Lettre de Macron [pdf] : le texte, ce qu'il faut lire entre les lignes

Lettre de Macron [pdf] : le texte, ce qu'il faut lire entre les lignes Que faut-il retenir des 5 pages de la lettre d'Emmanuel Macron adressée à tous les Français ? Voici le texte intégral, les questions formulées par le chef de l'Etat, et les enseignements politiques à en tirer.

L'essentiel

Deux semaines après ses voeux, le président de la République s'est adressé une nouvelle fois aux Français, dans un exercice plus exigeant encore : dans une lettre de 5 pages, Emmanuel Macron expose les enjeux du grand débat national qu'il ouvre ce mardi 15 janvier, et indique très clairement que cette grande consultation s'articulera autour de 4 thématiques : l'impôt et la dépense publique ; l'organisation de l'Etat ; la transition écologique ; la démocratie et la laïcité. Pour autant, le président ne ferme pas la porte à d'autres contributions, qui sortiraient du cadre fixé. "Je souhaite aussi que vous puissiez, au-delà de ces sujets que je vous propose, évoquer n'importe quel sujet concret dont vous auriez l'impression qu'il pourrait améliorer votre existence au quotidien", écrit-il.

Le chef de l'Etat s'attarde longuement sur la possibilité de réformer en profondeur nos institutions. Il considère ainsi "qu'il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté ", et ouvre déjà plusieurs pistes : transformer le Sénat ? L'Assemblée nationale ? "Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d'élus ?", s'interroge-t-il, posant aussi sur la table le sujet du référendum d'initiative populaire. "Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ? Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l'initiative ?", écrit le chef de l'Etat.

Des sujets non évoqués et un autre assez inattendu

Reste que certaines lignes fixées par le gouvernement et le chef de l'Etat ne devraient pas bouger. Emmanuel Macron prévient dans sa lettre que "nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises  [...] afin d'encourager l'investissement et faire que le travail paie davantage. Elles viennent d'être votées et commencent à peine à livrer leurs effets". Comprendre : les principales dispositions prises dans la loi Travail et la profonde transformation de l'ISF devraient demeurer, quelles que soient les revendications des citoyens.

Dans sa lettre, Emmanuel Macron ne parle pas d'une éventuelle réforme des retraites, qui aurait dû, selon l'agenda que l'exécutif avait en tête à l'automne dernier, être initiée dans la première moitié de l'année 2019. Le sujet n'est tout simplement pas évoqué dans la lettre aux Français, ce qui laisse entendre qu'un grand texte de loi sur ce chantier explosif ne sera pas à l'ordre du jour avant plusieurs mois, peut-être même davantage.

Emmanuel Macron a aussi choisi d'évoquer le sujet de l'immigration dans sa lettre, même s'il ne fait pas partie des quatre grandes thématiques. "Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol : c'est le devoir de l'asile, qui ne saurait être remis en cause", écrit-il, avant d'ouvrir la question à l'arrivée de tous les migrants : "Cette tradition est aujourd'hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l'immigration et aux défaillances de notre système d'intégration". Et d'ajouter : "Une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?"

En direct

20:45 - Combien pourraient coûter l'envoi de la lettre de Macron à tous les Français ?

Depuis l'annonce d'Europe 1, mardi 15 janvier au matin, le sujet fait débat. Selon la radio la lettre d'Emmanuel Macron devrait en effet être envoyée par voie postale à tous les Français, et ce, malgré sa publication dans la presse française et son accessibilité à toutes et à tous sur Internet depuis dimanche 13 janvier en soirée. Selon francetvinfo, même de manière non nominative, l'envoi de la lettre de Macron à tous les résidents français, pourrait coûter quelques "cinq millions d'euros".

16:38 - Cinq garants de l"indépendance" du débat national nommés ce vendredi

Un collège de cinq "garants" doit être nommé afin de "garantir l'indépendance" du grand débat national voulu par le président Emmanuel Macron, dans l'espoir de mettre un terme à la crise des gilets jaunes. "Ils seront nommés vendredi", a fait savoir le Premier ministre, Édouard Philippe. Matignon a précisé que le gouvernement serait chargé de désigner deux personnes. Quant aux présidents de l'Assemblée nationale Richard Ferrand (LREM), du Sénat Gérard Larcher (LR) et du Conseil économique, social environnemental, Patrick Bernasconi, ils devront respectivement nommer l'un des trois autres "garants". Aucun nom n'a pour le moment été évoqué au sujet de ces futurs "garants".

