Emmanuel Macron : son résultat à la présidentielle, est-il un président "mal" élu ?

"Emmanuel Macron : son résultat à la présidentielle, est-il un président "mal" élu ?"

Emmanuel Macron : son résultat à la présidentielle, est-il un président "mal" élu ? MACRON. Reconduit à l'Elysée pour un second mandat, Emmanuel Macron serait le président "le plus mal élu" selon Jean-Luc Mélenchon malgré un score de 58,5%. Le président réélu doit donc remporter les législatives pour acter définitivement sa victoire au sommet de l'Etat.

Les résultats du 2eme tour de la présidentielle près de chez vous

58,54% des voix. Grâce a ce score, Emmanuel Macron rempile pour un second mandat de président de la République. La victoire du président sortant est toutefois marquée par la montée de l'extrême droite avec qui l'écart s'est réduit par rapport à 2017. Pour le leader de la République en Marche, la réélection a un arrière goût amer car il sait la devoir en partie au vote de "barrage" contre Marine Le Pen. Cet argument, en plus de l'importante part d'abstention évaluée à 28,01%, nourrit le discours de Jean-Luc Mélenchon qui a accusé Emmanuel Macron seulement quelques minutes après sa victoire à l'élection présidentielle d'être "le plus mal élu des présidents de la Ve République". Après analyse la déclaration de l'Insoumis apparaît fausse mais à certains égards les scores enregistrés par le candidat vainqueur frôlent des niveaux records peu flatteurs. Ce sont notamment le taux d'abstention et le nombre de voix sur l'ensemble des électeurs inscrits qui pèchent. Sur toutes les personnes enregistrées sur les listes électorales seules 38,52% ont plébiscité le vote Macron quand 34,20% ne se sont pas rendues aux urnes ou ont glissé des bulletins blancs ou nuls. Depuis le début de la Vème République, un seul président a fait moins bien : Georges Pompidou en 1969. Mais en moyenne sur le même critère, les précédents présidents ont recueilli entre 39 et 44% des suffrages, la différence est donc minime avec Emmanuel Macron, seul Jacques Chirac a convaincu 62% des électeurs en 2002 face à Jean-Marie Le Pen. Pour le reste que ce soit en pourcentage des voix, où Emmanuel Macron enregistre le troisième meilleur score derrière Jacques Chirac en 2022 (82,61%) et sa première candidature en 2017 (66,10%), ou en nombre de suffrages exprimés le président réélu apparaît en tête des scores des candidats à la présidentielle.

Si l'argument de l'Insoumis ne semble pas porter de coup significatif au président réélu, le match entre les deux hommes va se jouer à l'approche des élections législatives. La Macronie, la gauche radicale et l'extrême droite misent beaucoup sur les scrutins de juin car chacun veut obtenir la majorité à l'Assemblée nationale pour influencer la politique lors des cinq prochaines années. Il s'agit comme la tradition le veut du "troisième tour" de l'élection présidentielle et d'un des premiers temps forts du quinquennat d'Emmanuel Macron. Le président sortant entend s'investir dans cette nouvelle bataille politique mais la première étape est de nommer un nouveau Premier ministre, une annonce est attendue entre le 2 et le 13 mai, soit suffisamment tôt pour lancer la campagne dans laquelle Matignon à un rôle à jouer. Si les hypothèses émises sur l'identité sur futur Premier ministre sont nombreuses aucune n'a été infirmée ou confirmée par l'Elysée et le président se mure dans le silence pour garder l'effet de surprise.

Quels sont les résultats d'Emmanuel Macron à la présidentielle ?

Le président-candidat est arrivé en tête des deux tours de l'élection présidentielle semblant dominer le jeu politique du début à la fin. Sa victoire au soir du second tour le dimanche 24 avril avec 58,54% des voix n'est donc pas une surprise mais elle est entachée par l'écart avec Marine Le Pen considérablement réduit par rapport à 2017. La candidate s'en sort avec 41,46% des voix contre 33,90% cinq ans auparavant. L'autre chiffre important de ce scrutin concerne le taux d'abstention jaugé à 28,01%, à part en 1969 jamais autant d'électeurs n'ont boudé les urnes à un scrutin présidentiel. Bien que déjà connus, les résultats définitifs de l'élection présidentielle doivent être proclamés par le Conseil constitutionnel le 27 avril.

