Guerre nucléaire, 3e guerre mondiale... Les médias russes imaginent une attaque sur l'Europe !

Guerre nucléaire, 3e guerre mondiale... Les médias russes imaginent une attaque sur l'Europe ! GUERRE MONDIALE. La Troisième guerre mondiale est envisagée par plusieurs médias russes. Selon eux, des attaques nucléaires sur les capitales européennes sont tout à fait possibles. La Russie, appliquant à la lettre sa stratégie de dissuasion, fait miroiter une escalade militaire.

[Mis à jour le 6 mai 2022 à 17h13] La propagande russe bat son plein ! En effet, les médias publics locaux mettent en exergue une violence de plus en plus menaçante. Des attaques contre l'occident se multiplient dans les émissions des chaînes d'informations. Par exemple, le présentateur vedette de Rossiya 1, Dmitri Kisselev, a montré dans l'une de ces émissions comment le Royaume-Uni pourrait être rayer de la surface du globe en quelques minutes. Pour ce faire, le journaliste a démontré qu'il suffisait d'utiliser un drone-missile nucléaire Poséidon qui permettrait de déclencher un gigantesque tsunami...

De même, toujours sur le plateau de Rossiya 1 le jeudi 28 avril, la présentatrice Olga Skabeïeva, qui soutient l'invasion russe en Ukraine, et ses invités s'amusaient à expliquer aux téléspectateurs qu'ils ne suffisaient que de quelques minutes pour qu'un missile rase Berlin, Paris ou Londres de la carte. Dans les émissions russes, l'humeur est à l'escalade dans la virulence des propos. Ainsi, ces protagonistes ne parlaient pas de n'importe quelle arme mais du missile Sarmat dit "Satan 2".  Infographie à l'appui, l'animatrice et ses invités ont suivi en temps réels l'envoi hypothétique du missile sur les capitales européennes : 106 secondes pour toucher Berlin, 200 pour Paris et 202 pour Londres. "Regardez cette image, comptez les secondes... Coucou, [le missile] est déjà là. [...] Un missile Sarmat et c'est réglé, il n'y a plus d'îles britanniques", a réagi un homme sur le plateau télévisé devant ces scénarios dont les conséquences cataclysmiques seraient sans communes mesures. 

Le menace du Satan 2 est dans toutes les bouches prorusses depuis le 20 avril et le premier essai de tir du missile Sarmat. "C'est une arme unique qui va renforcer le potentiel militaire de nos forces armées, qui assurera la sécurité de la Russie face aux menaces extérieures et qui fera réfléchir à deux fois ceux qui essayent de menacer notre pays avec une rhétorique déchaînée et agressive", déclarait froidement Vladimir Poutine après le lancement de l'arme balistique. Un discours adressé à l'Occident comme une nouvelle mise en garde. La Russie ne disposera du missile qu'à l'automne a toutefois précisé le patron de Roscosmos, l'agence chargée du programme spatial civil russe, Dmitri Rogozine. A ce stade, les avertissement sur l'usage du Satan 2 n'est qu'une nouvelle étape de la stratégie de dissuasion nucléaire de la Russie. Vladimir Poutine a d'ailleurs assuré le 27 avril devant les parlementaires russes avoir "tous les outils" pour lancer une riposte "rapide et foudroyante" en cas d'interférences en Ukraine.

Pendant que certaines émissions de débat politique mettent en scène une frappe nucléaire sur Paris et ailleurs en Europe, d'autres personnalités médiatiques avancent que la Troisième guerre mondiale est la seule issue au conflit russo-ukrainien. "Soit nous perdons en Ukraine, soit la troisième guerre mondiale commence", indiquait Margarita Simonyan, la directrice de la chaîne d'information russe RT,  le 28 avril toujours sur Roosiya 1. Des déclarations de la même trempe que celles du Kremlin qui traduisent une possible escalade militaire et nucléaire. Du côté de l'Occident, les Etats-Unis s'élèvent contre Moscou et jugent que "menacer d'un recours à l'arme nucléaire est irresponsable". "Nous n'attaquons pas la Russie, nous aidons l'Ukraine à se défendre contre l'agression russe​", a ajouté le président américain Joe Biden le 29 avril.

Une possible Troisième Guerre mondiale ?

La Russie et l'Ukraine sont depuis le 24 février 2022 les seuls belligérants à prendre part au combat mais les forces occidentales de l'Otan gravitent autour du conflit pour tenter d'endiguer les attaques de Moscou et éviter que la guerre ne dégénère. Les envois d'armes et de matériels militaires se sont faits plus nombreux et plus importants dans le courant du mois d'avril et la doctrine qui consiste à fournir exclusivement du matériel défensif pourrait être rediscutée entre les pays alliés. 

