François Fillon : son lapsus gênant à quelques semaine du procès

François Fillon : son lapsus gênant à quelques semaine du procès FILLON. Il a pesé ses mots et refusé de s'exprimer sur bon nombre de sujets tout au long de la soirée sur France 2. François Fillon aurait pu faire un sans faute jeudi, mais c'était sans compter sur sa langue qui a fourché. Retour sur son lapsus.

[Mis à jour le 30 janvier 2020 à 22h27] Trois semaines avant l'ouverture du procès de François et Penelope Fillon, l'ex-candidat à la présidentielle 2017 est sorti du silence jeudi 30 janvier sur le plateau de Vous avez la parole de France 2. Après avoir annoncé d'emblée qu'il "ne chercher[a] pas à revenir", l'ancien Premier ministre a déclaré ne pas pouvoir "laisser [sa] vie, en particulier [sa] vie politique disparaître derrière ce procès". Et d'assurer : "Je dois des explications aux 7 millions de Français qui m'ont soutenu." 

Si François Fillon a refusé de se livrer "quelles que soient [les questions des journalistes ndlr.], à des réponses qui consisteraient à faire le procès avant qu'il ait lieu", il a confié vouloir profiter de l'occasion pour "défendre l'honneur de sa femme". Et c'est justement en abordant ce sujet-là que l'ancien candidat à la présidentielle s'est illustré par un lapsus loin d'être anecdotique : "Un assistant contribue au financement... pardon, au fonctionnement... de son parti", a-t-il lâché.

Au tribunal correctionnel de Paris, du 24 février au 11 mars

En politique, une actualité en chasse une autre et les pages sont vite tournées. Il fut un temps pas si lointain, après la primaire de la droite de 2016, où tous les observateurs considéraient que François Fillon serait président de la République. Mais le candidat de LR a perdu une élection imperdable et a disparu des radars. Fini la politique, fini les caméras, terminé. Reste que l'histoire de François Fillon demeurera liée, quoi qu'il fasse, à cette campagne de l'hiver et du printemps 2017 : lui tentait de convaincre les Français sur son programme, les Français, eux, découvraient presque chaque jour un nouveau rebondissement de l'"affaire Penelope" et des soupçons d'emplois fictifs qui prenaient chaque semaine plus d'ampleur.

L'ancien Premier ministre va devoir s'expliquer devant la justice, au tribunal correctionnel de Paris, du 24 février au 11 mars. Mais avant, il a souhaité se livrer devant les Français, dans un grand prime time organisé sur France 2. "Il a finalement décidé de s'exprimer avant le procès. Car s'il est condamné, il ne pourra plus parler. Il a quarante ans de vie politique derrière lui. Il ne pouvait pas s'en aller comme ça", analyse son ami et avocat Antonin Lévy dans Le Monde. Le quotidien du soir consacre d'ailleurs, à cette occasion, un long article à l'ancien Premier ministre, qui dresse le portrait d'un homme qui a radicalement changé de vie. Sans rancune ni nostalgie. "Certains peuvent me le reprocher… le fait que je n'ai pas envie de continuer le combat. Mais quarante ans, c'est long… Faire autre chose, c'est bien ! ", a-t-il glissé à un proche.

"Il nous a conduits au cimetière"

François Fillon, sur ce point, n'est pas dupe. Certains de ces anciens lieutenants, certains de ses amis, ont eu du mal à accepter la manière dont il s'est retiré de la vie politique. "L'ancienne ministre Roselyne Bachelot, qui avait toujours une anecdote amusante à raconter sur son 'ami François', ne veut plus en parler", écrit Le Monde, qui livre cette confidence de l'ancien directeur de campagne du candidat LR, Patrick Stefanini : "Gérard Larcher est encore ulcéré, profondément blessé". "Il a disparu du jour au lendemain de la politique, du parti, de ses amis. Beaucoup l'ont mauvaise", ajoute Brice Hortefeux, qui fut son ministre de l'Intérieur. "Ils disent : 'Il nous a conduits au cimetière, on n'ira pas fleurir la tombe'."

Il faut dire que l'ancien candidat à la présidentielle n'a pas été préservé par certains de ses amis. N'est-ce pas un proche, Robert Bourgi, qui avait enterré tout espoir pour François Fillon de sortir la tête de l'eau, en révélant lui avoir offert de très onéreux costumes ? "Si je le croise, pas sûr que je sois capable de ne pas lui mettre ma main dans la figure", a confié il y a peu l'ancien locataire de Matignon à un ami, racontant avoir pris par hasard en avril dernier le même avion que lui.

Un procès "douloureux"

C'est avec appréhension que François Fillon songe à son procès, qui l'exposera à nouveau - et de manière intensive - médiatiquement. L'ancien premier ministre sera jugé pour "détournement de fonds publics", "complicité et recel" de ce délit, "complicité et recel d'abus de biens sociaux", mais aussi "manquement aux obligations déclaratives de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique". Un procès au cours duquel son épouse Pénélope, accusée d'avoir touchée plus d'un millions d'euros pour un emploi fictif, sera en première ligne. "Il sait que le procès va être un moment compliqué", confie son avocat au Monde. François Fillon craindrait que les semaines à venir soient éprouvantes pour son épouse. "Elle n'arrive pas à dépasser cette histoire", regrettait-il auprès de ses proches. L'un d'entre eux analyse auprès du Monde, encore : "Il ne peut pas dire : 'J'ai mal', alors il dit : Penelope va mal'."

Biographie express de François Fillon

François Fillon débute en politique en 1981, en devenant conseiller général de la Sarthe. La même année, il est élu député de la 4e circonscription de la Sarthe au premier tour et devient ainsi le benjamin de l'Assemblée, à l'âge de 27 ans. En 1983, il devient maire de Sablé-sur-Sarthe. Douze ans plus tard, en 1995, François Fillon entre dans le gouvernement d'Alain Juppé comme ministre des Technologies de l'information et de la Poste, puis ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l'Espace. Sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, il prend la tête du ministère des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité avant d'être nommé ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche en 2004. Lors de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, il se maintien au poste de Premier Ministre durant tout le quinquennat (2007-2012). En juin 2012, il est élu député de la 2e circonscription de Paris.

Candidat à la présidence de l’UMP, il est donné favori par les sondages. Mais, contre toute attente, Jean-François Copé et François Fillon revendiquent tous les deux la victoire après la constatation d’une anomalie de vote. La Commission nationale des recours déclare Jean-François Copé vainqueur. Suite à ce coup d’éclat, François Fillon crée son propre groupe au sein de l’Assemblée nationale. C’est la naissance du Rassemblement-UMP le 27 novembre 2012.

En janvier 2013, le groupe est dissolu après un accord avec Jean-François Copé. François Fillon annonce lors du printemps 2013 qu’il sera candidat aux primaires de l’UMP en vue de l’élection présidentielle de 2017. Fin 2016, il devient le candidat officiel de la droite et du centre après avoir remporté les primaires par une victoire écrasante sur Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé. Début 2017, sa campagne bat de l'aile après la publication d'un article du Canard enchaîné qui dénonce des emplois fictifs de sa femme, Pénélope Fillon. François Fillon n'est pas qualifié pour le second tour des élections présidentielles de 2017. Il termine troisième derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen avec près de 20% des voix.

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