14:40 - Le prix du carburant évoqué, dans une phrase, par Emmanuel Macron

Dans sa lettre, Emmanuel Macron ne mentionne qu'à une seule reprise le mot "carburant". Mot qui ressort par ailleurs dans le paragraphe sur la transition écologique... Ce qui nous donne : "Faire la transition écologique permet de réduire les dépenses en carburant, en chauffage, en gestion des déchets et en transports. Mais pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos concitoyens les plus modestes. Une solidarité nationale est nécessaire pour que tous les Français puissent y parvenir", explique le président de la République, avant d'interroger directement les Français sur le financement de ladite transition écologique.

12:35 - "En confiance", la surprenante formulation d'Emmanuel Macron en fin de courrier

Plutôt claire dans la forme, la lettre d'Emmanuel Macron, adressée aux Français, s'achève par un mystérieux "En confiance". Pour Le Figaro, le linguiste Bernard Cerquiglini explique qu'il s'agit d'un "néologisme". Le lexicologue Jean Pruvost, de son côté, explique que "cette formule s'inscrit dans son concept opératoire du 'en même temps'". Et d'ajouter : "En confiance inclut de fait un vous et un moi car le préfixe con- veut dire avec, ensemble".

11:26 - En parlant d'immigration dans sa lettre, Emmanuel Macron fâche des ONG

En mettant sur la table la question de quotas annuels de migrants en France, le président a suscité une certaine circonspection chez les responsables associatifs. "Je reste perplexe sur l’opportunité de jeter cette question au milieu de ce grand brouhaha", a réagi auprès du Monde Pierre Henry, directeur de France Terre d’asile. "C’est une manière d’entendre le déplacement à droite de l’opinion publique et sa tolérance très relative face à la migration", ajoute-t-il. Interrogé par le journal, François Gemenne, chercheur à l’université de Liège, analyse : "Les migrations sont un sujet dont il faut débattre, mais le faire ici, cela sous-entend qu’elles sont responsables du déclassement dont les gilets jaunes se plaignent et cela peut vite déboucher sur la désignation de boucs émissaires".

09:34 - Y aura-t-il un ou plusieurs référendums à l'issue du grand débat national ?

Dans sa lettre, Emmanuel Macron n'a pas précisé de quelle manière les conclusions du grand débat national seraient tirées. "Je n'ai pas oublié que j'ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle", écrit-il en début de son courrier, comme pour indiquer que son programme restait son cap politique. Mais le chef de l'Etat écrit aussi que cette grande consultation aura pour but de "structurer l'action du gouvernement et du parlement" à l'avenir. Et d'ajouter : "Je vous en rendrai compte directement dans le mois qui suivra la fin du débat". Faut-il s'attendre à un référendum pour trancher sur certains grands sujets et certaines propositions concrètes ? L'opposition le souhaite, et c'est aussi une petite musique que l'on entend émerger dans les rangs de la majorité.

09:27 - La lettre d'Emmanuel Macron dans les boîtes aux lettres de tous les Français ?

Le Parisien confirme la volonté de l'Elysée de faire parvenir la lettre du chef de l'Etat dans un format papier, à tous les résidents du pays. Mais le journal écrit aussi que le coût de cette opération serait estimée à plusieurs millions d'euros et qu'il est bien possible que les facteurs syndiqués CGT boycottent la mise en place dans les boîtes aux lettres.

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La lettre d'Emmanuel Macron dans son intégralité

Chères Françaises, chers Françaismes chers compatriotes, Dans une période d'interrogations et d'incertitudes comme celle que nous traversons, nous devons nous rappeler qui nous sommes. La France n'est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu'ailleurs. L'exigence d'entraide et de solidarité plus forte.

Chez nous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités. Chez nous, un grand nombre de citoyens paie un impôt sur le revenu, parfois lourd, qui réduit les inégalités. Chez nous, l'éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune. Les difficultés de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontées, grâce à l'effort partagé par tous.

C'est pourquoi la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires. C'est aussi une des plus libres, puisque chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d'opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie.

Et chaque citoyen a le droit de choisir celles et ceux qui porteront sa voix dans la conduite du pays, dans l'élaboration des lois, dans les grandes décisions à prendre. Chacun partage le destin des autres et chacun est appelé à décider du destin de tous : c'est tout cela, la Nation française. Comment ne pas éprouver la fierté d'être Français ?

Je sais, bien sûr, que certains d'entre nous sont aujourd'hui insatisfaits ou en colère. Parce que les impôts sont pour eux trop élevés, les services publics trop éloignés, parce que les salaires sont trop faibles pour que certains puissent vivre dignement du fruit de leur travail, parce que notre pays n'offre pas les mêmes chances de réussir selon le lieu ou la famille d'où l'on vient. Tous voudraient un pays plus prospère et une société plus juste.

Cette ambition, je la partage. La société que nous voulons est une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d'effort et de travail. En France, mais aussi en Europe et dans le monde, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires.

