Grégory Doucet : "Je veux faire de Lyon la ville des enfants"

Grégory Doucet : "Je veux faire de Lyon la ville des enfants" INTERVIEW - Piétonnisation, sécurisation des écoles, place de la voiture, caméras de surveillance... Grégory Doucet, favori des sondages pour les élections municipales à Lyon, nous en dit plus sur son programme. Et annonce qu'il est prêt à rassembler la gauche au second tour.

Les Lyonnais vont-ils confier les clés de l'Hôtel de ville à un quadragénaire, novice en politique et inconnu du grand public en mars prochain ? Le scénario commence à se dessiner : si l'on en croit le dernier sondage BVA, qui place Grégory Doucet en tête du second tour des municipales à Lyon, EELV apparaît bien en mesure de remporter le scrutin dans la 3e ville de France. Linternaute.com a rencontré cet ancien travailleur humanitaire, investi par les Verts, qui pourrait être l'une des surprises du scrutin.

Grégory Doucet, vous êtes le prochain maire de Lyon ?

Oui, j'espère. Je fais tout pour. Cela fait deux ans que nous travaillons sur ce projet. Après les séquences électorales des présidentielles et des législatives, alors que nous avions besoin d'écologie, il n'y avait plus d'écologistes nulle part. Ça nous a bien sûr affectés mais ça nous a donné envie de mobiliser les militants, ici, à Lyon. On s'y est pris très tôt pour préparer ces municipales et nous avons bien prévenu que ce n'était pas du tout pour faire de la figuration. Notre projet est de gouverner la ville, et c'est possible bien sûr.

"Notre projet est de gouverner la ville, et c'est possible bien sûr."

Lyon est une ville historiquement gouvernée par des maires de centre gauche, de centre droit. Vous pensez vraiment que les Lyonnais peuvent élire un maire écolo, résolument tourné vers la gauche ?

A vrai dire, Lyon est une ville raisonnable. Les Lyonnais ne sont pas des gens qui partent dans les extrêmes. Ce sont des gens à la fois attachés à un patrimoine et à une culture. Mais c'est une ville qui tire beaucoup vers une modernité raisonnée et pragmatique. C'est pour ça que les mouvements pour le climat sont très forts ici. Le dynamisme du secteur associatif qui est mobilisé sur les questions environnementales sociales, c'est incroyable ! Je vais vous dire, quand les responsables politiques à Lyon s'endorment – c'est ce qu'il c'est passé sous le dernier mandat de Gérard Collomb - ça grogne, les gens ont envie de se réveiller.

Quelles seront vos priorités si vous êtes élu maire de Lyon ?

Je suis très attaché à faire de Lyon la ville des enfants. Une partie des mesures qu'on prendra tout de suite seront destinées à enclencher un mouvement de réaménagement progressif de la ville. Nous voulons des déplacements sûrs pour les enfants. Un exemple : on va très vite, dès l'été, faire des travaux pour sécuriser les abords des écoles et les végétaliser pour protéger les enfants de la chaleur. On va fermer des rues à l'abord de certains établissements : certaines ne seront plus des rues de circulation. On va faire ça au cas par cas. On doit concevoir une ville où ce sont les adultes qui font attention. Et pour cela, il faut regarder la ville à hauteur d'enfant.

"Mon projet n'est pas d'interdire la circulation automobile. On va par contre redéfinir les priorités."

Autre priorité, la lutte contre la pollution. Dans cette ville, on a déjà eu deux pics de pollution au mois de janvier en France. On sait qu'ils s'accroissent, il faut tout de suite prendre des mesures. On va par exemple faciliter les déplacements en transports en commun, s'assurer que l'on puisse avoir des bus plus fréquents et plus confortables. On aura des bus qui vous emmènent plus rapidement, là où vous voulez aller, que votre voiture.

Qu'est-ce que vous répondez aux automobilistes qui craignent de ne pas pouvoir circuler aussi librement ?

Mon projet n'est pas d'interdire la circulation automobile. On va par contre redéfinir les priorités. La priorité c'est d'abord la marche. On veut réhabiliter la marche : aujourd'hui vous avez 30% des déplacements dans la ville qui font moins de 3 km faits en voiture… Commençons par redonner de l'espace aux piétons, un espace sécurisé, un espace végétalisé avec des bancs avec des fontaines pour l'été, avec des toilettes publiques de manière à ce que se déplacer en marchant dans la ville soit simplement agréable. On a la chance d'avoir une ville magnifique, on a un patrimoine incroyable et ce n'est pas en voiture qu'on en profite. Réhabiliter la marche c'est redonner sa place à la beauté de la ville. On va aussi étendre les voies cyclables. On a un réseau qui n'est pas du tout continu… Nous, on va faire une vie 100% cyclable.

C'est-à-dire ?

On va déjà faire de Lyon une "ville 30" : sur les grands axes vous pourrez continuer à rouler à 50 km/h, mais sur toutes les rues adjacentes, ça sera 30 km/h maximum, ce qui vous permet d'installer un double sens cyclable. Et donc vous pourrez aller partout en vélo. Dans les rues étroites, il faudra peut-être enlever un peu de stationnement d'ailleurs.

Comment voyez-vous le virage écolo de Gérard Collomb et de LREM dans ces élections ? Le programme du maire (candidat pour les élections métropolitaines) intègre de nombreuses propositions en faveur de l'environnement...

"Gérard Collomb et ses candidats n'ont pas de vision d'avenir."

