Le piéton est toujours sur le passage piéton, mais le conducteur redémarre déjà – s'agit-il d'une infraction ou non ?
La scène est fréquente. Vous traversez tranquillement sur un passage piéton. La voiture s'est arrêtée, vous avancez, et alors qu'il ne vous reste qu'un ou deux pas avant le trottoir, le moteur redémarre. Le véhicule passe derrière vous, parfois très près, comme pour signifier que la traversée est terminée. Sur le moment, on hésite : est-ce normal ou est-ce qu'on vient de vous griller la priorité ? Le Code de la route est moins flou qu'on ne le pense. Il ne dit pas que l'automobiliste doit simplement éviter de renverser le piéton. Il dit qu'il doit céder le passage. Cette nuance est essentielle. Céder le passage, ce n'est pas repartir dès que "ça passe", mais laisser le piéton traverser sans contrainte, sans pression, sans lui donner le sentiment d'être pressé dehors.
Concrètement, tant que le piéton est engagé sur le passage piéton, il reste prioritaire. Même s'il a presque fini. Même s'il est déjà sur la dernière bande blanche. Même s'il ne reste qu'un pas à faire. Le texte ne fixe pas une ligne invisible à partir de laquelle la priorité disparaîtrait soudainement. Il s'appuie sur une notion de sécurité et de confort de traversée.
Habituellement, beaucoup de conducteurs redémarrent dès que le piéton a dégagé leur trajectoire directe. C'est fréquent, mais ce n'est pas toujours conforme à l'esprit de la règle. Si ce redémarrage oblige le piéton à accélérer, à hésiter, à se sentir observé ou bousculé, on peut parler de refus de priorité. Et ce refus n'est pas anodin : il est passible d'une amende de 135 euros et d'un retrait de six points sur le permis. Beaucoup d'auto-écoles résument d'ailleurs la règle de bon sens ainsi : on ne repart pas tant que le piéton est encore "dans votre zone de passage", et on garde une marge de sécurité, surtout avec un enfant, une personne âgée, quelqu'un chargé ou un peu hésitant.
À l'inverse, si le piéton a clairement terminé sa traversée, pied sur le trottoir, ou se trouve déjà hors de la zone de circulation du véhicule, l'automobiliste peut repartir sans être en infraction. Tout est affaire de distance, de timing et surtout de comportement. La loi protège le piéton, mais elle s'appuie aussi sur le bon sens. Au fond, la règle est claire même si elle est mal appliquée : tant que le piéton n'a pas fini sa traversée dans de bonnes conditions, le conducteur doit attendre. Quelques secondes de patience ne coûtent rien, mais elles changent tout pour celui ou celle qui est à pied. Parce qu'un passage piéton n'est pas un compte à rebours, mais un espace de protection.