Mais il y a pour cela une condition : n'accepter aucune forme de violence. Je n'accepte pas la pression et l'insulte, par exemple sur les élus du peuple, je n'accepte pas la mise en accusation générale, par exemple des médias, des journalistes, des institutions et des fonctionnaires. Si tout le monde agresse tout le monde, la société se défait ! Afin que les espérances dominent les peurs, il est nécessaire et légitime que nous nous reposions ensemble les grandes questions de notre avenir.

C'est pourquoi j'ai proposé et je lance aujourd'hui un grand débat national qui se déroulera jusqu'au 15 mars prochain.

Depuis quelques semaines, des maires ont ouvert leurs mairies pour que vous puissiez y exprimer vos attentes. J'ai eu de premiers retours que j'ai pu prendre en compte. Nous allons désormais entrer dans une phase plus ample et vous pourrez participer à des débats près de chez vous ou vous exprimer sur internet pour faire valoir vos propositions et vos idées. Dans l'Hexagone, outre-mer et auprès des Français résidant à l'étranger. Dans les villages, les bourgs, les quartiers, à l'initiative des maires, des élus, des responsables associatifs, ou de simples citoyens… Dans les assemblées parlementaires comme régionales ou départementales.

Les maires auront un rôle essentiel car ils sont vos élus et donc l'intermédiaire légitime de l'expression des citoyens. Pour moi, il n'y  a pas de questions interdites. Nous ne serons pas d'accord sur tout, c'est normal, c'est la démocratie. Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n'a pas peur de parler, d'échanger, de débattre. Et peut-être découvrirons-nous que nous pouvons tomber d'accord, majoritairement, au-delà de nos préférences, plus souvent qu'on ne le croit.

Je n'ai pas oublié que j'ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle. Je pense toujours qu'il faut rendre à la France sa prospérité pour qu'elle puisse être généreuse, car l'un va avec l'autre. Je pense toujours que la lutte contre le chômage doit être notre grande priorité, et que l'emploi se crée avant tout dans les entreprises, qu'il faut donc leur donner les moyens de se développer. Je pense toujours que nous devons rebâtir une souveraineté industrielle, numérique et agricole et pour cela investir dans les savoirs et la recherche. Je pense toujours qu'il faut rebâtir une école de la confiance, un système social rénové pour mieux protéger les Français et réduire les inégalités à la racine. Je pense toujours que l'épuisement des ressources naturelles et le dérèglement climatique nous obligent à repenser notre modèle de développement. Nous devons inventer un projet productif, social, éducatif, environnemental et européen nouveau, plus juste et plus efficace. Sur ces grandes orientations, ma détermination n'a pas changé.

Mais je pense aussi que de ce débat peut sortir une clarification de notre projet national et européen, de nouvelles manières d'envisager l'avenir, de nouvelles idées. À ce débat, je souhaite que le plus grand nombre de Français, le plus grand nombre d'entre nous, puisse participer.

Ce débat devra répondre à des questions essentielles qui ont émergé ces dernières semaines. C'est pourquoi, avec le Gouvernement, nous avons retenu quatre grands thèmes qui couvrent beaucoup des grands enjeux de la Nation : la fiscalité et les dépenses publiques, l'organisation de l'État et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. Sur chacun de ces thèmes, des propositions, des questions sont d'ores et déjà exprimées. Je souhaite en formuler quelques-unes qui n'épuisent pas le débat mais me semblent au cœur de nos interrogations.

Le premier sujet porte sur nos impôts, nos dépenses et l'action publique.

L'impôt est au cœur de notre solidarité nationale. C'est lui qui finance nos services publics. Il vient rémunérer les professeurs, pompiers, policiers, militaires, magistrats, infirmières et tous les fonctionnaires qui œuvrent à votre service. Il permet de verser aux plus fragiles des prestations sociales mais aussi de financer certains grands projets d'avenir, notre recherche, notre culture, ou d'entretenir nos infrastructures. C'est aussi l'impôt qui permet de régler les intérêts de la dette très importante que notre pays a contractée au fil du temps.

Mais l'impôt, lorsqu'il est trop élevé, prive notre économie des ressources qui pourraient utilement s'investir dans les entreprises, créant ainsi de l'emploi et de la croissance. Et il prive les travailleurs du fruit de leurs efforts. Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises pour corriger cela afin d'encourager l'investissement et faire que le travail paie davantage. Elles viennent d'être votées et commencent à peine à livrer leurs effets. Le Parlement les évaluera de manière transparente et avec le recul indispensable. Nous devons en revanche nous interroger pour aller plus loin. Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ?

Nous ne pouvons, quoi qu'il en soit, poursuivre les baisses d'impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique. Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? À l'inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ?

