Les chercheurs n'en croient pas leurs yeux : les dégâts causés par les sangliers en Europe sont plus graves que prévu

Les chercheurs n'en croient pas leurs yeux : les dégâts causés par les sangliers en Europe sont plus graves que prévu Les populations de sangliers prospèrent en Europe, mais ils causent de lourds dégâts sur leur passage. Les spécialistes cherchent des solutions.

Ils seraient au nombre d'un million et demi à deux millions en France. Les sangliers sont connus pour être capables de retourner la terre en quantité. "Des dégâts agricoles totalisent 35 millions d'euros par an. Les cultures les plus touchées sont les champs de maïs ou de céréales. Les sangliers posent aussi problème aux éleveurs car ils retournent la terre des prairies où pâturent les bovins. Sans oublier les jardins saccagés en milieu périurbain... Il faut ajouter à cela près de 30 000 collisions routières", explique Raphaël Mathevet, écologue et géographe au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive auprès du journal du CNRS

Ce mammifère se multiplie, bénéficiant des hivers plus doux, qui entrainent moins de mortalité naturelle. Ils ont aussi vu la population de leurs prédateurs se réduire, mais aussi celles de leurs proies, les poussant à chercher de la nourriture ailleurs. L'expert nuance cependant en ajoutant que les dégâts sont notamment liés à l'omniprésence des infrastructures humaines sur le territoire des sangliers. "L'humain a créé les conditions de la surpopulation de sangliers", a-t-il ajouté.

Dans une étude, des chercheurs se sont penchés sur 976 hectares de forêt près de la ville de Hodonín, en République tchèque. Ils ont alors cartographié plus de 3899 zones où des animaux avaient remuer la terre pour trouver de la nourriture. Plus de trois à quatre centimètres de profondeur de sol avaient été bousculés. Ils ont constaté des dégâts encore plus graves qu'en France.

Les fouilles des sangliers ont des conséquences plus importantes qu'ils ne pensaient dans ces forêts : elles modifient la structure du sol, mais vont aussi accélérer les cycles des nutriments et faciliter l'arrivée d'espèces envahissantes. Dans de tels sites protégés et fragiles, cela peut aller jusqu'à un risque d'érosion hydrique et éolienne ainsi que des complications pour la régénération de certaines espèces. Sur les jeunes plants, les dégâts sont terribles : les sangliers les arrachent, les déracinent et vont parfois grignoter les racines. Ces dégâts surviennent souvent de la fin de l'hiver au printemps. 

"Les populations de sangliers en Europe centrale sont en constante augmentation, et les dégâts causés aux cultures et aux forêts, notamment aux jeunes plants d'arbres, s'accroissent également. Outre leur impact économique considérable, ces dégâts compromettent les perspectives de restauration des terres dénudées", précise l'étude.

Les chercheurs proposent une relocalisation ou une réduction de l'offre d'aliments artificiels dans les zones à forte valeur écologique, ainsi que l'installation temporaire de clôtures pour protéger la régénération. Ils pensent aussi qu'il faut surveiller les jeunes plants pendant leurs quatre premières semaines.