Référendums en Ukraine : les résultats définitifs, des régions bientôt annexées par la Russie ?

Référendums en Ukraine : les résultats définitifs, des régions bientôt annexées par la Russie ? UKRAINE. Les référendums sur l'annexion de quatre régions d'Ukraine par la Russie ont livré leur verdict. Le "oui" l'a largement emporté. Voici ce qui devrait se passer après l'annonce des résultats.

[Mis à jour le 28 septembre 2022 à 9h18] Huit ans plus tard, bis repetita. C'est sans grande surprise que le "oui" l'a emporté dans les quatre régions d'Ukraine (Donetsk, Lougansk, Zaporijjia et Kherson) dans lesquelles étaient organisés des référendums en vue de leur annexion par la Russie. Comme avec la Crimée en 2014, Vladimir Poutine pourrait donc étendre son territoire par la force après que plus de 97% des bulletins dépouillés ont répondu favorablement à la question de l'annexion par le pays voisin (détails des résultats plus bas). Le président russe ne s'est pas encore exprimé après l'annonce de ces résultats. Il devrait prendre la parole prochainement pour officialiser l'annexion de ces quatre régions. Des agences de presse russes avancent la date du vendredi 30 septembre 2022. En 2014, le gouvernement russe avait acté le rattachement de la Crimée deux jours après la prononciation des chiffres définitifs du vote.

La légitimité de ces référendums n'est toutefois pas reconnue par la communauté internationale. A commencer Volodymyr Zelensky, président de l'Ukraine, a jugé, dans une vidéo diffusée au Conseil de sécurité de l'ONU, que "la reconnaissance par la Russie des 'pseudo-référendums' comme 'normaux', la mise en œuvre du [même] scénario qu'en Crimée et une énième tentative d'annexer une partie du territoire ukrainien signifie que nous n'avons pas à discuter avec l'actuel président russe."

De leur côté, les Occidentaux, notamment par la voix du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) ont affirmé ne "jamais reconnaître" les résultats de ces référendums, les Etats-Unis allant même jusqu'à promettre de nouvelles "sévères" sanctions économiques. La surprise vient davantage de Pékin qui a affirmé très clairement son opposition à la décision de Moscou. À l'ONU, l'ambassadeur chinois a fait savoir que "la Chine a pris note des dernières évolutions de la situation en Ukraine" et que la position de Pékin est "claire et constante : c'est-à-dire que la souveraineté et l'intégrité territoriale de tous les pays doivent être respectées". Jusqu'ici, l'empire du Milieu, considéré comme un allié de Moscou, était jugé trop conciliant avec la Russie. Voilà qui devrait trancher.

Quels sont les résultats des référendums en Ukraine ?

Après cinq jours de vote, les référendums en Ukraine ont pris fin mardi 27 septembre. L'agence de presse russe Interfax a annoncé le détail, région par région :

  • région de Donetsk : 99,23% en faveur du oui (2 131 207 votants, soit 97,51 % des inscrits sur les listes électorales)
  • région de Louhansk : 98,42% en faveur du oui (1 662 607 votants, soit 94,15% des inscrits sur les listes électorales)
  • région de Zaporijjia : 93,11% en faveur du oui (541 093 votants, soit 85% des inscrits sur les listes électorales)
  • région de Kherson : 87,05% en faveur du oui (571 001 votants, soit 78,86% des inscrits sur les listes électorales)

À noter que l'annonce des résultats n'acte pas l'entrée immédiate des régions ukrainiennes dans le territoire national russe. Cette annexion pourrait en revanche se concrétiser le 30 septembre à l'occasion d'une prise de parole de Vladimir Poutine devant le Parlement russe selon le ministère de la Défense britannique.

Quelles conséquences aux référendums en Ukraine ?

Les référendums organisés en Ukraine invitaient les électeurs à se prononcer pour ou contre l'annexion de leur région par la Russie. La victoire du "oui" va avoir pour conséquence l'intégration rapide des quatre régions ukrainiennes - le Donetsk, le Louhansk, Zaporijjia et Kherson - au territoire national russe. Ainsi et comme l'a fait savoir le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, le 23 septembre "la Russie considérera les tentatives de l'Ukraine de reprendre 'les territoires libérés' comme une attaque contre son territoire". Le sous texte de cette déclaration est une mise en garde contre une riposte de Moscou et une possible attaque nucléaire comme l'a laissé entendre Vladimir Poutine dans son allocution du 21 septembre. 

Les référendums en Ukraine sont finalement une tentative du Kremlin de justifier son "opération militaire" qui devait soit disant secourir les régions ukrainiennes oppressées par le gouvernement de Kiev. Et l'issue du vote va pouvoir, à l'avenir, justifier une offensive nucléaire russe, une menace plusieurs fois brandie par Moscou, mais qui ne pouvait pas encore être mise à exécution. Selon la politologue Tatiana Stanovaya interrogée par le Monde, l'objectif derrière ces scrutins était de poser "un ultimatum" : "Soit l'Ukraine bat en retraite, soit c'est la guerre nucléaire. Le but n'est pas de gagner sur le champ de bataille, mais de forcer Kiev à capituler."