Les craintes d'une Troisième guerre mondiale se cristallisent depuis le mi-avril lorsque le président américain Joe Biden et le patron de la CIA William Burns ont évoqué pour la première fois le "risque d'une Troisième guerre mondiale". Seulement deux semaines plus tard c'est la Russie par la voix de Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, qui a formulé l'hypothèse mettant en garde contre un "danger grave" et un "risque réel" du voir se déclencher une Troisième guerre mondiale.

Les experts comme Isabelle Davion, maîtresse de conférences à la Sorbonne-Université contactée par Télégramme, réduisent les références à un nouveau conflit mondial à une simple stratégie de dissuasion et expliquent que sur le terrain rien ne laisse transparaitre un conflit d'une telle ampleur. Pour considérer une guerre comme mondiale, il faut que "deux coalitions" s'affrontent mais l'Otan n'est pas officiellement entrée en guerre et ne compte pas le faire comme affirmé à plusieurs reprises et la Russie mène pour sa part le combat toute seule. Même la Chine, une nation amie et alliée de Moscou ne s'est pas jointe au Kremlin sans pour autant s'y opposer non plus. Pékin a toutefois était refroidi par les menaces et accusations répétées des Etats-Unis sur une éventuelle aide économique et militaire apportée à la Russie émises entre le 18 et le 20 mars. Il faudrait également que les combats se multiplient sur "plusieurs théâtres d'affrontement, impliquant plusieurs continents" alors qu'aujourd'hui l'Ukraine concentre tous les affrontements. Le lundi 25 avril, Volodymyr Zelensky a d'ailleurs indiqué dans une allocution télévisée "que c'est en Ukraine que se joue le destin de l'Europe, le destin de la sécurité mondiale, le destin du système démocratique".

Des négociations pour éviter une Troisième guerre mondiale ?

S'il prolifère des menaces et semble prompt à l'escalade militaire, le ministre russe des Affaires étrangères évoque la poursuite des négociations et attribue le bon rôle à la Russie. "Tout va bien sûr finir par la signature d'un accord", a-t-il précisé le 26 avril ajoutant dans la foulée que "les modalités de cet accord dépendront de la situation des combats sur le terrain, au moment où cet accord deviendra une réalité". Moscou se dédouane d'être l'agresseur et préfère tenir le président ukrainien Volodymyr Zelensky responsable du non aboutissement des accords de paix en l'accusant de "faire semblant de négocier". "C'est un bon acteur [...], si on regarde attentivement et on lit attentivement ce qu'il dit, vous allez y trouver un millier de contradictions", a déclaré Sergueï Lavrov cité par l'agence de presse russe Interfax faisant référence au passé de comédien du chef d'Etat.

Plusieurs séances de négociations entre les délégations russes et ukrainiennes depuis le mois de mars à la frontière russo-ukrainienne, à l'étranger comme en Turquie ou en visioconférence sans jamais donner lieux à un accord. Sergueï Lavrov s'est porté garant de la poursuite des discussions et a assuré que "ces contacts vont se poursuivre".

Attaque nucléaire en Europe, risque réel ou dissuasion ?

"Le président Joe Biden est profondément préoccupé par le risque d'une Troisième Guerre mondiale". Cette déclaration du chef de la CIA William Burns faite le jeudi 14 avril traduit les inquiétudes de l'Occident au sujet d'une attaque nucléaire lancée par la Russie. Les difficultés que rencontre l'armée russe en Ukraine et les revers militaires subis pourraient pousser le Kremlin a faire usage de forces plus importantes aussi les Américains estiment qu'"aucun de nous ne peut prendre à la légère la menace que représente le recours potentiel à des armes nucléaires tactiques ou des armes nucléaires de faible puissance". Si les craintes apparaissent comme légitimes, sur le terrain la CIA n'a toujours "pas constaté de signes concrets comme des déploiements ou des mesures militaires" qui présagent d'une offensive nucléaire.

Ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis tirent la sonnette d'alarme et cette fois pour justifier leurs inquiétudes ils avancent la doctrine "escalade-désescalade" de la Russie qui consisterait à frapper en premier avec une ogive nucléaire bien moins puissante que celle d'Hiroshima pour contraindre les Occidentaux à une réponse et une attaque plus importante et nucléaire. Comme il n'est pas prévu que "l'Otan intervienne militairement sur le terrain en Ukraine au cours de ce conflit", a rappelé le patron de l'agence de renseignement américaine, la stratégie de Moscou ne serait pas payante mais elle causerait de graves dégâts en Ukraine et dans les territoires environnants. Pour l'heure, les Etats-Unis comme l'Union européenne s'engagent auprès du gouvernement de Kiev en affrétant des tonnes d'équipements militaires. Joe Bien a d'ailleurs annoncé le 13 avril l'envoi d'une nouvelle aide militaire de 800 millions de dollars dont des équipements "très efficaces […] déjà livrés à l'Ukraine" mais aussi "de nouvelles pièces adaptées à l'assaut plus vaste que nous prévoyons de la Russie dans l'est du pays". Si le matériel envoyé se veut défensif comme des équipements de protection contre des armes chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires, le Pentagone a précisé que 18 obusiers, des missiles antichars et 40 000 cartouches d'artillerie ont également été délivrées.

