crédibiliser le témoignage de la première jeune fille", à savoir l'esthéticienne d'Ajaccio, souvent attaquée sur les réseaux sociaux. "Ce n'est pas Patrick Bruel la victime, c'est elle", conclut cette quatrième victime présumée.

Une deuxième plainte et une deuxième enquête

La cinquième accusatrice est donc une masseuse d'un spa de Perpignan, âgée d'une trentaine d'années. Elle a déposé plainte contre le chanteur pour "agression sexuelle", après un massage le 7 juillet 2019, au lendemain d'un concert au festival des Déferlantes, à Argelès-sur-Mer. "L'enquête, confiée à la Sûreté départementale, est en cours", a ajouté le procureur de la République à l'AFP. Selon les déclarations de cette nouvelle victime présumée au Parisien ce vendredi 11 octobre, elle avait été approchée par la star dès le 6 juillet, jour du concert.

Patrick Bruel lui aurait offert "un pass VIP" et lui aurait proposé "de passer dans sa loge pour boire une coupe de champagne", ce qu'elle aurait refusé. Le massage aura lieu le lendemain matin. Après les reproches de Patrick Bruel pour son absence de la veille, la masseuse dit avoir eu affaire à un client non douché et très directif. Elle dénonce ensuite "des comportements très déplacés" du chanteur, assurant que "ce qui l'intéressait le plus, c'était le massage de ses fesses. J'ai décidé de déposer plainte après avoir pris connaissance de l'histoire de la fille d'Ajaccio". 

Article le plus lu - Des migrants évacués porte de la Chapelle › Voir les actualités

Autour du même sujet