L'annexion des régions ukrainiennes par la Russie permettra aussi à Moscou de bénéficier de nouveaux renforts car tous les Ukrainiens vivant dans les territoires annexés seront mobilisables pour la guerre. Un détail qui a toute son importance alors que quelques jours avant le début des référendums, Vladimir Poutine a annoncé la mobilisation de centaines de milliers d'hommes. Face à cette perspective, les Ukrainiens ont été nombreux à quitter les régions occupées jusqu'à ce que les troupes russes retiennent de force les hommes de 18 à 35 ans.

Quelles sont les régions d'Ukraine concernées par les référendums ?

Quatre régions ukrainiennes étaient concernées par les référendums d'annexion. Il s'agit des régions de Donetsk et Lougansk, qui forment ensemble à l'est du pays ce qui est appelé le Donbass, mais aussi celles de Kherson, située dans le Sud-Ouest, et de Zaporijjia, dans le sud de l'Ukraine. Ces quatre régions sont particulièrement affectées par les combats qui opposent Russes et Ukrainiens. Lors du référendum sur l'indépendance de l'Ukraine, en 1991, ces différentes régions avaient toutefois largement voté en faveur du "oui" (entre 80 et 90%), contrairement à la Crimée, qui s'était distinguée avec un score particulièrement faible (54%). 

© Maxime Gil / Linternaute

Quand les référendums ont-ils eu lieu ? 

Les référendums sur l'annexion par la Russie de plusieurs régions de l'Ukraine se sont terminés mardi 27 septembre 2022 après cinq jours de vote. Ils se sont organisés en urgence puisqu'initialement les forces russes prévoyaient d'organiser des scrutins le 4 novembre, jour de l'unité nationale en Russie.

Qui vote aux référendums en Ukraine ?

Le terme employé par les autorités pro-russes étant "référendum", ce sont a priori bien les citoyens qui étaient amenés à se prononcer en faveur ou contre une annexion de leur région par la Russie. Toutefois, dans un contexte de guerre et d'occupation, et alors que de nombreux Ukrainiens ont fui ces territoires particulièrement touchés par les combats, la légitimité des résultats était d'emblée compromise.

Pourquoi des référendums étaient-ils organisés ?

Depuis plusieurs semaines, l'offensive de la Russie en Ukraine stagne. Les troupes de Vladimir Poutine ne gagnent plus de terrain, le conflit s'enlise et les Ukrainiens ont même lancé une contre-offensive qui semble mettre à mal leur adversaire. Acculé jusque dans son propre pays, le président russe entendait ainsi passer par la voie "démocratique" pour atteindre son objectif : annexer officiellement les régions de Donetsk et Lougansk, lesquelles sont autoproclamées indépendantes depuis 2014 et dirigées par un parlement de dirigeants pro-russes, bien que non reconnu par la communauté internationale. En revanche, Vladimir Poutine avait reconnu leur indépendance à l'époque. Dans les régions de Kherson et Zaporijjia, les Russes contrôlaient déjà une partie de ces territoires et entendent désormais s'y établir officiellement.

Quelles réactions à l'international ?

Outre la réponse de Kiev, qui a d'emblée dénoncé un "chantage" uniquement motivé par "la peur de la défaite", les Occidentaux n'ont pas manqué de réagir. Olaf Scholz, le chancelier allemand, a jugé "très clair que ces référendums fictifs ne sont pas acceptables et qu'ils ne sont pas couverts par le droit international". De son côté, Paris a dénoncé "une parodie" et "une provocation supplémentaire". "La seule chose qui existe, c'est la guerre décidée par la Russie, la résistance de l'Ukraine et la fin de la guerre que nous souhaitons", a estimé Emmanuel Macron. Enfin, Washington a, pour sa part, accusé Moscou d'organiser "hâtivement des simulacres de référendums". "Les États-Unis ne reconnaîtront jamais les prétentions de la Russie sur des parties prétendument annexées de l'Ukraine", a déclaré Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, à l'occasion d'un point presse.

Ni les Etats-Unis, ni aucun autre pays, à l'exception de la Corée du Nord et de la Syrie nations alliées de Moscou, n'entend reconnaître le vote, pas plus qu'ils ont reconnu l'annexion de la Crimée en 2014. Au contraire, la tenue des référendums en Ukraine est considérée par certains comme un motif appelant à de nouvelles sanctions contre la Russie. Le mardi 27 septembre, l'Union européenne a d'ailleurs annoncé l'arrivée prochaine de nouvelles sanctions visant les organisateurs des référendums jugés "illégaux" par les 27. "Il y aura des conséquences pour toutes les personnes qui ont pris part à l'organisation de ces référendums illégaux et qui les ont soutenus", a ainsi déclaré le porte-parole de la commission européenne, Peter Stano, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.