Blanquer à Ibiza : "Je n'ai pas enfreint de règles", une mise au clair sur la polémique

Blanquer à Ibiza : "Je n'ai pas enfreint de règles", une mise au clair sur la polémique BLANQUER. Alors que Jean-Michel Blanquer est sous le feu des critiques après avoir annoncé le nouveau protocole sanitaire avant la rentrée scolaire depuis son lieu de vacances, Ibiza, le ministre de l'Éducation nationale s'est défendu au JT de 20 heures de TF1 ce mardi soir.

[Mise à jour le 18 janvier 2022 à 22h04] "Je n'ai pas enfreint de règles".  Jean-Michel Blanquer a tenté de désamorcer la polémique sur l'annonce du nouveau protocole sanitaire avant la rentrée scolaire depuis son lieu de vacances, Ibiza, le 2 janvier dernier. "Est-ce que c'est normal ou pas de prendre des vacances pour un membre du gouvernement ? Je crois que personne ne peut penser que ce n'est pas anormal", a déclaré le ministre de l'Education nationale sur TF1, ce mardi. "Je n'ai pas enfreint de règles. Les choses n'auraient pas changé si j'étais resté à Paris. J'ai pris quatre jours de congés et j'ai travaillé pendant ces quatre jours."

Sur la question d'une possible démission, Jean-Michel Blanquer a répondu "qu'il faut garder son sang-froid". "Les adversaires jouent sur la symbolique. C'est peut être un peu une erreur, les adversaires jouent là dessus". Il a tout de même reconnu la symbolique du lieu choisi. "S'il fallait changer le lieu oui je le changerais, car je vois bien la connotation qu'il a. Je crois que oui c'était une erreur sur la symbolique, mais il faut être fier d'avoir continué à garder l'école ouverte". 

La vidéo de Jean-Michel Blanquer sur TF1

Il était à deux heures de Paris. Oui mais voilà, il n'était pas en Normandie, en Champagne, dans la Somme ou le Loiret. Non, entre Noël et le Nouvel An, Jean-Michel Blanquer ne s'est pas mis au vert à la campagne autour de la capitale mais a opté pour les bords de la Méditerranée aux Baléares : direction Ibiza. S'il n'était pas question de farniente comme la péninsule ibérique les connaît l'été, la destination fait tâche, symbole de décompression en pleine vague Omicron et à quelques jours alors d'une rentrée scolaire sous haute surveillance. L'ambiance était déjà tendue depuis des semaines entre les professionnels de l'enseignement et leur patron, l'annonce d'un nouveau protocole sanitaire intenable la veille de la rentrée a mis de l'huile sur le feu, les changements successifs de règles les jours suivants attisant les flammes avant une explosion de la colère lorsque les vacances du locataire de la rue de Grenelle au large de l'Espagne ont été rendues publiques par Médiapart, lundi 17 janvier. Un lieu de villégiature d'où il a dévoilé le nouveau protocole.

Depuis, les critiques pleuvent à l'encontre de ce ministre de poids du quinquennat Macron. Une nouvelle fois mis en difficulté par l'opposition qui appelle à sa démision, bousculé à nouveau par des syndicats d'enseignants qui veulent changer de boss et même lâché par certains au sein de la majorité sous couvert d'anonymat, Jean-Michel Blanquer tente de garder la face, d'autant que la Macronie fait officiellement bloc derrière l'un des leurs. ""Il y a, je le reconnais, une symbolique. J'aurais pu choisir un autre lieu. La symbolique, je la regrette", a concédé Jean-Michel Blanquer à l'Assemblée nationale, mardi 18 janvier 2022, se défendant toutefois : "Est-ce que j'avais le droit de prendre quelques jours de congés après cette année ? Est-ce qu'il y a des réunions que je n'ai pas faites à cause de cela ? Non. Est-ce que les décisions auraient été différentes ? Non plus". 

