L'ADN extrait d'un squelette ancien dévoile le mélange de deux mondes bien distincts

L'ADN extrait d'un squelette ancien dévoile le mélange de deux mondes bien distincts Dans l'ADN d'un squelette égyptien de plus de 4500 ans, un surprenant mélange génétique a été décelé, bouleversant nos idées sur cette civilisation.

Les scientifiques continuent d'analyser des extraits d'ADN anciens. Ils ont récemment réussi à séquencer un génome complet remontant à l'Egypte antique, comme le dévoile une étude dans la revue Nature. Ils sont parvenus à ce résultat grâce à des restes, composés d'os et de dents, provenant d'un même individu. Ces derniers avaient été retrouvés à Nuwayrat, à environ 275 kilomètres au sud du Caire, dans un grand récipient en céramique, placé au cœur d'une tombe creusée dans la roche. Les restes avaient ainsi été bien protégés, alors que le climat égyptien est peu propice à une telle conservation.

Leur analyse a permis d'en savoir plus sur le profil de cet homme. La datation radiocarbone l'a d'abord placé entre 2855 et 2570 avant J-C. C'est ainsi le plus ancien ADN égyptien récolté et de loin. Auparavant, ceux trouvés remontaient à 787 avant notre ère et n'étaient que partiels. Cette datation explique aussi qu'il n'était pas momifié, son inhumation a eu lieu avant que cela devienne une pratique courante.

Cet homme était âgé d'une soixantaine d'années lors de son décès et mesurait autour d'un mètre soixante. Les usures osseuses ont permis de faire état d'une vie de travail pénible, avec une position assise prolongée. Il s'agissait donc vraisemblablement d'un potier. Les tests isotopiques au niveau des dents ont dévoilé un régime alimentaire typique des anciens Egyptiens : il était principalement composé de céréales et de protéines animales.

Les chercheurs ont, par ailleurs, tenté de reproduire son visage avec les caractéristiques faciales connues comme la mâchoire, le nez et les yeux. Les analyses génétiques suggèrent qu'il avait les yeux marrons, des cheveux châtains ainsi qu'une pigmentation de la peau "qui allait de sombre à noire".

© University of Liverpool / Nature

Concernant le génome, les scientifiques ont été très surpris. Il indique une ascendance à 80% issue des populations néolithiques d'Afrique du Nord et 20% venant d'anciennes populations de l'Asie de l'Ouest, comme la Mésopotamie, soit dans les environs de l'Irak actuel. Ce détail n'est pas sans importance : il étaye l'hypothèse d'une migration vers l'Egypte et de mélanges de populations locales. Les déplacements de personnes auraient pu se faire par voie maritime, via la mer Rouge. Les chercheurs ignorent cependant quand ces populations si différentes se sont rencontrées, mais cela pourrait être lié à l'échange de marchandises. Les deux civilisations étaient à l'époque très différenciées, il s'agissait d'un tout autre monde pour des Egyptiens de l'Antiquité. Cette découverte prouve qu'ils n'étaient pas si hermétiques.

"En nous appuyant sur ces recherches passées, de nouvelles et puissantes techniques génétiques nous ont permis de franchir ces limites techniques et d'exclure la contamination de l'ADN, fournissant ainsi la première preuve génétique de mouvements potentiels de population en Égypte à l'heure actuelle", a déclaré Pontus Skoglund, chef de groupe du laboratoire de génomique ancienne du Francis Crick Institute et co-auteur principal. Pour comprendre pleinement la diversité génétique à cette époque, il faudrait pouvoir analyser un plus grand nombre de génomes et ainsi reconstituer un tableau plus précis des migrations égyptiennes en ce temps-là.