Guerre en Ukraine : une sortie du conflit est-elle possible ?

"Guerre en Ukraine : une sortie du conflit est-elle possible ?"

Guerre en Ukraine : une sortie du conflit est-elle possible ? UKRAINE. Après cinq mois de guerre, l'Ukraine et la Russie évoquent l'idée d'une fin du conflit. Mais les positions de chacun pour y mettre un terme sont bien différentes.

La Russie ne relâche pas la pression sur l'Ukraine. Et estime que cette dernière, elle seule, mettre fin à la guerre qui fait rage. C'est en tout cas ce qu'a laissé entendre Dimitri Peskov, le porte-parole de Vladimir Poutine, ce mardi 28 juin 2022. Pour le Kremlin, le conflit ne prendra fin que si le pays voisin dépose les armes. Mais la capitulation ne semble pas être une option pour Volodymyr Zelensky, le président ukrainien. Malgré les assauts répétés de l'armée russe et la perte de contrôle d'une partie du territoire, l'Ukraine n'entend pas se rendre.

Et ce, même si cinq mois après le début de l'offensive russe dans le pays voisin, les combats se poursuivent, de manière sanguine. Car si l'épicentre du conflit est à l'est de l'Ukraine (lire plus bas), des offensives "surprises" sont menées par la Russie, comme ce lundi 27 juin à Krementchouk, au centre de l'Ukraine, à plus de 200km à l'ouest du théâtre principal de la guerre. Un centre commercial a été bombardé, faisant au moins 18 morts. De son côté, la Russie s'est défendue, assurant avoir visé un entrepôt d'armes à feu, les explosions ayant alors entraîné l'incendie du centre commercial, selon la version venue du Kremlin. Face à ces attaques, l'Ukraine ne veut pas baisser pavillon. La fin de la guerre n'apparaît pas être à l'ordre du jour.

Guerre Ukraine-Russie : la carte du conflit

Indéniablement, la Russie a gagné du terrain en Ukraine. Au sud, elle a pris le contrôle de toute la côte le long de la mer d'Azov et d'une partie de la mer noire. A l'est, la région frontalière entre les deux pays, l'armée de Vladimir Poutine a étendu son emprise, elle qui en contrôlait déjà une partie. L'Ukraine a déposé les armes à Sieverodonetsk, après plusieurs semaines de combats. La Russie poursuit son avancée et vise désormais Lysychansk, ainsi que ses alentours, que les soldats ukrainiens tentent toujours de défendre. Autre cible russe actuelle : Kharkiv et sa région. Au sud du pays, la situation est pour l'heure figée et l'Ukraine ne parvient pas à faire reculer la Russie.

Si Krementchouk, située au bord du Dniepr, à l'ouest de Kharkiv et au sud de Kiev, a été bombardée, l'essentiel des combats se situent au sud et à l'est, le reste du pays étant, en très grande partie, épargné, comme Kiev (même si la capitale a été la cible d'une frappe durant le week-end, Odessa, Zaporijjia ou encore Dnipro.

La guerre entre l'Ukraine et la Russie peut-elle prendre fin ?

Tandis que les positions semblent quasiment figées, quel avenir pour le conflit ? La guerre entre l'Ukraine et la Russie peut-elle prendre fin ? Oui, selon le pays qui a lancé l'offensive. La condition : que son voisin capitule, comme l'a annoncé Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, mardi 28 juin : "la partie ukrainienne peut mettre fin [au conflit] dans la journée. Il faut ordonner aux unités nationalistes de déposer les armes, il faut ordonner aux soldats ukrainiens de déposer les armes et il faut mettre en œuvre toutes les conditions fixées par la Russie. Alors tout sera fini en une journée." Mais difficile d'imaginer Volodymyr Zelensky ordonner à ses troupes de déposer les armes.

D'autant que, de son côté, le président ukrainien a sommé les pays membres du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie Japon et Royaume-Uni) à "faire le maximum pour essayer de mettre fin à cette guerre avant la fin de l'année." Entre soutien logistique militaire et renforcement des sanctions internationales à l'encontre de la Russie, l'Ukraine attend de l'Occident un véritable appui pour contraindre les Russes à mettre fin au conflit.

Mais la pression internationale ne suffira pas. Un accord de paix, ou a minima de cessez-le-feu, doit être signé entre l'Ukraine et la Russie. Or, si des négociations avaient été menées au cours du printemps, tout a été stoppé depuis le 22 avril. Et chacun rejette la faute sur l'autre. Difficile d'imaginer les lignes bouger.

Jusqu'à la guerre froide ou l'exténuation des troupes ?  

"Après les sacrifices subis, les dévastations, les atrocités, les pertes humaines et matérielles, l'Ukraine ne va pas faire la paix comme ça. Elle se contentera à la rigueur d'un cessez-le-feu provisoire et précaire, mais compte tenu de ce qu'elle a souffert, le pays ira très loin pour récupérer sa souveraineté et son intégrité territoriale", explique Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l'IRIS, ancien ambassadeur de France en Russie, sur le site de l'Iris. Il ajoute : "les Russes feront de même, car il faudra bien justifier le lancement de l'invasion et de l'opération militaire spéciale. La Russie ne rendra pas le Donbass ni probablement pas la côte de la mer Noire. Et vu les pertes matérielles, les risques encourus sur le plan international et les sanctions dont personne en Russie ne pense qu'elles seront levées, le raisonnement, du moins à ce stade de la guerre, est que perdu pour perdu, on continue."

La guerre entre l'Ukraine et la Russie devrait perdurer, mais s'enliser dans les mois à venir a prévenu Voldoymyr Zelensky, le 27 juin, parlant de la "rudesse de l'hiver où il est plus difficile de se battre", avant que, "à la fin de l'année, on entrera dans une situation où les positions seront gelées." Pour Jean de Gliniasty, "la situation va au mieux se terminer par une guerre froide avec une ligne de démarcation un peu difficile, voire brûlante ; au pire, on continuera à assister à des opérations militaires jusqu'à exténuation d'un des deux adversaires."

Quel est le bilan de la guerre entre l'Ukraine et la Russie ?

En quatre mois de guerre, le bilan humain du conflit est particulièrement lourd. Selon les Nations unies, qui tentent de faire un bilan quotidien, le dernier bilan en date du dimanche 26 juin 2022 avance que 4 731 civils ont été tués depuis le début du conflit, dont 4401 adultes et 330 enfants. Un bilan qui n'englobe que les pertes civiles et non pas militaires. L'ONU estime cependant que "les chiffres réels sont considérablement plus élevés, car la réception des infirmations provenant de certains endroits où des hostilités intenses se sont déroulées ont été retardées et de nombreux rapports sont toujours en attente de confirmation." Côté militaire, aucun chiffre officiel n'est communiqué. RFI rapportait la mort de 15 à 20 000 soldats russes depuis le début du conflit, tandis que l'Ukraine perdrait une centaine d'hommes par jour, soit une dizaine de milliers de combattants.