Que va-t-il advenir de Jean-Michel Blanquer, à l'aune d'une nouvelle grève dans le milieu scolaire jeudi 20 janvier ? A trois mois de la présidentielle, l'ancien recteur d'académie devrait, sauf improbable retournement de situation, conserver son portefeuille jusqu'au bout du quinquennat. L'échéance nationale arrivant à grands pas, Emmanuel Macron ne devrait pas se risquer à changer de patron de l'enseignement, lui qui a, malgré toutes les controverses, géré la crise sanitaire en dépit des contestations dans les écoles. L'heure est donc à faire le dos rond...

Jean-Michel Blanquer en vacances à Ibiza

Emmanuel Macron se serait bien passé de cette nouvelle polémique, à quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle. Les révélations de Mediapart sur les vacances de Jean-Michel Blanquer à Ibiza viennent donner du grain à moudre à l'opposition, qui pointe le manque de préparation, de concertation et de professionnalisme de l'exécutif sur la crise qui secoue l'Education nationale. Les faits pourraient presque être anodins : le ministre a passé 4 jours de vacances en Espagne, à Ibiza, du 28 décembre au 2 décembre dernier. Mais le gouvernement savait aussi à quel point, fin décembre, les enseignants et les parents d'élèves s'inquiétaient du niveau de circulation élevé de l'épidémie à l'école et attendaient des réponses concrètes pour y faire face. Le nouveau protocole, exigeant et contraignant, était venu la veille, d'un article du Parisien - payant au demeurant. On sait désormais que le ministre l'a donnée depuis Ibiza.

L'exécutif, qui a dû batailler presque 5 ans pour tenter d'effacer une image d'amateurisme et d'élitisme peu soucieuse des préoccupations des Français, ne peut être qu'embarrassée par cet épisode. Le SNES-FSU a rapidement jugé publiquement que le ministre avait fait preuve de "mépris pour l'ensemble de la communauté éducative". Ne pas avoir anticipé ces révélations ou l'effet que cela produirait dans l'opinion est, de fait, assez étonnant. Matignon était-il informé ? Oui, selon l'entourage de Jean-Michel Blanquer. "L'interview avec Le Parisien a été faite en visioconférence le samedi, puis actualisée le dimanche avant publication. Cela n'a changé en rien l'heure de sortie du protocole. S'il avait été là [à Paris], il n'aurait rien fait de différent. [...] C'était validé avec le premier ministre. Le ministre était en télétravail constant", tente de balayer auprès du Monde un collaborateur. Un autre ajoute : "Le ministre devait être à deux heures de Paris, il était à deux heures de Paris. Il n'était pas à Tombouctou".

Castex au courant des vacances de Blanquer à Ibiza

Reste que les services du chef du gouvernement donnent un tout autre son de cloche. "Matignon ne valide pas les congés des uns et des autres. On fixe une règle : qu'ils restent en Europe, qu'ils restent à deux heures de Paris, et qu'ils soient joignables en permanence", précise un conseiller du Premier ministre. Un proche de Jean Castex indique encore au Monde que le Premier ministre était bien au courant, mais qu'il aurait averti Jean-Michel Blanquer des effets potentiellement délétères de cette prise de risque. Il aurait ainsi "déconseillé au ministre de partir à Ibiza dans ce contexte d'explosion de la vague Omicron". Ce mardi matin sur CNews, manifestement gêné, le porte-parole du gouvernement a tenté de défendre le ministre, incontestablement affaibli. "Je ne suis pas là pour faire la leçon. Il y a une règle qui est fixée, qui est très claire, c'est qu'il faut être facilement rapatriable à Paris si besoin et qu'il faut être joignable en permanence, mobilisé, à sa tâche. Je n'ai pas de raisons de penser que ce n'était pas le cas", a sobrement commenté Gabriel Attal. 

Comme le rapporte Le Monde, au sein de la majorité présidentielle, les vacances de Jean-Michel Blanquer ne sont que diversement appréciées. Un député, proche de Jean-Michel Blanquer, admet l'erreur politique du ministre : "Est-ce que c'était une bonne idée son week-end ? Non. Est-ce qu'on coupe la tête d'un ministre parce qu'il est parti quatre jours, validés avec le premier ministre, et qu'il a télétravaillé ? Non. Est-ce qu'on peut serrer les dents et passer à autre chose ? Pas le choix".