"100 fois plus que dans l'eau" : ces aliments consommés chaque jour par les Français sont contaminés par un polluant éternel
On sait qu'ils sont présents dans l'eau que nous buvons, mais les polluants éternels se cachent aussi dans de nombreux aliments de notre quotidien. L'un d'eux, le TFA, a ainsi été retrouvé dans une majorité d'aliments testés dans le cadre d'une étude menée par le Réseau d'action contre les pesticides (PAN Europe) et des ONG de 16 Etats européens. Elle révèle "des niveaux alarmants de contamination à travers l'Europe".
L'enquête européenne montre que "les aliments, en particulier les cultures de base, constituent une voie majeure d'exposition humaine à ce contaminant toxique", même bien plus que via l'eau que nous buvons. Les concentrations moyennes en TFA retrouvées sont ainsi "107 fois supérieures à celles de l'eau du robinet". Le TFA a été détecté dans 82 % des aliments testés, tous à base de céréales. Ils contenaient en moyenne 78,9 μg/kg de TFA, avec "des valeurs maximales pouvant atteindre 360 μg/kg". En comparaison, les pesticides qui ont une toxicité similaire à celle du TFA ont une "limite maximale de résidus" de 10 µg/kg... La (longue) liste de produits testés a de quoi inquiéter.
De nombreux produits très consommés en France sont effectivement concernés par cette contamination. Sur le sol français, l'ONG Génération Futures a ainsi acheté en guise de test des produits de boulangerie comme des croissants, baguettes, pain blanc mais aussi brioches et les a fournis pour des analyses au laboratoire autrichien Institut Dr. Wagner spécialisé dans l'analyse des aliments.
Le verdict est implacable : des baguettes (210 μg/kg) et croissants (180 μg/kg) vendus dans nos boulangeries sont bien pollués. Plein d'autres produits, bien connus des Français, sont aussi concernés puisqu'ils ont été testés chez nos voisins. Les auteurs de l'étude assurent avoir ciblé volontairement des produits de grande distribution très répandus. On peut citer par exemple des céréales du petit-déjeuner Nestlé achetées en Irlande (290 μg/kg), les biscuits au spéculoos de la marque Lotus (210 μg/kg) achetés en Belgique, ou encore des spaghettis de la marque Barilla en Italie. Globalement, les produits à base de blé étaient largement plus contaminés que ceux à base d'autres céréales, comme l'avoine, le maïs ou le riz. "Les produits à base de blé contenaient en moyenne environ 7,6 fois plus de TFA que les produits sans blé", note le rapport.
Ce polluant éternel provient de la dégradation de produits très utilisés : les pesticides, et les gaz fluorés, utilisés par exemple dans les réfrigérateurs. Le TFA se retrouve ensuite dans les sols et l'eau, où il s'accumule et persiste très longtemps. L'ampleur de la contamination de notre alimentation au TFA est mal connue, puisque sa présence n'est aujourd'hui pas contrôlée ni réglementée par les autorités sanitaires. Pourtant, il est suspecté que ce polluant éternel a des effets nocifs sur la santé, et notamment sur la reproduction, le développement et le système endocrinien. Les autorités sanitaires françaises et européennes sont en train d'évaluer son impact.
Si ces résultats qui concernent seulement une partie des aliments sont déjà "alarmants", ils sont loin d'être notre seule source de contamination au TFA, et plus globalement aux polluants éternels, qui ont été détectés dans les fruits et légumes, le thé ou encore l'eau potable. "À l'heure actuelle, l'ampleur totale de l'exposition des citoyens de l'UE à cette substance toxique est inconnue", précise le rapport. Les auteurs de l'étude appellent à interdire les pesticides PFAS, à fixer une valeur de sécurité, et à surveiller la présence du TFA dans l'alimentation.