Il ne faut pas oublier que Gérard Collomb est un homme politique extrêmement habile et qui sait écouter. Enfin, il a su écouter... Et c'est vrai, il sait percevoir les mouvements dans la société. Il voit que la demande d'écologie est forte, c'est même devenu un sujet principal. Et Gérard Collomb est un expert en marketing politique. Quand on fait du marketing politique, on regarde ce que les gens souhaitent et on fait l'offre qui correspond, voilà tout. Mais Gérard Collomb et ses candidats n'ont pas de vision d'avenir. Faire de la politique, pour moi, c'est proposer. On est là pour convaincre, mais aussi pour donner une direction globale. Aujourd'hui nous voulons un projet qui préserve l'humanité et préserve la planète et offre une meilleure qualité de vie pour tous.

A Villeurbanne, où les écolos ont aussi bon espoir de gagner, il y a cette volonté de faire du thème de la sécurité une priorité. C'est plutôt étonnant pour EELV, non ?

A Lyon également on prévoit plusieurs mesures sur les questions de sécurité. En fait, les écologistes ont toujours parlé de sécurité, mais on était un peu inaudibles.

Quelles seront vos premières mesures concrètes en la matière ?

"On fera aussi un audit de la vidéosurveillance à Lyon. On va évaluer l'efficience."

On a d'abord besoin de s'assurer que la police municipale est là au bon endroit, il faut allouer les ressources là où il faut. Cela veut dire ouvrir des antennes dans certains quartiers par exemple, ça veut dire s'assurer que la police municipale dispose de moyens appropriés aussi face aux aménagements actuels mais aussi à venir de la ville. Il faut plus de policiers à vélo et il faut envisager aussi d'étendre la brigade équestre, parce que ce sont des modes de déplacement qui permettent de patrouiller doucement, d'intervenir rapidement aussi sur des cas d'incivilité ou de petite délinquance. Il faut penser aussi à mettre en place des médiateurs de rue, des personnes qui puissent intervenir en amont dans une logique de prévention. On fera aussi un audit de la vidéosurveillance à Lyon. On va évaluer l'efficience : est-ce que les caméras servent à faire de la prévention ? Est ce qu'elles arrivent véritablement à élucider des affaires ?

Vos adversaires politiques ciblent votre naïveté et votre manque de pragmatisme sur la sécurité, mais aussi l'économie…

Mais c'est ça le vrai pragmatisme : il faut objectiver et évaluer. Se présenter, comme Etienne Blanc ou Gérard Collomb, comme pragmatique et commencer par balancer des annonces sur le ton de l'évidence, ce n'est pas sérieux. Nous, nous comptons consulter pour présenter des mesures en adéquation avec les attentes. Ce sera le cas pour la sécurité, pour la culture, sur la question des rythmes scolaire. Nous allons consulter et associer des experts, associer la population sur certains sujets. On prévoit par exemple de faire des états généraux de la culture.

Vous excluez toute alliance avec des macronistes, comme David Kilmelfed, même si cela vous permet d'être aux manettes à la municipalité ?

Nos alliances, naturellement, vont vers la gauche. C'est vers la gauche qu'on trouve le plus de proximité avec les mesures qu'on présente. David Kimelfeld est à La République en marche. Il a sa carte à La République en marche. Il a dans son équipe des députés qui ont voté toutes les lois que le gouvernement a présentées depuis deux ans. Ils ont voté le plastique à usage unique en 2040, ils ont voté la loi asile et immigration, ils ont voté toutes ces lois qui pour moi sont de mauvaises lois… Je vais récupérer les clés et puis ensuite en distribuer certaines à des gens avec qui je ne suis pas d'accord ? Ce n'est pas sérieux. Je vais vous dire très honnêtement : pour moi c'est le programme et le projet qui comptent.

Vous vous sentez capable, au soir du premier tour, de rassembler la gauche ?

"Le projet Part-Dieu, il va falloir le revoir aussi. Il a été pensé comme étant un aspirateur à voitures."

La réponse est oui. Mais la question mérite d'être posée aux autres formations politiques. Si on a des désaccords profonds sur certains contenus, il faudra être capable de les discuter. Si on arrive à être d'accord sur le projet, on pourra travailler ensemble, mais on aura bien évidemment certaines exigences. Par exemple, l'anneau des sciences, ce n'est pas négociable. Le projet Part-Dieu, il va falloir le revoir aussi. Il a été pensé comme étant un aspirateur à voitures, ce n'est pas possible, on est en train de refaire la ville du XXe siècle…

Un succès des écologistes aux municipales, à l'échelle nationale, ça peut changer la donne pour 2022 ? EELV peut prendre le leadership à gauche ?

Oui, ça changera la donne. Parce que ça va obliger tout le monde à reprogrammer son logiciel politique. Ça nous amènera je l'espère à repenser aussi nos institutions. On a des changements qui ont du mal à s'opérer dans ce pays parce qu'on a des institutions un peu sclérosées. Quant au rassemblement de la gauche, attention. La lecture gauche-droite, elle me semble dépassée, elle était opérante au XXe siècle, le siècle des combats sociaux. Lisez Bruno Latour, le clivage n'est plus entre la gauche et la droite, le clivage est entre d'un côté les tenants d'un "projet terrestre" et les autres, qui s'affranchissent, en fait, de l'humanité, compte tenu de leur inaction et de l'urgence écologique. Vous savez, nous voulons faire émerger un regard différent sur le monde, une autre conception de la relation de l'être humain au vivant, à sa planète, à son environnement, mais aussi de l'être humain à lui-même. C'est ça dont il est question pour l'avenir, à commencer pour Lyon.

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