Le Kremlin conditionne le recours à l'arme nucléaire

Les 22 et 24 mars, le porte-parole du Kremlin et l'ambassadeur adjoint de la Russie à l'ONU ont conditionné le recours à l'arme atomique à une attaque ou une provocation de l'Otan ou toute "menace existentielle" identifiée contre la Russie. Ces déclarations entretiennent le flou sur ce qui pourrait déclencher une telle offensive, une manœuvre russe qui s'imbrique parfaitement dans la stratégie de dissuasion nucléaire. "Quand vous avez affaire à une puissance nucléaire, bien sûr, vous devez calculer toutes les conséquences possibles de votre comportement", a pris soin d'ajouter l'ambassadeur Dmitry Polyanskiy dans une entretien pour SkyNews. Ni l'Otan, ni l'ONU n'excluent donc l'hypothèse d'une attaque atomique. Les deux organisations ont au contraire décidé l'envoi d'équipements militaires pour permettre à l'Ukraine de se protéger contre les menaces nucléaires et chimiques ainsi que "des armes défensives et léthales à l'Ukraine". Fin mars, la seule limite était encore de ne pas envoyer de matériel offensif et "de ne pas devenir cobelligérant", selon les propos d'Emmanuel Macron, une stratégie qui pourrait évoluer.

La Russie a-t-elle intérêt à lancer une attaque nucléaire ?

Si le menace matérielle est réelle, d'un point de vue stratégique une offensive nucléaire desservirait la Russie à plusieurs égards. L'opération militaire russe qui dure depuis plusieurs semaines et vise à prendre le contrôle de l'Ukraine, au début du conflit le Kremlin expliquait ses actions par la volonté de "maintenir la paix" et de "libérer" les Ukrainiens des "nazis au pouvoir". Mener une offensive nucléaire sur l'Ukraine reviendrait à anéantir le pays et serait une action contradictoire avec le projet de Vladimir Poutine, surtout que le chef russe n'est pas porté en haute estime dans l'opinion du peuple ukrainien.

La doctrine nucléaire adoptée par Moscou en octobre 2020 et précisée a deux reprises par le porte-parole du Kremlin et l'ambassadeur adjoint de la Russie à l'ONU empêche le pays de faire usage de l'arsenal nucléaire sur un pays dénué de cette force de frappe. Le document limite le pouvoir nucléaire de la Russie à quatre cas exigeant tous une menace nucléaire effective à l'encontre de la Russie. Depuis le début de la guerre ni l'Europe, ni les Etats-Unis et encore moins l'Ukraine qui ne fait pas partie du club des puissances nucléaires n'ont lancé une offensive nucléaire sur le pays de Vladimir Poutine. Impossible donc pour Moscou de recourir à l'arme nucléaire sans camper le rôle de l'agresseur, avec ses menaces répétées la Russie joue la carte de la dissuasion et essaie par la même occasion de provoquer une réponse de l'Occident pour éventuellement justifier une attaque russe. Vladimir Poutine n'hésite pas à recourir à la propagande et les exemple son nombreux : accusations portées sur l'Ukraine et la fabrication de "bombe sale" à partir des restes du plutonium radioactif de Tchernobyl, le développement d'armes biologiques ou encore l'entrée en guerre "en substance" de l'Otan qui fournit des armes à l'Ukraine.

Au-delà de ses intérêts militaires à Kiev, Moscou doit aussi composer malgré lui avec les autres puissances nucléarisées qui, si elles restent en retrait sur le front, ont pris position en faveur de l'Ukraine et lui assurent un soutien financier et matériel. Si Vladimir Poutine fait le choix de lancer une offensive nucléaire, il se pose en agresseur et s'expose à une riposte économique, militaire de l'Occident, voire nucléaire si son attaque porte sur l'Europe, et contraint la Russie à être isolée sur le plan international.

L'attaque d'une centrale nucléaire peut-elle sonner le début d'une guerre nucléaire ?

