Les "boomers" mieux lotis que les jeunes ? Pourquoi François Bayrou n'a pas vraiment tort

Les "boomers" mieux lotis que les jeunes ? Pourquoi François Bayrou n'a pas vraiment tort Les "boomers" bénéficient-ils vraiment de plus de "confort" que les jeunes, comme l'estime le Premier ministre ? Entre accès à la propriété, emploi, salaire, retraite et dynamique économique... Une tendance claire se dégage.

Lors de son passage au journal télévisé de 20 heures de TF1, mercredi 27 août, François Bayrou ne s'est pas fait que des amis. Notamment au sein d'une frange de la population française qui cristallise les attentions et surtout les critiques depuis un certain temps : les "boomers". Le Premier ministre a dénoncé le "confort des boomers (...) qui considèrent que tout va très bien" concernant le déficit budgétaire du pays. Selon lui, "les premières victimes, ce seront les plus jeunes des Français qui devront payer la dette pendant toute leur vie".

Dès le lendemain, le locataire de Matignon a pris la parole pour tenter d'éteindre l'incendie, rappelant qu'il faisait lui-même partie des "boomers", cette génération "qui devrait être en première ligne pour protéger les plus jeunes", a-t-il lancé lors de la 7e édition de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF). Il est "immoral" que "ceux qui ont profité de l'aisance de l'après-guerre, qui ont travaillé beaucoup, mais qui ont profité de cet élan-là", ne pensent pas "à la génération suivante". "On ne peut pas redresser le pays si une partie importante ne décide pas d'y participer", a-t-il conclu.

Alors, les "boomers" ont-ils vraiment vécu dans le "confort" et sont-ils vraiment mieux lotis que les plus jeunes, comme l'a affirmé François Bayrou ? Tout d'abord, il convient de définir un terme qui apparaît désormais comme relativement péjoratif dans la bouche de certains. Qu'est-ce qu'un "boomer" ? Il est plus juste de parler de "baby-boomers", pour définir une génération née entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1965, environ.

"On a vécu les belles années, on a toujours eu du boulot"

Aujourd'hui âgée de 62 à 80 ans, cette génération fait la part belle aux retraités, ou à ceux qui touchent du bout du doigt le passage à la retraite. 65 % d'entre eux sont "à la retraite ou préretraités", indique Le Parisien. Le quotidien francilien rappelle que 10 à 15 % des "boomers" vivent sous le seuil de pauvreté. Chez les personnes nées après 1991, ce taux grimpe à 22,7 %, d'après les données Filosofi de l'Insee. Avec un niveau de vie médian de 24 340 euros en 2021 - plus que la moyenne nationale et que toute autre tranche d'âge - les boomers font donc partie des plus favorisés.

Cette catégorie a également pu bénéficier d'un marché immobilier plus favorable, lui permettant d'accéder à la propriété avec davantage de latitude. "On a vécu les belles années, on a eu de la chance c'est vrai. On a toujours eu du boulot, on a fait en sorte de s'acheter des logements. Moi je ne suis pas contre remettre la main à la patte, pas du tout", explique Dominique, interrogée par France Info sur un marché de Vanves, en région parisienne.

En effet, selon les données de l'Insee transmises à France Info, "dans les années 1970, un tiers des jeunes ménages les plus pauvres étaient propriétaires. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 16 %, moitié moins", apprend-on. Ici, avantage pour les "boomers". Aussi, plus de 60 % des "boomers" habitent dans un logement de 60 à 100 m2. Toutefois, selon le sociologue et spécialiste des questions liées au vieillissement, Serge Guérin, "la vie des jeunes des années 50-60 n'avait rien à voir en termes de confort avec celle d'aujourd'hui", assure-t-il au micro de France Info. 

Salaire et retraite : avantage "boomers"

Question salaire, et retraite, force est de constater que les "boomers" s'en tirent mieux, encore une fois. "Si on regarde le revenu médian, la situation des boomers est meilleure que celle de leurs parents mais moins favorable que celle de leurs enfants", indique France Info. Ce revenu médian a été multiplié par deux pour ceux qui travaillaient dans les années 1970, "alors qu'il stagne autour de 2 000 euros nets par mois depuis une quinzaine d'années".

Côté retraite, un rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) assure que les Français nés entre 1940 et 1970 touchent en moyenne 75 % de leur salaire net, alors que les Français nés dans les années 2000 toucheront moins : seulement 65 % de leur salaire. Ici encore, avantage "boomers". Des chiffres et des affirmations atténuées par Serge Guérin, toujours au micro de France Info, ce vendredi 29 août : "Certains boomers ont démarré sans être payés de manière officielle, notamment des femmes et qui ont des retraites parfois extrêmement faibles", tient-il à mettre en avant.

La Cour des comptes, elle, souligne que "le niveau de vie moyen des retraités a fortement augmenté depuis 1970 et est, depuis près de trente ans, légèrement supérieur à celui de l'ensemble de la population", des propos relayés dans Le Figaro. Toujours au sujet des retraites, l'abattement pour frais de 10 % dont bénéficient les retraités peut apparaître comme un sujet. Pourtant, un consensus tend à émerger. "Evidemment les plus âgés sont contre la suppression de ces 10 %, mais la majorité des jeunes sont contre aussi. Ils se disent qu'un jour ils seront peut-être à la retraite, et ils voient leurs parents ou grands-parents qui ne sont pas forcément riches", abonde Serge Guérin. Aujourd'hui, "il est tout à fait normal que les retraités participent aussi à l'effort de solidarité", concède-t-il.