Cette fois, Nagui s'est vraiment mis en colère au sujet de son salaire, et tout s'est passé devant les caméras
La commission d'enquête parlementaire sur la neutralité et le financement de l'audiovisuel public faisait déjà parler d'elle. Elle a connu une semaine particulièrement agitée avec les auditions tendues de quelques figures des médias à l'Assemblée nationale depuis lundi. Michel Drucker, patriarche du PAF, s'est dit "profondément blessé" par les accusations selon lesquelles l'audiovisuel public "dilapidait l'argent du contribuable", quand à l'inverse Patrick Sébastien a dézingué France TV et sa présidente Delphine Ernotte. Les passages des hommes d'affaires Xavier Niel et Matthieu Pigasse n'auront pas non plus été de tout repos...
Mais c'est peut être l'audition de Nagui, ce mercredi 1er avril, qui a constitué le moment le plus explosif de cette semaine mouvementée, le tout devant les caméras chargées de suivre le travail des parlementaires en direct. Dès les premières minutes de son audition, l'animateur a annoncé dans une atmosphère électrique avoir déposé plainte contre X pour cyberharcèlement "fin janvier, début février 2026". Le motif : une "campagne de haine" déclenchée selon lui par les déclarations d'un membre de ladite commission, le député UDR Charles Alloncle, qui fait feu de tout bois contre l'audiovisuel public depuis des mois.
Alors que Charles Alloncle avait en particulier accusé Nagui de s'enrichir sur l'argent public, l'échange est rapidement monté en intensité. Nagui, visiblement en colère, a accusé frontalement le rapporteur : "Votre intuition, comme vous dites, a déclenché à mon encontre des injures, des menaces, des incitations à porter atteinte à mon intégrité physique, le tout avec de nombreux messages racistes." L'élu ciottiste a immédiatement répliqué être lui aussi victime de "menaces de mort" à cause de la réponse publiée par Nagui sur les réseaux sociaux.
"Je ne sais pas à quoi vous vous attendiez Monsieur Alloncle en me jetant en pâture de la sorte sans aucune preuve", déclare Nagui à l'endroit du rapporteur, l'accusant d'avoir déclenché une vague d'"injures et de menaces" l'ayant incité à porter plainte contre X. #DirectAN pic.twitter.com/nfKHYP5bxq
— LCP (@LCP) April 1, 2026
"Je protège ma famille, je vis avec des agents de sécurité [...] vous mettez ma famille en danger", a poursuivi Nagui Fam, visiblement ému. Dans une charge particulièrement virulente, l'animateur a lancé : "Je ne sais pas à quoi vous vous attendiez [...] en me jetant en pâture comme ça, sans aucune preuve, à part votre intuition." Un préambule qui a saisi la commission à froid, obligeant son président, Jérémie Patrier-Leitus, à réagir. "Votre règlement de comptes n'intéresse pas les Français", a-t-il coupé. "On ne va pas jouer à qui est le plus menacé."
Nagui sur son salaire : "Vous mélangez tout et vous ne voulez pas comprendre !"
Mais la tension est restée palpable tout au long des échanges, les questions financières ayant rapidement été au centre des débats. Charles Alloncle a affirmé que "le salaire de Nagui [pour N'oubliez pas les paroles - NDLR] était de 2 500 euros par jeu de 30 minutes, soit 1,5 million d'euros par an pour cette seule émission". Un salaire qui aurait selon lui bénéficié "d'une rallonge de 378 000 euros de plus cette année, soit plus que le salaire de Delphine Ernotte". De quoi encore faire sortir Nagui des ses gonds : "Ce qui est une ligne d'animateur dans le budget est une ligne de valorisation. C'est la valorisation de mon travail et pas de l'argent que je touche."
L'animateur s'est montré particulièrement agacé par ce qu'il a perçu comme de la mauvaise foi. "J'ai entendu que je gagnais ma vie comme un footballeur. Je vais renégocier mon contrat, parce que je dois apparemment jouer en Ligue 2", s'est-il emporté. "Vous mélangez tout et vous ne voulez pas comprendre", a-t-il aussi rétorqué, avant d'ajouter avec exaspération que ces sommes allaient "dans la production globale de l'émission" et non dans sa poche personnelle.