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) garde un œil attentif sur les centrales nucléaires d'Ukraine depuis le 24 février et le début de la guerre. L'occupation de Tchernobyl par les Russes du 27 février au 31 mars a été "très, très dangereuse" selon le patron de l'agence Rafael Grossi mais depuis il note un retour progressif à la normale et atteste que le niveau de radioactivité sur place "n'est pas dangereux". En revanche à Zaporijia, seule centrale privée de communication avec l'AIEA, la situation est toujours préoccupante. La plus importante centrale nucléaire d'Europe est le contrôle des soldats russes depuis le 4 mars et si les ingénieurs ukrainiens sont maintenus à leur poste pour faire fonctionner la centrale, la gestion russe inquiète. D'autant que les combats et les frappes aérienne se poursuivent tout près du site.

Au moment de la prise de contrôle de la centrale par les occupants, le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kuleba, indiquait que si le complexe nucléaire de Zaporijjia venait à être frappé et à exploser ce serait "dix fois pire que Tchernobyl". L'AIEA s'est abstenue de prendre position mais a insisté sur la nécessité pour "le personnel d'exploitation de pouvoir s'acquitter de ses tâches liées à la sûreté et à la sécurité, et pouvoir prendre des décisions sans pression indue".

L'attaque d'une centrale nucléaire ne semble pas être dans les projets de Vladimir Poutine et pour cause les conséquences d'un tel assaut s'étendraient bien au-delà des frontières de l'Ukraine notamment en Russie et en Europe. En plus de s'infliger des dégâts à son propre pays il s'attirerait les foudres de la communauté internationale déjà mobilisées contre lui. Du côté de l'Union européenne les craintes sont toujours présentes et le 26 avril, le haut représentant de l'Union européenne Josep Borrell et la commissaire à l'énergie Kadri Simson ont appelé Moscou "à restituer aux autorités ukrainiennes le contrôle de la centrale nucléaire occupée de Zaporijia et à s'abstenir de toute nouvelle manœuvre visant des installations nucléaires". Ils jugent que les actions de la Russie et l'occupation de l'Ukraine "compromettent la sûreté et la sécurité des centrales nucléaires et augmentent considérablement le risque d'accident".

Une guerre chimique est-elle à craindre ?

Au-dessus de la guerre en Ukraine plane les craintes d'offensive nucléaire, d'un conflit mondial mais aussi celles d'une attaque chimique. Courant mars, l'Ukraine soutenue par les Etats-Unis et la Russie s'accusaient mutuellement de préparer une assaut avec des armes biologiques et chimiques. La Russie pointait du doigt une alliance entre les laboratoires ukrainien et Washington pour mener des recherches sur des armes chimiques. Le 25 avril, l'ambassadeur adjoint de la Russie aux Nations unies, Dmitry Polyanskiy, a affirmé au siège new-yorkais de l'ONU que Kiev "veut produire des armes de destruction massive biologiques et chimiques". 

Les accusations russes sont renouvelées mais toujours aucune preuve n'apparaît à l'horizon. Ni le Kremlin, ni la Maison-Blanche ne possèdent de preuves tangibles pour justifier les inquiétudes sur une attaque chimique pourtant le 13 avril le secrétaire d'Etat américain Anthony Blinken assuré avoir à sa disposition d'"informations crédibles" quant à la possibilité pour Moscou d'user d'agents chimiques en Ukraine. Depuis, aucune nouvelle de Washington sur ce point. Moscou a répondu aux allégations en appelant les Américains "à cesser de répandre la désinformation" quand l'ambassade russe aux Etats-Unis a vivement dénoncé un "bavardage vide non étayé par un seul élément de preuve" et des "déclarations provocatrices". De son côté, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a fait part de ses propres préoccupations peu après la prise de parole d'Anthony Blinken.

A quelle arme biologique et chimique, les deux camps font référence ? Selon la Russie, en Ukraine les laboratoires ukrainiens développent un germe actif pour l'utiliser à des fins de guerre sur des populations civiles. La puissance de l'arme lui vaudrait d'être classées parmi les "armes de destruction massive" dans le droit international. "Aucune arme chimique n'a été développée dans mon pays" a démenti le président ukrainien Volodymyr Zelensky expliquant que ces laboratoires datent de l'Union soviétique et ne servent qu'aux recherches sur la science ordinaire et non sur des technologies militaires.

Les Etats-Unis redoutent que la "propagande russe" puisse servir de prétexte à Vladimir Poutine pour lancer sa propre arme chimique.  "C'est une technique russe classique que d'accuser les autres de ce qu'ils envisagent de faire eux-mêmes", a déclaré la sous-secrétaire d'Etat pour les Affaires politiques américaine, Victoria Nuland, le 11 mars 2022. Selon elle, la réalité n'est pas que l'Ukraine soit en train de concocter des armes chimiques, bien qu'elle dispose effectivement "d'installations de recherche biologique", mais plutôt que les "forces russes tentent de prendre le contrôle" de ces installations.