 

Nouveau gouvernement, nouveau Premier ministre, qui Emmanuel Macron va-t-il choisir ?

La liesse de la victoire passée, Emmanuel Macron doit se recentrer sur les premiers enjeux de son mandat notamment la nomination de son Premier ministre. "Si Emmanuel Macron est réélu, je présenterai ma démission dans les jours suivants", a annoncé Jean Castex, l'actuel locataire de Matignon le 19 avril sur France Inter mais le président réélu a semble-t-il demandé au chef de gouvernement de jouer les prolongations et de repousser son départ à la semaine du 2 mai pour assurer la "transition" avec son successeur. Le futur Premier ministre doit représenter et donner un "nouvel élan" à la politique et ce avant le 13 mai, date la plus tardive envisagée pour l'investiture d'Emmanuel Macron.

Plusieurs patronymes ont circulé pour tenter de deviner l'identité de la prochaine personnalité nommée à Matignon, parmi les hypothèses les plus plausibles les noms de Julien Denormandie (ministre de l'Agriculture), d'Elisabeth Borne (ministre du Travail) et de Christine Lagarde (présidente de la Banque centrale européenne) reviennent. Aucune confirmation ne permet d'arrêter un scénario. On sait simplement que le président "a le souhait d'une nomination féminine à Matignon" sans que cela soit le critère déterminant comme l'a expliqué le secrétaire d'Etat aux affaires européennes Clément Beaune le 25 avril sur BFMTV. Pour faire le bon choix, Emmanuel Macron multiplie les consultations notamment auprès d'anciens présidents de la République puisque selon la chaîne d'information en continu entre le 24 et le 25 avril, le chef de l'Etat s'est entretenu avec François Hollande et Nicolas Sarkozy. S'il est avide de conseils, il a tenu à préciser que c'est seul qu'il choisira son Premier ministre.

En plus de travailler sur le casting pour la fonction de Premier ministre, Emmanuel Macron planche sur la composition du gouvernement . Selon Franceinfo, c'est un gouvernement très resserré qu'envisage le chef de l'Etat avec entre 10 et 15 ministres contre 42 pour son premier mandat. Réduite, la composition du gouvernement devrait être annoncée dans la foulée de l'annonce du nom du Premier ministre. En ce qui concerne les secrétaires d'Etat, plus nombreux, il faudrait attendre la fin des élections législatives pour les connaître. Toujours selon Franceinfo, en plus de faire le ménage parmi les ministères de nombreux ministres en poste ne seraient pas reconduits, seuls "quatre ou cinq" d'entre eux pourraient rester en place à leur ministère ou sur un autre poste gouvernemental. Bruno Le Maire à l'Economie et Gérald Darmanin semble en bonne position pour conserver leur poste tandis que Gabriel Attal pourrait être promu à la tête d'un ministère.

Emmanuel Macron se met en ordre de marche pour les législatives

Malgré sa réélection à la tête de l'Etat, Emmanuel Macron doit encore jouer les élections législatives connues pour être le "troisième tour" du scrutin présidentiel. Le président vise une nouvelle fois une victoire pour s'assurer la présence d'une majorité présidentielle à l'Assemblée nationale, un détail qui faciliterait grandement la mise en oeuvre de son projet et de ses réformes. Or ce n'est pas une mince affaire et en Macronie on redoute une victoire de la gauche, plus particulièrement de la France Insoumise. "Si Mélenchon réussit son coup d'unir la gauche autour de lui, il devient notre opposant numéro un", s'est inquiété un ministre dans les colonnes du Figaro le 25 avril. En plus d'être une difficulté politique, le scénario présente aussi le risque d'une non-représentation du scrutin d'avril selon un proche du chef de l'Etat : "On risque d'avoir un gros problème : une opposition principale d'extrême gauche, alors que l'extrême droite a atteint plus de 40% des voix à la présidentielle".

