Sophie Binet : qui est la nouvelle patronne de la CGT ?

Sophie Binet : qui est la nouvelle patronne de la CGT ?

Sophie Binet a été élue nouvelle secrétaire générale de la CGT, vendredi 31 mars. Première femme à diriger le syndicat, elle succède à Philippe Martinez et se démarque par son profil de cadre. Qui est-elle ?

[Mis à jour le 31 mars à 20h14] Au terme d'un 53e congrès mouvementé, Sophie Binet a été élue secrétaire générale de la CGT, vendredi 31 mars, déjouant ainsi les pronostics pour devenir la première femme à diriger la centrale de Montreuil. Elle succède ainsi à Philippe Martinez, qui occupait le poste de secrétaire général depuis 2015. Une annonce qui a créé la surprise, deux autres candidates, Marie Buisson et Céline Verzeletti, étant jusque-là pressenties pour prendre la tête du syndicat. Mais c'est donc Sophie Binet qui a recueilli un large consensus auprès des membres du Comité confédéral national (CCN), composé de chefs de file ou de représentants des fédérations et unions locales de la CGT et chargé d'élire le nouveau secrétaire général de la CGT.

Âgée de 41 ans, Sophie Binet n'est pas une inconnue au sein de la CGT. Depuis 2018, elle dirigeait l'Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT (Ugict). Sophie Binet était également membre de la commission exécutive confédérale, la direction élargie de la CGT, au sein de laquelle elle était chargée des questions d'égalité, comme le rappelle franceinfo. En effet, elle était référente du collectif Femmes mixité, et est engagée sur les sujets de la protection du climat, de l'égalité homme-femme mais aussi de la lutte contre les violences faites aux femmes au travail.

Une ancienne conseillère principale d'éducation à la fibre sociale

Conseillère principale d'éducation de profession, Sophie Binet a travaillé dans un lycée professionnel au Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, mais aussi dans un établissement des quartiers nord de Marseille, selon France Inter. Un métier qui lui a "ouvert les yeux", et l'a "ouverte sur le monde", se rappelait-elle dans un entretien au site Regards en 2017. Sophie Binet est également membre du bureau de la Maison des lanceurs d'alerte, une association fondée en 2018 qui milite pour une meilleure protection des lanceurs d'alerte en France. 

Auparavant, elle a été membre du syndicat étudiant Unef et du Parti socialiste, rapporte France Inter. Dans un portrait d'elle réalisé par Les Inrockuptibles en 2016, il est indiqué qu'elle milite à gauche depuis ses 15 ans. En 2006, lorsqu'elle était encore étudiante en philosophie à l'université de Nantes, elle s'était fait connaître en devenant l'une des figures de la contestation du contrat première embauche (CPE), comme le rappelle France Inter. Le média rapporte par ailleurs qu'elle a lancé en 2016, avec la militante féministe Caroline De Haas, la pétition contre la loi travail intitulée "LoiTravailNonMerci", une pétition qui avait réuni plus d'un million de signatures. 

Sophie Binet élue au terme d'un congrès "difficile et compliqué"

En 128 ans d'existence, jamais la CGT n'a été menée par une voix féminine jusqu'à ce vendredi 31 mars et la nomination de Sophie Binet à la tête du syndicat. Le 53e congrès de la CGT devait à coup sûr nommer une femme pour succéder Philippe Martinez, mais c'étaient deux autres noms qui faisaient la course en tête : Marie Buisson, soutenue par l'ancien patron de la CGT Philippe Martinez, et Céline Verzeletti, issue d'une branche plus radicale du syndicat. Mais ni l'une, ni l'autre n'a eu grâce auprès de la majorité des membres du Comité confédéral national. La première est passée à côté du poste à deux voix près et la deuxième a souffert du rejet des soutiens de Marie Buisson et Philippe Martinez. C'est donc la troisième voie, celle représentée par la cadre Sophie Binet, qui l'a emporté.

S'exprimant pour la première fois en tant que nouvelle secrétaire générale de la CGT, lors d'un discours en clôture du 53e congrès du syndicat ce vendredi, Sophie Binet a félicité l'ensemble des participants de ce "congrès difficile et compliqué" qu'elle a même jugé "parfois violent". Elle a aussi eu quelques mots pour Marie Buisson, la candidate qui était soutenue par Philippe Martinez. "Je sais que Marie a vécu des choses dures, violentes même", a-t-elle déclaré, avant d'affirmer à l'adresse de Marie Buisson : "Tu peux être sûre que tu pourras compter sur l'organisation pour les mois et les années à venir." La candidate a également remercié son prédécesseur, déclarant : "Tu as réussi, et ce n'était pas une mince affaire, à amener pour la première fois une femme à la tête de la CGT, et je sais que cela te tenait à cœur." Des propos rapportés par BFMTV

Une cadre attendue au tournant par la CGT

Sophie Binet détonne dans la liste des secrétaires généraux de la CGT. La quadragénaire, issue d'une formation de cadre et à la tête de la branche Ugict-CGT, est éloignée du profil ouvrier qui accompagne traditionnellement le patron du syndicat. Cette image de CSP+ pourrait insuffler une énergie nouvelle à la CGT, et Sophie Binet est très attendue sur la ligne qu'elle va donner à la fédération.

