Une nouvelle catastrophe de Tchernobyl en Europe ? Une experte est catégorique sur les risques réels
Le samedi 26 avril 1986 est une date qui a marqué au fer rouge la population européenne avec l'accident nucléaire de Tchernobyl. 40 ans après la catastrophe, cet événement est toujours présent dans les esprits. Selon le baromètre de la perception des risques 2025 de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), Tchernobyl reste pour les Français la catastrophe historique la plus effrayante (46% le place en tête, soit une hausse de 7 points en un an). Fukushima se place bien après avec 18%. La pandémie du Covid arrive en troisième position. "Les Français ont été marqués par Tchernobyl je pense car c'est le seul accident nucléaire civil de toute l'histoire du nucléaire civil dans le monde, soit plus de 80 ans, qui ait fait directement des victimes", a analysé auprès de Linternaute.com Myrto Tripathi, présidente fondatrice de Les Voix du nucléaire, association indépendante "qui vise à faire reconnaitre la contribution que le nucléaire peut apporter à la transition énergétique aux côtés de l'hydroélectricité, de l'éolien et du solaire".
Si cet événement terrifie encore, les recherches autour de l'accident ont été nombreuses et des conclusions claires s'en sont détachées. L'UNSCEAR (Comité scientifique des Nations Unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants) a rapporté 2 décès immédiats et 28 dans les 4 mois qui ont suivi l'accident, tous parmi les travailleurs de la centrale et les pompiers qui ont été exposés à des niveaux de radiations extrêmement élevés. Une 31e personne, un des pompiers, est décédée en 2004. A cela s'ajoute des morts indirectes causées par des maladies et notamment des milliers de cancers qui ont été détectés, principalement de la thyroïde. L'OMS a estimé au final à environ 8000 le nombre de décès potentiels dus aux radiations de Tchernobyl, avec environ 4000 parmi les 600 000 personnes les plus exposées et le même nombre parmi les habitants non évacués vivant dans les zones contaminées.
Une grande désinformation autour de l'accident nucléaire ?
"Aujourd'hui, ces chiffres ne peuvent pas augmenter", nous a assuré Myrto Tripathi. "On est bien en deçà de ce qui peut être dit sur le sujet, on n'est pas du tout dans les millions de cancers, les dizaines de milliers de morts, on n'est pas dans ces échelles-là. Ce qui est la caractéristique première de Tchernobyl, c'est le fantasme auquel cet accident a donné lieu, qui aujourd'hui en donne une représentation qui est erronée", a-t-elle ajouté. Si c'est bien un "accident grave", elle a mis en exergue d'autres catastrophes industrielles du XXème siècle, mais dont on n'a peu entendu parler et qui ont pourtant eu de plus lourds bilans. Elle a donné l'exemple de l'accident chimique de l'usine de pesticide de Bhopal en Inde en 1984, avec entre 5 000 et 25 000 morts, dont 3000 directes.
La désinformation serait allée encore plus loin. Avec Tchernobyl, dans l'imaginaire collectif, la radioactivité s'est retrouvée associée à "des déformations, des mutations, des monstruosités qui sortent complètement du domaine du normal, du rationnel, qui en font quelque chose de terrifiant et monstrueux et qui est complètement faux et de l'ordre de la science-fiction totale". C'est un deuxième aspect qui pourrait expliquer les chiffres du baromètre.
Selon Myrto Tripathi, la perpétuation de ces "mythes" a eu des conséquences importantes : "Le vrai drame de la désinformation qui a accompagné et qui accompagne encore Tchernobyl, est le fait que les politiques énergétiques mondiales ne se soient pas décarbonnées et ne soient pas sorties des énergies fossiles car on a créé une telle peur du nucléaire qui était en fait la forme la plus aboutie et avancée de production d'énergie et d'électricité, qu'on est resté sur les anciennes manières de faire de l'énergie. Résultat, on a un changement climatique qu'on ne sait pas arrêter. On a des effets sanitaires désastreux avec des millions de morts mesurés, avérés dus aux centrales charbon et 10 000 par an en Europe", a-t-elle défendu.

Pas de nouveau Tchernobyl
Les nouveaux débats autour du nucléaire peuvent aussi justifier cette peur des Français. Pourtant, selon la défenseuse du nucléaire, "un événement comme Tchernobyl ne pourrait pas se reproduire". Il y a eu énormément de progrès sur les technologies utilisées depuis : celle de Tchernobyl est même désormais interdite. A l'époque, il y avait également peu de systèmes de protection autour de la centrale. "C'était comme si vous disiez est-ce qu'aujourd'hui vous pourriez lancer une voiture à pleine vitesse, sans ceinture de sécurité, sans portières, sans toit, sur une autoroute à 200", a-t-elle illustré. C'est aussi ce qu'estime Olivier Dubois, commissaire à l'ASNR : un scénario identique semble "très peu probable, même impossible", a-t-il déclaré auprès de Ouest-France. Il a précisé que les réacteurs avaient des défauts de conception auxquels se sont ajoutés des erreurs humaines, un manque de mesures de sécurité... "Compte tenu des différences de conception, un même scénario ne peut pas se produire sur les réacteurs à eau pressurisée, comme ceux qui sont exploités en France", a-t-il assuré. Des retours d'expérience ont été tirés des accidents nucléaires que ce soit Tchernobyl ou Fukushima avec notamment une "culture de sûreté". Olivier Dubois estime qu'il faut toutefois anticiper les effets du vieillissement du parc nucléaire, mais "sans points bloquants" à l'heure actuelle pour la poursuite de leurs exploitations.
Qu'est devenu Tchernobyl ? Aujourd'hui, il reste un périmètre d'exclusion de 30 km de rayon autour de la centrale où les doses de radioactivité restent élevées alors que les réacteurs sont à l'arrêt complet depuis 2000. Ce taux décroit progressivement. La zone fait encore l'objet d'études et de recherches. Il n'y a pas non plus de demande de réinvestir le secteur car les villes proches étaient habitées par les travailleurs de la centrale.
S'il y a bien eu des conséquences sur la biodiversité, notamment dans les 6 km² entourant la centrale, la situation a depuis changé : la zone abrite désormais de nombreuses espèces. Des ours bruns, des bisons, des loups et des chevaux sauvages y ont notamment été repérés. "La biodiversité autour de Tchernobyl s'est adaptée au fait qu'il y ait eu une augmentation des niveaux de radioactivité. Les espèces se sont adaptées et comme il n'y avait pas de présence humaine, elles ont proliféré", nous a expliqué Myrto Tripathi.