Les nuages changent et c'est une très mauvaise nouvelle, un expert nous explique
Les orages sont de plus en plus impressionnants en France. Foudre, rafales de vent à plus de 100 km/h, grêlons de plus de 5 centimètres... Les orages super-cellulaires, constituées d'une seule cellule orageuse mais de plus grande taille, sont plus nombreux et plus violents que les orages classiques.
Ils ne durent généralement pas plus de 30 minutes, mais cela peut suffire à provoquer des crues éclairs et de sérieux dégâts, selon Météo France. Tous se forment dans les cumulonimbus : un nuage "géant et menaçant", large de 5 à 15 km et qui peut s'élever jusqu'à 15 km d'altitude, là où il se heurte à la stratosphère, explique Météo France.
Mais aujourd'hui, ce nuage change : ils deviennent plus gros. Pour bien comprendre cette transformation, il faut d'abord savoir comment ce nuage se forme. Tout commence au sol, lorsque le soleil chauffe une zone. L'air chaud, chargé d'humidité, s'élève naturellement comme une montgolfière. En montant, il se refroidit. C'est à ce moment que la vapeur d'eau qu'il contient se condense en gouttelettes, formant un cumulus, ces nuages cotonneux que l'on voit souvent l'été.
Mais si l'atmosphère est dite instable, c'est-à-dire si rien ne freine cette ascension, le nuage continue de croître, grimpe plus haut, et ses gouttelettes finissent par se transformer en cristaux de glace. Le cumulus devient alors un cumulonimbus. Lorsqu'il arrive dans la stratosphère, à une altitude de 12 000 mètres, il faut s'attendre à des orages violents et des précipitations diluviennes.
Et conséquence directe du réchauffement climatique, la "forme" des cumulonimbus, c'est-à-dire leur altitude, leur épaisseur et leur contenu en eau semble augmenter : "Ces nuages sont plus gros dans une atmosphère chaude", explique à Linternaute Jérome Riedi, néphologue qui dirige le Laboratoire d'Optique Atmosphérique (LOA). La raison est simple : "plus l'air est chaud, plus la vapeur d'eau augmente", ce qui engendre des nuages plus imposants, et donc des orages potentiellement plus violents.
Une réalité d'autant plus vraie au bord de la Méditerranée, dont la température ne cesse d'augmenter ces dernières années. La mer chaude évapore davantage d'eau, qui alimente les cumulonimbus lorsqu'elle remonte vers les terres. "Tant qu'il peut se développer et qu'il est nourri en vapeur d'eau, le nuage va se développer" jusqu'à ce qu'éventuellement, soit il tombe, soit il y a un refroidissement de l'atmosphère. "Un système nuage a une durée de vie de un à deux jours" précise Jérome Riedi.
Pourtant, en Europe, "les orages sont historiquement relativement petits", affirme le spécialiste. Pourtant, la France connaît désormais des épisodes orageux violents et destructeurs, entrecoupés de périodes de sécheresse intense. Et cet été, les deux extrêmes peuvent se succéder "en fonction des positions des masses d'airs et des anticyclones".
Car le changement climatique ne joue pas seulement sur l'humidité ou la chaleur. Il modifie aussi la circulation générale de l'atmosphère. Certaines masses d'air, comme les anticyclones, restent plus longtemps en place qu'avant, ce qui bloque les nuages et empêche la pluie de tomber : cela provoque des périodes de sécheresse ou des canicules, car l'air y est chaud et sec. À l'inverse, quand une dépression (zone de basse pression) contenant de l'air froid se stabilise, elle favorise la formation de nuages et donc de la pluie.