Notre modèle social est aussi mis en cause. Certains le jugent insuffisant, d'autres trop cher en raison des cotisations qu'ils paient. L'efficacité de la formation comme des services de l'emploi est souvent critiquée. Le Gouvernement a commencé à y répondre, après de larges concertations, à travers une stratégie pour améliorer notre santé, pour lutter contre la pauvreté et contre le chômage. Comment mieux organiser notre pacte social ? Quels objectifs définir en priorité ?

Le deuxième sujet sur lequel nous devons prendre des décisions, c'est l'organisation de l'État et des collectivités publiques. 

Les services publics ont un coût, mais ils sont vitaux : école, police, armée, hôpitaux, tribunaux sont indispensables à notre cohésion sociale. Y a-t-il trop d'échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ? Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d'action au plus près des citoyens ? À quels niveaux et pour quels services ?

Comment voudriez-vous que l'État soit organisé et comment peut-il améliorer son action ? Faut-il revoir le fonctionnement de l'administration et comment ? Comment l'État et les collectivités locales peuvent-ils s'améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté et que proposez-vous ?

La transition écologique est le troisième thème, essentiel à notre avenir. 

Je me suis engagé sur des objectifs de préservation de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique et la pollution de l'air. Aujourd'hui personne ne conteste l'impérieuse nécessité d'agir vite. Plus nous tardons à nous remettre en cause, plus ces transformations seront douloureuses.

Faire la transition écologique permet de réduire les dépenses en carburant, en chauffage, en gestion des déchets et en transports. Mais pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos concitoyens les plus modestes. Une solidarité nationale est nécessaire pour que tous les Français puissent y parvenir.

Comment finance-t-on la transition écologique : par l'impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ? Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ? Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ? Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ?

La question de la biodiversité se pose aussi à nous tous. Comment devons-nous garantir scientifiquement les choix que nous devons faire à cet égard ? Comment faire partager ces choix à l'échelon européen et international pour que nos agriculteurs et nos industriels ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers ?

Enfin, il est évident que la période que notre pays traverse montre qu'il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté. 

Être citoyen, c'est contribuer à décider de l'avenir du pays par l'élection de représentants à l'échelon local, national ou européen. Ce système de représentation est le socle de notre République, mais il doit être amélioré car beaucoup ne se sentent pas représentés à l'issue des élections. Faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ? Quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques ? Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d'élus ? Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil Économique, Social et Environnemental, doivent-elles jouer pour représenter nos territoires et la société civile ? Faut-il les transformer et comment ? 

En outre, une grande démocratie comme la France doit être en mesure d'écouter plus souvent la voix de ses citoyens. Quelles évolutions souhaitez-vous pour rendre la participation citoyenne plus active, la démocratie plus participative ? Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ? Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l'initiative ?

La citoyenneté, c'est aussi le fait de vivre ensemble. Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol : c'est le droit d'asile, qui ne saurait être remis en cause. Notre communauté nationale s'est aussi toujours ouverte à ceux qui, nés ailleurs, ont fait le choix de la France, à la recherche d'un avenir meilleur : c'est comme cela qu'elle s'est aussi construite. Or, cette tradition est aujourd'hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l'immigration et aux défaillances de notre système d'intégration.

Que proposez-vous pour améliorer l'intégration dans notre Nation ? En matière d'immigration, une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?

La question de la laïcité est toujours en France sujet d'importants débats. La laïcité est la valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques. Elle est synonyme de liberté parce qu'elle permet à chacun de vivre selon ses choix. Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l'État et les religions de notre pays ? Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?

Dans les semaines qui viennent, je vous invite à débattre pour répondre à ces questions déterminantes pour l'avenir de notre Nation. Je souhaite aussi que vous puissiez, au-delà de ces sujets que je vous propose, évoquer n'importe quel sujet concret dont vous auriez l'impression qu'il pourrait améliorer votre existence au quotidien.

Ce débat est une initiative inédite dont j'ai la ferme volonté de tirer toutes les conclusions. Ce n'est ni une élection, ni un référendum. C'est votre expression personnelle, correspondant à votre histoire, à vos opinions, à vos priorités, qui est ici attendue, sans distinction d'âge ni de condition sociale. C'est, je crois, un grand pas en avant pour notre République que de consulter ainsi ses citoyens. Pour garantir votre liberté de parole, je veux que cette consultation soit organisée en toute indépendance, et soit encadrée par toutes les garanties de loyauté et de transparence.

C'est ainsi que j'entends transformer avec vous les colères en solutions. Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l'action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international. Je vous en rendrai compte directement dans le mois qui suivra la fin du débat.

Chères Françaises, chers Français, mes chers compatriotes, je souhaite que le plus grand nombre d'entre vous puisse participer à ce grand débat afin de faire œuvre utile pour l'avenir de notre pays. En confiance, Emmanuel MACRON

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