La nouvelle secrétaire générale va devoir rassembler les différentes fédérations autour d'elle, mais la tâche ne sera pas aisée au regard des dissidences qui existent au sein de la CGT. "Il faut faire en sorte de retrouver des relations apaisées et pacifiées, cela ne va pas se faire du jour au lendemain, il y a des plaies qui sont importantes", a déclaré Sophie Binet à ce sujet, lors d'un discours en clôture du 53e congrès de la CGT, comme le rapporte BFMTV

Une position ferme sur la réforme des retraites

Pour son premier discours en tant que secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet a, d'emblée, annoncé la couleur en scandant avec ses camarades : "Emmanuel Macron, si tu continues, il va faire tout noir chez toi", comme l'indique BFMTV. Il s'agit d'un chant des militants de la fédération CGT Mines Energie. 

Alors qu'une réunion est prévue entre l'intersyndicale et Elisabeth Borne le mercredi 5 avril, à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites, Sophie Binet a confirmé que la CGT y sera bien présente. "Nous irons, toute l'intersyndicale unie, pour exiger le retrait de cette réforme de façon ferme, déterminée", a-t-elle assuré.

"Nous ne lâcherons rien, à commencer par notre exigence de retrait de cette réforme des retraites : il n'y aura pas de trêve, pas de médiation", a-t-elle poursuivi. Sophie Binet prend ainsi ses distances avec la proposition faite le 28 mars par le patron de la CFDT Laurent Berger, et approuvée par les représentants de l'intersyndicale, dont Philippe Martinez, de mettre en place une "médiation" entre l'exécutif et l'intersyndicale pour discuter des retraites. Une idée qui avait, de toute façon, était immédiatement rejetée par le gouvernement, par la voix de son porte-parole Olivier Véran. "Tant qu'il n'y aura pas de retrait de la réforme des retraites, il n'y aura pas de négociation" avec le gouvernement, a encore assuré Sophie Binet lors de son premier discours en tant que secrétaire générale de la CGT.

Le salaire de Sophie Binet à la CGT

Si la rémunération de Sophie Binet à la CGT n'est pas encore connue, la manière dont le secrétaire général d'un syndicat est payé peut être calculée. En 2019, à l'occasion des mouvements de contestation contre la réforme des retraites, des publications sur les réseaux sociaux affirmaient ainsi que Philippe Martinez, ancien chef de file de la CGT, touchait près de 7 000 euros par mois. Ces montants étaient faux, comme l'explique Le Monde dans un article. À l'époque, l'ex-secrétaire général de la CGT touchait en réalité un peu plus de 3 400 euros nets, ce qui correspondait à sa rémunération de technicien métallurgiste chez Renault, après 37 ans d'ancienneté. "La confédération rembourse à la fédération le salaire de Philippe Martinez ", avait précisé le cabinet du secrétaire général de la CGT au journal.

Les réactions des partis politiques et des syndicats à l'élection de Sophie Binet

Sans surprise, les organisations politiques de gauche ont rapidement félicité Sophie Binet pour son élection à la tête de la CGT. Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, a ainsi adressé "toutes [ses] félicitations à Sophie Binet et à l'équipe qui l'entoure" sur Twitter, ajoutant que "rassemblé et offensif, le monde syndical est une force incomparable". Dans les rangs de La France insoumise, le coordinateur du parti, Manuel Bompard, et la députée Raquel Garrido ont eux aussi adressé sur Twitter leurs félicitations à la nouvelle secrétaire générale de la CGT, tout comme le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure. 

Le gouvernement a également réagi à l'annonce de l'élection de Sophie Binet. Elisabeth Borne a estimé que cette élection "est une bonne nouvelle pour toutes les femmes", ajoutant "se réjouir que l'intersyndicale vienne" à Matignon le 5 avril pour une réunion entre la Première ministre et les organisations syndicales, selon des propos rapportés par BFMTV. Marlène Schiappa, ancienne secrétaire d'Etat chargée notamment de l'Egalité entre les femmes et les hommes, a elle aussi adressé ses "félicitations républicaines" à Sophie Binet sur Facebook, avant d'écrire : "Quelles que soient nos divergences, je connais son engagement pour les droits des femmes qu'elle a notamment porté des années au Haut Conseil à l'égalité."

Du côté de l'intersyndicale, François Hommeril, président de la CFE-CGC, a adressé sur Twitter ses félicitations à Sophie Binet au nom du syndicat et de ses militants. Laurent Escure, secrétaire général de l'UNSA, a lui aussi félicité Sophie Binet sur le réseau social, écrivant par ailleurs : "Je ne vais pas faire semblant, comme on se connaît depuis longtemps… Je veux dire que je suis très heureux pour elle, même si je devine les difficultés qui seront les siennes."

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