Dans un long débat sur le fond, Nagui s'est défendu d'aspirer l'argent public, assurant que les prime de N'oubliez pas les paroles étaient "les moins chers du service public, parce qu'ils sont issus d'une émission quotidienne". "J'emploie des centaines de personnes qui fournissent un travail exemplaire et qui, à moindre coût, rapportent de l'audience, donc de l'argent au service public. Mes jeux permettent au service public de gagner de l'argent, on pourrait même conclure que je rapporte de l'argent aux contribuables", s'est-il aussi vanté.
Sur les conditions de travail des intermittents d'ailleurs, la discussion n'a pas été plus cordiale. Charles Alloncle a cité le témoignage d'un danseur de l'émission, évoquant "le pire taf que vous pouvez faire en tant que danseur". Le député a d'ailleurs cité une intervention de Patrick Sébastien la veille, qui avait déclaré que Nagui enregistrait jusqu'à "14 émissions par jour en payant 100 euros certains de ces danseurs". Et de questionner : "Est-ce exact et est-ce que le droit social n'est pas bafoué ?"
Colère, moqueries et ironie pour Nagui face aux députés
"Nous respectons les conventions collectives et les 'ambianceurs', comme nous les appelons, sont payés au cachet et ce sont les minima sociaux de leur statut et la somme de 100 euros n'est pas la bonne, elle est de 50% de plus", a répondu Nagui avec toujours autant de véhémence. La star a expliqué les raisons de cette cadence, retournant la responsabilité sur le législateur : "Au début on faisait 6 ou 7 émissions par jour, puis on a augmenté progressivement jusqu'à en faire 14 par jour. Tout cela, car on a eu des baisses de budget. Depuis la 1re émission, en 10 ans, la somme payée pour une minute d'émission a baissé de 33%."
"Avez-vous étudié quelle est la baisse entre la première minute de N'oubliez pas les paroles et la minute actuelle de N'oubliez pas les paroles ? Avez-vous une idée de la différence de prix, de production ?", a alors interrogé l'animateur, avant de s'interrompre, sourire en coin. "Je n'ai pas le droit de vous poser des questions, c'est ça ?" Puis, se tournant vers le président de la commission : "Monsieur le président, vous voulez jouer ? [...] Ce n'est pas un jeu, je le sais. Pardon, c'est plus fort que moi. Excusez-moi, je voulais juste détendre l'atmosphère."
La politique n'était jamais très loin de ces escarmouches. Caroline Parmentier, députée RN, a notamment interpellé Nagui sur ses "positions anti-Rassemblement national", lui demandant si c'était son "rôle en tant qu'animateur" de se "servir du service public pour affirmer [ses] positions politiques". L'animateur a défendu son droit à l'expression : "Je pense avoir le droit de m'exprimer [...] sans pour autant me servir des antennes du service public. Je n'ai jamais, à l'antenne, dit pour qui voter."
"J'ai beaucoup de respect pour tous les millions de Français, quel que soit leur bulletin de vote", déclare Nagui en réponse à Philippe Ballard (RN). "Mais entre les phrases, les problèmes judiciaires, les détournements de fonds, [...] l'argent européen qui est utilisé..." pic.twitter.com/CmqLlI2l3L
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Nagui a aussi assuré avoir du "respect pour tous les Français, quel que soit leur bulletin de vote", sans manquer de rappeler avec ironie les casseroles du Rassemblement national, listant "les phrases, les problèmes judiciaires, les détournements de fond - puisqu'apparemment c'est un sujet qui vous préoccupe aussi -, les média training, l'argent européen".
Expliquant aussi ne pas comprendre le "sentiment ou ressentiment" de Charles Alloncle à son égard, il s'est encore amusé : "Certaines mauvaises langues me disent que vous n'aimez pas les végétariens, d'autres me disent que ce sont mes origines égyptiennes..." Et le natif d'Alexandrie de rappeler qu'il a été "un enfant accueilli par un pays à l'âge de quatre ans", et être toujours "reconnaissant de l'accueil de ce pays".
Multipliant les moqueries contre Charles Alloncle sur son (piètre) travail de rapporteur et d'enquêteur, Nagui a aussi fait quelques victimes collatérales. Comme Patrick Sébastien. "Les audiences de Patrick Sébastien étaient globalement peut-être bonnes", a-t-il admis, "mais sur la cible des moins de 50 ans, nous faisions 3 à 4 fois plus". Une petite phrase qui ne devrait pas apaiser leurs relations.