Guerre Ukraine-Russie : quelle tournure après les menaces de Poutine ?

"Guerre Ukraine-Russie : quelle tournure après les menaces de Poutine ?"

Guerre Ukraine-Russie : quelle tournure après les menaces de Poutine ? GUERRE EN UKRAINE. Depuis le discours de Vladimir Poutine et l'organisation de référendums en Ukraine, la guerre avec la Russie semble prendre un nouveau virage. Comment le conflit va-t-il évoluer ?

Plus de 200 jours après le début de "l'opération militaire spéciale" de la Russie en Ukraine, la guerre entre les deux pays entre dans une nouvelle phase. Tandis que l'armée ukrainienne parvient depuis un certain temps à faire reculer les hommes de Vladimir Poutine sur plusieurs fronts, le président russe, semblant dans une impasse, a décidé de passer en force. Ainsi, des référendums sont organisés dans quatre régions ukrainiennes pour savoir si oui ou non les habitants étant toujours installés dans ces territoires souhaitent être annexés par la Russie.

Alors que l'issue fait peu de doute en faveur du "oui", elle marque un important tournant dans la guerre. Car en effet, bien que ce référendum ne soit pas reconnu à l'échelle internationale, Vladimir Poutine va estimer que ces territoires sont désormais les siens en cas d'approbation de la population. Le Kremlin a ainsi annoncé que toute tentative de reprise de contrôle sur ces secteurs sera considérée comme une attaque contre la Russie. En somme, de quoi, aux yeux de Vladimir Poutine, justifier le déploiement de militaires en Ukraine. Un déploiement renforcé par la mobilisation de 300 000 homme supplémentaires, ainsi que l'a annoncé le chef du Kremlin, dans une allocution télévisée mercredi 21 septembre 2022. A cette occasion, il n'a pas hésité à agiter la menace nucléaire pour se défendre face à l'Occident qui, selon lui, veut "détruire la Russie."

Des menaces qui semblent ne pas faire trembler Volodymyr Zelensky, lequel a dit, dans une interview accordée plusieurs médias français vendredi 23 septembre, "ne pas croire que le monde va permettre" à Vladimir Poutine d'appuyer sur le bouton. Cependant, le président ukrainien n'envisage pas une issue pacifique au conflit : "hier, Poutine a dit qu'il voulait une solution diplomatique, aujourd'hui, il commence la mobilisation, demain il dira qu'il veut un dialogue. Ce n'est pas un accord qui va marcher avec la Russie mais la capacité à répondre par la force. Il faut montrer la force, isoler la Russie. C'est uniquement la force qui peut nous aider." Une force qui passe, à ses yeux, par un soutien logistique encore plus important de la part des pays alliés. "Je voudrais que la France et tous les autres pays fassent encore plus", a-t-il exhorté. Au regard des discours des deux chefs d'Etat, se dirige-t-on inlassablement vers une escalade du conflit ? Les autres pays ne veulent pas s'y résigner.

La communauté internationale derrière l'Ukraine

Si les propos de Vladimir Poutine ont eu l'effet d'une bombe, les dirigeants européens ont rapidement réagi. Le porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a dénoncé un "signal clair adressé à la communauté internationale durant la semaine de l'Assemblée générale des Nations unies de sa volonté de poursuivre sa guerre destructrice qui a des conséquences négatives dans le monde entier", que les 27 allaient "étudier de nouvelles mesures restrictives" contre la Russie, après les menaces proférées par Vladimir Poutine. Un peu plus tôt, Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, avait déclaré : "je pense que cela (les menaces de Poutine, ndlr) appelle à nouveau des sanctions de notre part." Pour l'heure, le contenu de cette nouvelle vague de sanctions n'a pas encore été décidé. Mais il vise à affaiblir et isoler un peu plus un pays déjà la cible de nombreuses sanctions économiques depuis le début de la guerre en Ukraine.

Du côté des dirigeants du monde, la nouvelle Première ministre britannique Liz Truss a estimé que "le discours de Vladimir Poutine ce matin et sa décision de mobiliser la population russe est un aveu clair que son invasion est un échec". Pour le chancelier allemand Olaf Scholz, "Poutine ne fait qu'empirer les choses. Il a depuis le début complètement sous-estimé la situation, et la volonté de résistance des Ukrainiens".

