Somalie : ce qu'il s'est vraiment passé

Somalie : ce qu'il s'est vraiment passé Denis Allex, cet otage français en Somalie est-il mort, comme le prétendent les shebabs ? Pourquoi le raid pour le libérer a-t-il échoué ce week-end ?

L'actualité internationale occupe en ce moment le devant de la scène, avec l'intervention française au Mali contre les bases djihadistes. Mais, outre cette offensive armée décidée par François Hollande, le sort de l'otage français en Somalie, Denis Allex, un agent des services secrets français (DGSE) connu sous ce pseudonyme, a préoccupé ces derniers jours les autorités françaises. Ce week-end, un commando français a tenté de libérer cet otage, dont la localisation était connue. En vain. L'opération s'est soldée par la mort d'un soldat français, un autre manquant à l'appel au moment du retrait des troupes. Ce dernier soldat, porté disparu, a également trouvé la mort. Lundi, sur le réseau social Twitter, les insurgés islamistes somaliens shebabs ont posté une photo du corps d'un homme blanc, présenté comme celui du militaire français, le chef du commando porté disparu. Trois clichés qui ont circulé sur Internet, que les médias français ont, dans l'ensemble, préféré ne pas diffuser. L'homme blanc décédé qui figure sur ces clichés apparaît avec une croix chrétienne en argent autour du cou. Dans la matinée du lundi, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian avait craint une "mise en scène macabre et indigne".  Mise en scène devant laquelle les shebabs n'ont pas reculé, accompagnant les images du mort de ce message : "François Hollande, est-ce que ça en valait la peine ?" ou "Un retour des croisades mais la croix n'a pas pu le sauver de l'épée." Le militaire repose sur une bâche, entouré de son équipement de combat.

Pourquoi ces deux pertes humaines ? Pourquoi l'échec de cette opération ? La DGSE voulait libérer son agent Denis Allex, détenu depuis trois ans et demi par les islamistes, dans la nuit de vendredi à samedi. S'il n'est pas possible de connaître, pour l'instant en tout cas, les détails du déroulement de cette mission, il est d'ores et déjà admis que l'opération avait été préparée de longue date, certainement depuis plusieurs mois, "à partir du moment où Denis Allex a été localisé dans une maison de Bullo Mareer, une ville située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Mogadiscio, un peu à l'intérieur des terres", explique le journaliste spécialiste des questions militaires Jean-Dominique Merchet.

En clair, les négociations avec les ravisseurs n'avançant pas, François Hollande a décidé de lancer une opération spéciale pour libérer l'agent français. Pendant des mois, bien avant Noël, les troupes probablement venues des bases française d'Abu Dhabi ou de Djibouti, ont été privées de toutes communications, y compris avec leur famille. La date a été choisie en fonction de la marée et de la météo, mais aussi de la lune, pour offrir, en pleine nuit, une visibilité optimale aux soldats. Le commando du COS (commandement des opérations spéciales), composé d'au moins cinq hélicoptère et de plusieurs dizaines de commandos, est parti d'une flotte française située en pleine mer. C'est à partir du "Bâtiment de protection et de commandement" Mistral que l'opération a été dirigée selon Le Point. Les commandos français ont été "déposés" dans la plus grande discrétion, à quelques kilomètres du lieu supposé de détention de Denis Allex près de Bulomarer, dans la province du Gedo. Le grain de sable dans la machine : les militaires français auraient croisé la route de miliciens, par pur hasard. Ce qui aurait permis aux shebabs d'être avertis de l'opération et de se préparer. L'approche discrète aurait donc capoté et les géôliers auraient été prévenus. D'où l'échec de l'opération.

Qu'est-il arrivé à Denis Allex ? Pour l'heure, l'annonce officielle de sa mort n'a pas été faite par les autorités françaises. Mais l'otage français serait décédé pendant l'opération, abattu par ses ravisseurs. Mais les shebabs veulent mettre la pression sur la France et ont affirmé lundi qu'ils étaient parvenus "à un verdict unanime" quant au sort de Denis Allex.

EN VIDEO – Le 13 juillet 2012, Europe 1 diffusait le message de la femme de Denis Allex, message qu'elle avait enregistré à l'attention de son mari.

"Le message de l'épouse de Denis Allex, otage français"