Emmanuel Macron prépare donc la contre-attaque en toute discrétion et compte s'investir personnellement dans la campagne. Franceinfo avance que le président réélu validera lui-même les candidats étiquetés La République en Marche et étudiera ensuite les possibles alliances à nouer avec les formations politiques de la majorité comme le parti philippiste Horizons ou avec certains Républicains selon la volonté de Nicolas Sarkozy.

Pour l'heure différents sons de cloche se font entendre. Le sondage Harris Interactive réalisé après la victoire d'Emmanuel Macron le 24 avril évalue deux scénarios - un avec des candidatures individuelles pour chaque parti et un autre avec des rassemblements de la droite et du centre avec la République en Marche, de la gauche et de l'extrême droite - et elle mise dans les deux cas sur une majorité présidentielle absolue. Pourtant dans les enquêtes d'opinion, comme l'étude d'OpinionWay pour CNews et Europe 1, 63% des électeurs souhaite qu'Emmanuel Macron "ne dispose pas d'une majorité et soit contraint à une cohabitation". Un chiffre ramené à 56% dans l'enquête Ispos Sopra Steria pour France TV.

Quand aura lieu l'investiture d'Emmanuel Macron ?

La cérémonie d'investiture aura bien lieu pour marquer le début officiel du deuxième mandat d'Emmanuel Macron, seulement elle sera "réduite au minimum" du fait qu'il s'agit uniquement d'une reconduction du président dans ses fonctions a expliqué Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel. Une cérémonie officielle aura tout de même lieu dans la salle des fêtes du Palais selon Le Monde entre le 27 avril, date de proclamation des résultats définitifs, et le 13 avril. Un discours de Laurent Fabius, suivi d'une prise de parole d'Emmanuel Macron sont prévus. Suivront ensuite les premiers déplacements officiels du président réélu. A coup sûr, la nomination du Premier ministre fera plus de bruit que l'investiture d'Emmanuel Macron.

Discours d'Emmanuel Macron le 24  avril, la promesse d'une "nouvelle ère"

C'est sur le Champ de Mars qu'Emmanuel Macron a prononcé son discours de victoire le dimanche 24 avril. Il a remercié les Français de lui "faire confiance pour présider notre République durant les cinq années à venir" a eu un mot pour chaque électeur notamment ceux de Marine Le Pen et pour les abstentionnistes à qui il a promis d'être le "président de toutes et tous". Une promesse qui ne sera pas simple à tenir mais qui est, à en croire le chef de l'Etat et ses soutiens, au cœur du projet d'Emmanuel Macron. "On doit, dans les semaines qui viennent, répondre à ces Français, les convaincre. [...] Il y a des fractures auxquelles on doit répondre", a affirmé Elisabeth Borne au lendemain du sacre du président sortant sur RTL. "Ce vote m'oblige" a reconnu le vainqueur lors de son discours et il promet un changement de méthode, une "refonte collective" plutôt que la continuité pour ce nouveau quinquennat même si cela signifie que "les années à venir ne seront pas faciles. [...] Nous aurons à les écrire pour les futures générations, pour nos enfants."

Quel est le programme d'Emmanuel Macron pour cette présidentielle ?

Emmanuel Macron, dans cette campagne d'entre-deux tours, a indiqué qu'il souhaitait "compléter" et "enrichir" son programme, notamment sur l'écologie qu'il a très visiblement priorisée, en particulier avec le concept de "planification écologique" cher à Jean-Luc Mélenchon et à ses électeurs. Le président sortant s'est dit prêt à ne pas repousser l'âge de départ à la retraite à 65 ans. Il a aussi indiqué qu'il n'était "pas opposé" à l'instauration d'une proportionnelle "intégrale" pour les élections législatives.

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