De son côté, Emmanuel Macron a déploré un "chantage" de Vladimir Poutine et croit en une résolution pacifique du conflit, d'autant qu'il juge la Russie dans une impasse, tant militaire qu'économique et diplomatique. Pour le président français, "nous devons nous mettre en situation de restaurer le dialogue." "Nous ne sommes pas dans l'impasse", a confié le chef de l'Etat à BFM TV, ne voulant pas céder à l'escalade belliqueuse par voie militaire : "nous ne sommes pas en guerre avec la Russie, mais il nous faut aider l'Ukraine et convaincre les autres pays de nous suivre pour accroître la pression sur la Russie." Selon Emmanuel Macron, "ça ne finira qu'autour d'une table ! On ne peut pas céder à un emballement." Mais le chef de l'Etat français se veut déjà ferme dans l'optique d'éventuelles négociations : pas une once de territoire ukrainien ne doit être cédé à la Russie, voulant maintenir "les lignes de février", c'est-à-dire les frontières établies avant le début de la guerre. A l'ONU, il avait également appelé la communauté internationale à "mettre le maximum de pression" sur Vladimir Poutine, saluant au passage les déclarations de la Chine et l'Inde, plutôt considérées comme des alliées de Moscou, qui ont appelé à la fin de la guerre en Ukraine.

Sept mois après le début de la guerre en Ukraine, et alors que le conflit s'enlise, Vladimir Poutine remet la pression sur le pays voisin et ses alliés. Lors d'une prise de parole ce mercredi 21 septembre 2022, le président russe s'est emporté contre un Occident qui, a ses yeux, veut "détruire notre pays" et qui "a dépassé toutes les limites de sa politique agressive." Selon ses dires, "nous avons proposé des solutions pacifiques, mais l'Occident les a rejetées." Ainsi, Vladimir Poutine a annoncé une accentuation des moyens déployés en Ukraine pour mener à bien son "opération militaire spéciale" dont "les principaux objectifs restent inchangés." Une "mobilisation partielle" a ainsi été décrétée par le chef d'Etat russe, correspondant à un appel à s'engager pour tous les citoyens inscrits sur les listes de réserves mais aussi "ceux qui ont une expérience militaire." Vladimir Poutine veut grossir ses rangs, une "décision à la hauteur de la menace à laquelle nous faisons face, pour assurer la sécurité de notre population, pour l'intégrité territoriale." 300 000 personnes sont ainsi concernées. L'appel débute ce mercredi. Avant de partir au front, une formation sera diligentée a-t-il été annoncé. 

Vladimir Poutine menace d'une riposte nucléaire

Au-delà des moyens humains, Vladimir Poutine a une nouvelle fois brandi la menace nucléaire, estimant être la cible d'un "chantage nucléaire". Le président russe a "tenu à rappeler que la Fédération de Russie est également dotée d'un nombre d'armes suffisamment lourdes." Avant de poursuivre : "si jamais ses intérêts nationaux de la Russie sont menacés, nous allons utiliser sans aucun doute tous les armes qui sont à notre disposition." Le dirigeant a ainsi tenu à prévenir ses adversaires : "ceux qui font le chantage grâce à l'arme nucléaire doivent savoir que ce chantage peut se retourner contre eux."

Des "référendums" en Ukraine avec des annexions par la Russie ?

Une menace qui marque un véritable tournant dans la guerre en Ukraine, d'autant que des référendums vont être organisés les 23 et 27 septembre 2022 dans quatre régions ukrainiennes pour déterminer si la population locale souhaite être annexée ou non par la Russie. Un procédé similaire avait été utilisé en 2014 en Crimée, où plus de…97% des votants s'étaient exprimés en faveur d'un rattachement à la Russie.

Face au déplacement des populations et ne restant en majorité sur place plus que des russophones, le résultat fait peu de doutes. Vladimir Poutine cherchera ainsi ensuite à prendre le contrôle de ces territoires, comme en Crimée. " La Russie ne peut pas abandonner des personnes proches d'elle pour être déchirées par des bourreaux et ne pas répondre à leur désir de déterminer leur propre destin", a lancé le président russe.

Pourquoi Vladimir Poutine renforce-t-il son armée en Ukraine ?

Si Vladimir Poutine a fait de telles annonces, sept mois presque jour pour jour après le début de son offensive en Ukraine, c'est que "l'opération militaire spéciale" qu'il a lancé patine. Les Ukrainiens parviennent en effet à lancer des contre-offensives dans plusieurs régions du pays, notamment du côté de Kharkiv, au nord, d'où l'armée russe se retire, mais aussi du côté de Kherson et de Lougansk, à travers, notamment, des bombardements.

Egalement, l'annonce de la mobilisation des réservistes n'est pas anodine. En effet, selon le ministère de la Défense russe, cela représente 300 000 personnes. De quoi compenser les pertes humaines depuis le début du conflit ? Fort probable. Si ce même ministère dit n'avoir perdu que 5937 hommes depuis le début du conflit, les renforts annoncés devraient permettre de regarnir des rangs décimés, mais aussi de les renforcer, même si la Russie est toujours restée opaque sur le nombre de militaires déployés.

Par ailleurs, l'approvisionnement de ses troupes en matériel semble connaître quelques difficultés. Le chef d'Etat a demandé à des industriels d'"accélérer les capacités de production" afin de "livrer les armements nécessaires" à l'armée "au plus vite." Brandir la menace nucléaire pourrait ainsi viser à freiner la riposte ukrainienne le temps de faire acheminer de nouvelles munitions.

Depuis six mois, l'Ukraine est donc en guerre contre la Russie. Une invasion qui a des conséquences directes sur le pays, tant sur la perte de contrôle de certains territoires que sur un bilan humain particulièrement lourd. Alors que les frontières de l'Ukraine sont en passe d'être redessinées par la Russie, le retour de la guerre aux portes de l'Union européenne a entraîné d'importants chamboulements jusqu'en France et même dans le monde entier, tant sur le plan géopolitique que financier. Les répercussions sur les prix de l'alimentaire ou encore de l'énergie ne se sont pas faites attendre, tandis que diverses sanctions internationales ont été prises. Découvrez ci-dessous les dernières actualités liées à la guerre en Ukraine.

Carte de la guerre en Ukraine

En cinq mois de guerre, la Russie a gagné du terrain en Ukraine. Elle a pris le contrôle de plusieurs territoires, à l'est du pays, étendant son emprise dans les oblasts de Louhansk et Donetsk (orange) -déjà en partie acquis à la cause russe-, ainsi qu'au nord de ces deux régions, à proximité de Kharkiv (zone rouge), mais aussi au sud du pays, sur les bords de la mer d'Azov, tout comme sur une partie des côtes de la mer Noire (zone rouge). C'est sur ces secteurs là que l'armée de Vladimir Poutine concentre réellement ses efforts, comme en atteste la carte mise à jour tous les jours par Project Owl. 

Quelles sont les causes de la guerre en Ukraine ?

Pourquoi Vladimir Poutine a-t-il décidé de lancer une "opération militaire" en Ukraine ? La tentative d'invasion russe est le résultat de longs mois de tensions entre la Russie et son voisin. Retour sur les origines lointaines et les causes immédiates de la guerre dans notre article dédié ci-dessous.

Morts, blessés… Bilan de la guerre en Ukraine

Le bilan de la guerre en Ukraine s'alourdit de jour en jour. Toutefois, difficile d'en établir un précis au quotidien. Seules les Nations unies tentent de mettre à jour régulièrement le nombre de personnes tuées et blessées par les combats. Chaque semaine, l'organisation fait un point sur les pertes civiles dans le pays.

Selon les derniers chiffres publiés, le 19 septembre 2022, 5 916 civils sont morts depuis que la guerre a éclaté. Parmi lesquels, 5 537 sont des adultes et 379 des enfants. Par ailleurs, au moins 8 816 personnes ont été blessées. Un bilan qui manque toutefois de précision, comme le reconnait l'ONU elle-même : "les chiffres réels sont considérablement plus élevés, car la réception des informations provenant de certains endroits où des hostilités intenses se sont déroulées ont été retardées et de nombreux rapports sont toujours en attente de confirmation."

Du côté du bilan militaire, les communications de l'Ukraine et de la Russie sur leurs pertes mutuelles sont rares. Le 22 août, le chef de l'armée ukrainienne, Valery Zaloujny, a déclaré que "près de 9 000 [soldats ukrainiens] ont été tués" en six mois de guerre.